Inceste : au cœur d'une enquête avec les policiers de la brigade des mineurs

Inceste : au cœur d'une enquête avec les policiers de la brigade des mineurs

PÉDOCRIMINALITÉ - Face aux récits glaçants des enfants, les policiers ont un double objectif : recueillir le témoignage des jeunes victimes présumées et confirmer la véracité des propos tenus en interrogeant les proches. L'équipe de "7 à 8" a suivi pas à pas le travail des enquêteurs.

Alors qu'une vague de #meetooinceste a déferlé sur la toile il y a quelques semaines, les journalistes de l'émission Sept à Huit ont suivi une équipe de policiers en charge de protéger les mineurs pour suivre le déroulement d'une enquête.

La brigade réceptionne d'abord la parole des jeunes victimes présumées. Dans une salle placée sous vidéosurveillance, une petite fille de 7 ans décrit les viols qu'elle aurait subis de la part de son père. "Dès qu'on est tout seuls avec papa, il me montre son kiki. On est dans sa chambre et des fois il met son doigt dans mon trou", relate Zoé* en montrant à la policière, assise face à elle, la partie intime d'une poupée qu'elle tient entre les mains. La fillette explique ensuite, gestes à l'appui, comment son père l'aurait forcée à le masturber. Pour l'enquêtrice, "le témoignage de l'enfant paraît très crédible. (...) La petite fille ne peut pas inventer ce genre de gestes."

Afin de donner davantage de poids à ce témoignage, Zoé est ensuite entendue par une psychologue. "Je faisais des cauchemars à cause de ça", confie la petite fille. "Je vois papa qui est en train de faire des choses pas bien. Des fois je me réveillais en sursaut à cause de ça". Pour la thérapeute aussi, pas de doute, la parole de la fillette est crédible. 

Interroger les proches de la victime présumée

Mais la seule parole de l'enfant n'est pas suffisante pour tirer des conclusions définitives. Les forces de l'ordre s'attèlent ensuite à interroger l'entourage de la jeune victime. Objectif ? S'assurer de la véracité des propos relatés. Car d'après la brigade de protection des mineurs, les contextes intra-familiaux complexes sont propices aux mensonges, à la manipulation et à l'instrumentalisation des enfants. "On ne doute pas de leurs paroles, mais on vérifie, car parfois le discours est erroné, dirigé par un tiers", explique un autre policier de la brigade de protection des mineurs. 

Ainsi, dans le cadre de l'enquête, c'est au tour de la mère de Zoé de se soumettre à un interrogatoire par la police. Sa fille lui aurait révélé cet inceste "sans faire exprès". Puis l'enfant aurait tout de suite ajouté : "Ne le dis surtout pas à papa, je ne devais pas te le dire." Cette maman se dit désemparée face à ces révélations douloureuses, en indiquant toutefois qu'il n'y avait aucun conflit avec le papa dont elle s'est séparée lorsque sa fille avait tout juste 6 mois. 

Enquêter auprès des proches de l'agresseur présumé

Vient ensuite l'audition de l'agresseur présumé. "On a une très bonne relation avec ma fille, on s'adore", se défend immédiatement le père de Zoé. "Jamais je n'aurais fait ça à ma fille. Je ne suis pas un psychopathe. Je ne suis pas un gros tordu. Je suis entre la colère et la peine. Je donnerai ma vie pour ma fille." Les policiers n'arrivent cependant pas à lui soutirer d'autres informations, même après avoir trouvé des recherches de "sexe inceste vidéo" sur son téléphone portable.

L'homme est placé en garde à vue. En parallèle, les enquêteurs questionnent ses proches. Les avis de son entourage  semblent partagés sur le fait qu'il aurait pu commettre des actes incestueux. "C'était un enfant très calme, sous les jupons de maman. Ça m'étonne. Il n'aurait jamais fait ça", lance la mère, rejointe par sa belle-fille, la nouvelle compagne du gardé à vue. "Je suis choquée, c'est trop gros, je n'y crois pas", assène-t-elle face aux policiers en précisant être enceinte de lui. 

D'autres, en revanche, confortent la version de la fillette. La sœur de l'agresseur présumé indique avoir également été victime par le passé d'abus sexuels à 6 ans, puis de viols à 12 ans, de la part de son grand frère. Une ancienne compagne de cet homme assure quant à elle qu'elle le sait "violent, manipulateur". Pour elle, "c'est un menteur pathologique [...] qui doit se faire soigner car il a un problème psychologique." Ces indications permettent ainsi aux enquêteurs d'affiner le portrait psychologique du suspect. 

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Depuis, l'homme a reconnu des faits incestueux perpétrés sur sa fille, mais également sur son fils. Il a donc été mis en examen puis écroué, avant d'être jugé dans les mois à venir. 

*Le prénom de la petite fille a été modifié par mesure de sécurité. 

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