"Un tel malade ne pouvait que recommencer" : la colère des victimes du violeur en série devenu tueur à Nantes

"Un tel malade ne pouvait que recommencer" : la colère des victimes du violeur en série devenu tueur à Nantes

ENQUÊTE - Jugé et condamné aux assises de Poitiers en 2005, le violeur multirécidiviste François Vergniaud a de nouveau frappé à Nantes le 20 août dernier. L'émission de TF1 "Sept à Huit" remonte le fil de cette affaire.

20 août 2020. La ville de Nantes est frappée par l’horreur. Une adolescente de quinze ans est retrouvée morte dans un immeuble. Elle a été violée et tuée avant que son agresseur ne mette le feu à l'appartement. Les policiers interrogent alors le voisinage et plusieurs témoins déclarent avoir vu un homme qu'ils décrivent comme "bizarre". Les autorités retrouvent la trace de l'agresseur grâce à une contravention laissée sur sa voiture  - verbalisée à l'heure du crime - et l'ADN retrouvé sous les ongles de la victime. Le responsable est interpellé une semaine après les faits. Il s’appelle François Vergniaud, 46 ans. Le Poitevin a un casier judiciaire très lourd puisqu'il s'agit d'un violeur multirécidiviste. Il a déjà passé treize ans derrière les barreaux.

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Surnommé "l'homme au carton"

Le meurtre de Nantes réveille ainsi un traumatisme qui a secoué des départements voisins au début des années 2000. Pendant plus de deux ans, François Vergniaud sévit et les autorités mettent du temps avant de l'identifier. En 2001, la rumeur d'un prédateur sexuel enfle dans le quartier étudiant de Poitiers. À l'époque, Frédéric Berg, journaliste à la Charente Libre, retrouve une première victime et continue son enquête. Assez rapidement, le jeune fait-diversier comprend que plusieurs femmes ont été violées par cet homme.

Son mode opératoire est toujours le même : l'agresseur demande à ces victimes si elles peuvent l'aider à porter un carton. Ensuite, il monte avec elles dans un appartement, où il passe à l'acte. Les enquêteurs finissent par l'appeler "l'homme au carton".  Ce mode opératoire est décrit avec précision par Julie, l'une des victimes, dans l'enquête de Sept à Huit en tête de cet article. En juillet 2003, la jeune femme a 22 ans quand elle tombe sur François Vergniaud. Lorsqu’elle sort du travail, elle rencontre un jeune homme qui lui demande de l’aide pour porter un carton. "Il me paraissait gentil, physiquement, il ne me faisait pas peur", raconte Julie. 

"Je pensais que j'allais mourir"

Accompagnée de sa sœur, elle revient sur le lieu du crime dix-sept ans après. Elle s'arrête devant la porte rouge d'un immeuble. "On est montés tout en haut et j'ai ensuite été séquestrée dans un appartement. Je me souviens être allongée sur le lit, immobile. Lui, il était lourd, il sentait la transpiration", confie-t-elle, avant d'ajouter : "Je pensais que j'allais mourir."  

François Vergniaud sera interpellé quelques semaines plus tard. Le 22 août 2003, dans une rue où il a déjà violé deux femmes, un gardien de la paix repère le suspect. Il appelle ainsi des collègues et parmi les renforts, il y a Bernard Nicolas, commandant de police qui dirige alors l'enquête. "Ce qui nous a permis de l'identifier, c'est une odeur de sueur acide, on a pu accoler un signalement avec cette odeur", indique-t-il. L'emmenant dans leur véhicule, les forces de police repassent ensuite par tous les endroits où les victimes ont été agressées et le jeune homme confirme les faits commis.

En 2005, l'agresseur est condamné à 18 ans de prison

Une fois en garde à vue, François Vergniaud avoue treize viols et tentatives. Frédéric Chevallier, procureur de Poitiers à l'époque, s'attend à voir un monstre mais il est presque déçu : " Il ressemble à tout le monde, c’est un quidam qui est inséré dans la société, il a une vie familiale et sociale. " Le jeune homme est alors âgé de 27 ans et vit chez ses parents. Il explique son passage à l’acte par des pulsions, la peur du célibat et la solitude. Son expertise psychiatrique décrit "un violeur exclusif n’ayant pas d’autre type de relation sexuelle. Ceci majore la dangerosité de Monsieur et augmentera les difficultés de sa réadaptation."

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En décembre 2005, le verdict de la cour d'assises de la Vienne tombe. À l’issue de quatre jours de débat, François Vergniaud est condamné à 18 ans de prison pour neuf viols, trois tentatives et une agression sexuelle. Pour éviter tout risque, il est aussi soumis à un suivi socio-judiciaire de dix ans après sa libération. La peine est lourde et cette décision de justice est un soulagement pour les victimes, à l'instar de Marie.  "Je l’imaginais en prison et je me disais qu’il allait pouvoir se soigner et avancer", explique la jeune femme, séquestrée dans sa salle de bain par son agresseur en 2002. À l'annonce du verdict, Marie pense être "protégée". Elle est loin d'imaginer que son bourreau allait récidiver quinze ans plus tard. 

Je suis très en colère contre la justice française- Julie, l'une des victimes de François Vergniaud

Lorsque François Vergniaud sort de prison en 2016, il a purgé les deux tiers de sa peine. Fait rassurant pour la justice, il refait sa vie et achète une maison avec sa compagne dans un hameau à une quarantaine de kilomètres de Nantes. L'homme fraîchement repenti a trouvé un emploi dans une briqueterie où il est chef d’équipe. Ses collègues le décrivent comme "un gros nounours". En parallèle, il respecte à la lettre son suivi socio-judiciaire pendant quatre ans. Parmi les prérogatives qu'il doit respecter : signaler tout déménagement, ne pas porter d’arme, se rendre chez un psychiatre une fois tous les deux mois. 

Mais quatre ans après sa sortie, il commet l’irréparable le 20 août 2020. Cette fois-ci, l’auteur monte d’un cran sur l’échelle de la violence puisqu’il tue sa victime. Ce crime plonge ainsi les victimes de François Vergniaud dans la colère et l’incompréhension : "Il me semble que la justice n’a pas été en mesure de protéger la société, on a pris le risque que ça se reproduise et ce risque là est intolérable", déclare Marie au micro de TF1. Julie aussi est bouleversée. Lorsqu'elle  apprend que son agresseur a récidivé, la douleur est intense : "Je suis très en colère contre la justice française, pour moi c’est un fou, c’est un psychopathe. Je me disais qu'un malade comme lui ne pouvait que recommencer."

Un suivi social-judiciaire respecté- Procureur de la République adjoint de Nantes, Yvon Ollivier

L’affaire a déclenché une polémique autour de la notion de récidive. Mais selon le procureur de République adjoint de Nantes, Yvon Ollivier, la justice n'a commis aucun manquement. "On  a une personne qui respecte toutes les obligations mises à sa charge. On est dans une situation où on a un suivi social-judiciaire qui est intégralement respecté et pour autant ça ne suffit pas à prévenir la récidive légale", déclare-t-il.

Dans le quotidien régional la Nouvelle République, Alice Verdier, vice-présidente chargée de l’application des peines au tribunal judiciaire de Poitiers, défend de son côté l'intérêt du suivi socio-judiciaire dans des cas comme celui de François Vergniaud : "C’est une peine idéale, créée pour les crimes les plus graves", avant d'ajouter  :"Nos outils juridiques sont complets et ce n’est pas parce qu’il y a un cas de récidive que la mesure est mauvaise. Le risque zéro n’existe pas. "

François Vergniaud  est actuellement incarcéré à la prison de Nantes, son avocate n’a pas souhaité s’exprimer. Mis en examen pour viol en récidive et homicide volontaire, il encourt sept fois la réclusion à perpétuité. 

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