Procès de la "grotte sanglante" : une histoire d'adultère et de vengeance mortelle ?

Procès de la "grotte sanglante" : une histoire d'adultère et de vengeance mortelle ?

MYSTÈRE - Dans l'affaire du meurtre de Patrick Isoird, le principal accusé Rémi Chesne clame son innocence. Il est jugé depuis ce lundi, avec Audrey Louvet, dans un procès d'assises sans preuve directe, mais avec de fortes présomptions. Retour sur les éléments du dossier.

L’affaire, dite de la "grotte sanglante" a profondément choqué la ville de Sète. Le 17 juillet 2014, trois semaines après sa disparition, le corps à moitié calciné de Patrick Isoird, un agent hospitalier, est retrouvé dans une galerie souterraine située sous le Mont Saint-Clair à Sète, ligoté, la tête recouverte d’un sac plastique et abattu d’une balle dans le dos et d’une autre dans la tête. Cependant aucun ADN, aucun témoin ni arme du crime n’ont été retrouvés. Six ans après, Rémi Chesne, coiffeur à domicile de 51 ans, et Audrey Louvet, 39 ans, comparaissent à partir de ce lundi 18 janvier au tribunal de Montpellier pour enlèvement, séquestration et assassinat. Dès l'ouverture du procès, le principal accusé a clamé son innocence, déclarant : "Je suis innocent et c'est tout".

Marc Isoird, le frère de la victime, se souvient du jour du drame : "Ma mère m’appelle vers 10h et me dit : 'Je suis inquiète, Patrick n’est pas rentré dormir, il n’a pas été au gala de la petite le lundi soir'. Je lui ai dit : 'Tu as appelé l’hôpital ?' Elle me répond : 'Oui j’ai eu son collègue et il m’a dit qu’il n’était pas venu travailler.' Cela m’a inquiété. (...) C’était quelqu’un qui était apprécié de beaucoup de gens, c’était un bon vivant. (…) Jamais on n’aurait pensé à un truc comme ça, jamais. Il n’avait pas d’ennemi, aucun. Le seul qu’il a eu, il l’a tué."

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Des retrouvailles suspectes

Agé de 49 ans, Patrick Isoird était divorcé, père d’une fille de 12 ans et vivait chez sa mère dont il s’occupait. Une vie simple passée entre son travail de livreur à l’hôpital, ses amis et sa famille. Pour sa nièce Nelly, son absence était inquiétante : "Laisser ma grand-mère comme il l’a laissé alors que c’était une personne âgée, il s’occupait d’elle, il savait très bien qu’il fallait qu’il la prévienne. Ils vivaient ensemble. Que ma grand-mère n’ait pas de nouvelles, ce n’était pas possible." À l’époque, Marc apprend par des amis de Patrick qu’il avait rendez-vous la veille avec une jeune femme, dans une rue à l’entrée du cimetière. 

Cette femme, c’était Audrey Louvet. À 33 ans, elle est la mère de deux enfants, enchaîne les petits boulots et vit des minima sociaux. Sept ans auparavant, elle avait eu une aventure avec Patrick Isoird et avait repris contact avec lui seulement quinze jours avant sa disparition. Des retrouvailles qui intriguaient Patrick, se rappelle Philippe, un de ses très bons amis : "Ce soir-là, il m’a dit : 'Il faut que je te fasse écouter quelque chose, ça me perturbe et j’ai besoin de ton avis.' Il m’a fait écouter l’appel, elle avait une voix langoureuse au téléphone elle lui faisait du rentre-dedans. Je lui ai dit : 'Elle te propose autre chose qu’un café.' Il m’a dit : 'C’est bien ce que je pensais, cela me parait bizarre, je n’ai plus jamais eu de nouvelles et du jour au lendemain elle me rappelle.'"

Des contacts réguliers entre Chesne et Louvet

Dans leur enquête, les policiers s’intéressent aussitôt à Audrey Louvet et constatent qu’avant ou après chaque contact avec Patrick Isoird, elle s’empresse d’appeler un autre homme, Rémi Chesne. Autre élément troublant : le téléphone de cet homme a borné aux alentours du cimetière le jour de la disparition de Patrick Isoird. Interrogés en garde à vue, Audrey Louvet et Rémi Chesne nient toute implication et sont relâchés. Rémi Chesne explique ainsi qu’Audrey n’est qu’une amie et que ce jour-là, il l'avait déposée au cimetière parce qu’il avait un rendez-vous à proximité.

Dans les mois qui suivent, Audrey Louvet s’installe à Lunel, à 70 km de Sète et se confie très vite à une de ses voisines. "Nous discutions de tout et de rien et elle s’est mise à me dire qu’elle avait été manipulée par lui, qu’il s’était servi d’elle. Elle m’a expliqué que monsieur Rémi l’avait déposée, et que par la suite, elle s’est retrouvée avec monsieur Isoird, où il lui avait donné rendez-vous. Il n’a pas voulu la suivre dans la grotte, donc elle a prétexté une gâterie pour le faire entrer dans la grotte et elle serait partie en laissant monsieur Isoird dans la grotte", explique la voisine, qui a souhaité rester anonyme.

Audrey Louvet, complice ou victime ?

En mars 2016, après deux ans d’enquête, ils sont tous les deux mis en examen et placés en détention. Audrey Louvet répète qu’elle a été manipulée par Rémi Chesne et affirme qu’une fois arrivée dans la grotte avec Patrick, elle a découvert Rémi masqué et armé d’un fusil. Il l’aurait alors contrainte à ligoter Patrick puis lui aurait ordonné de quitter les lieux. Selon l’avocate d’Audrey Louvet, Rémi Chesne lui aurait juré que Patrick lui devait beaucoup d’argent et qu’il voulait simplement lui faire peur.

De son côté, Rémi Chesne continue de nier les faits. Pour son avocat, Audrey Louvet a trop souvent changé de version pour être crédible : "La stratégie de défense a changé, elle n’est plus innocente, elle est victime, elle a été manipulée. À partir de là, sa stratégie va être de dire : 'Ce n’est pas moi. J’ai une petite part de responsabilité mais le coupable c’est Chesne.' Rémi Chesne comparaît devant la cour d’assises de l’Hérault, sur la seule base des déclarations d’Audrey Louvet. On n’a trouvé aucune arme et surtout aucun ADN, dans cette grotte."

Un adultère vieux de cinq ans comme mobile ?

Néanmoins, la justice est convaincue que Rémi Chesne a organisé le meurtre de Patrick Isoird et aurait trouvé le mobile : la vengeance d’un adultère vieux de cinq ans. Patrick avait eu une liaison avec Nadège, la femme de Rémi avec qui il travaillait, cinq ans plus tôt. Un jour de juillet 2009, à l’issue d’un pot entre collègues, et après plusieurs semaines de flirt, ils ont une relation intime. Le lendemain, Nadège est retrouvée chez elle pendue, dans son garage. Rémi dit l’avoir découverte au réveil.

À côté de Nadège, soigneusement posée, son alliance, sa montre, et une lettre manuscrite. Pour l’avocat des proches de Patrick Isoird, cette lettre n’a rien d’une lettre de suicide : "C’est comme une attestation faite contre soi-même, dans le cadre d’un divorce. Il n’y a pas un mot d’au revoir ni pour sa fille, ni pour son mari, ni de mot d’excuse d’avoir recours à cette extrémité." Pour l’accusation, Rémi Chesne se serait vengé en tuant d’abord sa femme, puis son amant, cinq ans plus tard.

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Je me languis déjà d’être au dernier jour du procès- Marc Isoird, frère de la victime

Laurine, la fille de Rémi Chesne et de Nadège et âgée 22 ans, ne croit pas une seule seconde à cette thèse : "Les derniers temps, ma maman n’allait pas très bien. Elle se disait possédée par des sorciers, elle ne se sentait pas bien dans sa peau. Elle faisait énormément de crises de somnambulisme. C’était très compliqué pour moi, d’autant plus qu’au moment de son suicide, j’étais dans la maison. Je sais très bien qu’il n’y a pas eu de dispute. Pour moi, mon père n’a rien à voir dans cette affaire et ce n’est pas un assassin. Il n’a rien à voir avec quelconque meurtre." Une nouvelle enquête a été ouverte sur le suicide de Nadège et est toujours en cours.

Quant à l’affaire Patrick Isoird, après six ans d’attente, son frère, Marc, attendait le procès, débuté ce lundi, comme une délivrance pour "revoir sa tête" et  le voir condamné à "aller en prison jusqu’à la fin de ses jours et qu’on n’en parle plus". Et de conclure : "S’il avoue c’est bien, s’il n’avoue pas, c’est pareil. Quand vous lisez le dossier, il n’y a aucun doute que c’est lui. Avec ce qu’ils ont sur lui, s’il s’en sort, on peut tuer des gens, il n’y a aucun problème. Je suis confiant, je me languis déjà d’être au dernier jour du procès." Les accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu le mercredi 27 janvier.

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