Procès des attentats du 13-novembre : "Je redoute d'avoir à revivre ce moment", confie Bernard Cazeneuve

Procès des attentats du 13-novembre : "Je redoute d'avoir à revivre ce moment", confie Bernard Cazeneuve

INTERVIEW - Invité ce mercredi sur LCI, l'ancien ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'est exprimé sur ses attentes concernant le procès des attentats du 13-novembre, qui s'ouvrira à la mi-journée.

Six ans après, le procès "historique" des attentats du 13 novembre 2015 s'ouvre ce mercredi à 12h30 au cœur de la capitale. Le procès, qui se déroulera sur neuf mois, doit juger au total vingt accusés, soupçonnés d'être impliqués à divers degrés dans la préparation des attentats djihadistes les plus sanglants en France. De nombreuses victimes assisteront aux audiences. Invité ce mercredi matin sur LCI, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Bernard Cazeneuve, redoute également ce procès. "Je crois que ce qui lie les responsables publics et les victimes, c'est le souvenir de cette tragédie et nous allons devoir revivre ces moments à l'occasion de ce procès", dit-il. "Je redoute, comme la plupart d'entre elles, d'avoir à le faire."

L'ancien ministre, qui dînait en famille lorsque la première explosion a eu lieu près du Stade de France, à Saint-Denis, a été très marqué par cette série d'attentats. "Quand vous avez été ministre de l'Intérieur pendant une période où un niveau de menace terroriste très élevé pesait sur le pays et sur l'Union européenne, que beaucoup d'attentats ont été perpétrés pendant cette période et que vous avez eu à les affronter, les images qui restent présentes dans votre esprit et ce que vous avez éprouvé au plus profond de vous-même ne vous quittent plus", assure Bernard Cazeneuve à Élisabeth Martichoux.

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Aujourd'hui, il attend, comme chacune des victimes, des réponses. "D'abord que le processus de radicalisation qui a présidé à ces actes puisse être mis à nu, compris, qualifié et condamné pour ce qu'il est. Je crois que les victimes attendent beaucoup de comprendre ce qui a pu passer par la tête de ces accusés", soutient-il. "Le procès doit ensuite permettre de comprendre ce qui s'est passé à l'occasion de ces événements. Quel a été leur déroulement ? Quel a été le rôle des pouvoirs publics ? Comment ont-ils agi ?", questionne Bernard Cazeneuve.

L'ancien ministre de l'Intérieur affirme également être prêt à prendre sa part de responsabilité, en concédant qu'il y a "bien sûr" eu des ratés du côté des autorités. Il cite pour exemple l'absence de signalement de Salah Abdeslam dans le fichier des personnes recherchées. Bernard Cazeneuve a en revanche tenu à dénoncer une nouvelle fois sur LCI des dysfonctionnements supposés du gouvernement pointés du doigt dans un reportage diffusé sur Arte. "Lorsqu'un reportage est diffusé sur une chaîne du service public, dans lequel une personne affirme de façon anonyme que l'ancien Premier ministre Manuel Valls a demandé au RAID de ne pas intervenir parce que la BRI était dirigée par quelqu'un qui pouvait le soutenir aux élections présidentielles, c'est lamentable. C'est de la diffamation pure, c'est très grave", lance-t-il en affirmant que Georges Fenech, qui est à l'origine de ce reportage, "doit poursuivre des objectifs politiques".

"Je souhaite que ce procès soit une occasion de comprendre, de savoir, et je souhaite, comme les victimes, que les accusés parlent. Mais j'ai des doutes sur le fait qu'ils le feront", regrette Bernard Cazeneuve. "C'est insupportable pour les victimes. Leur silence est non seulement le signe de leur lâcheté, mais est le signe d'absence totale d'altérité qui préside à la relation qu'ils ont à autrui", poursuit-il. "Et même lorsque l'on se réclame de la justice de Dieu, cela n'empêche pas de pouvoir rendre compte devant les Hommes des actes que l'on a commis. Ils en sont incapables parce qu'ils n'ont pas le courage  d'assumer ce qu'ils ont fait."

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Dès ce mercredi midi, quelque 550 personnes prendront place dans une salle spécialement construite au sein du palais de justice de Paris. À l'ouverture de l'audience, c'est sans doute vers Salah Abdeslam que tous les regards se tourneront. Le Franco-marocain de 31 ans est le "dixième homme", seul membre encore en vie des commandos téléguidés par le groupe État islamique (EI) qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés à Saint-Denis et Paris.

Dix autres accusés prendront également place dans le box aux côtés de Salah Abdeslam, trois autres, sous contrôle judiciaire, comparaîtront libres. Six autres enfin sont jugés par défaut, dont le donneur d'ordres et vétéran du djihad Oussama Atar, et les "voix" françaises de la revendication de l'EI, les frères Fabien et Jean-Michel Clain, tous trois présumés morts en Syrie.

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