VIDÉO - Victime et coupable : "Sept à Huit" au cœur du procès de Valérie Bacot

VIDÉO - Victime et coupable : "Sept à Huit" au cœur du procès de Valérie Bacot

ÉPILOGUE - Abusée, battue et prostituée par son mari, Valérie Bacot a fini par le tuer d’une balle dans la nuque. Le magazine Sept à Huit a suivi au plus près de la jeune femme son procès devant les assises de Saône-et-Loire la semaine dernière.

"J'ai déjà dit au revoir à mes enfants. À ma façon... J'ai déjà préparé mes affaires parce que je sais ce qu'il faut maintenant, je sais ce qu'il faut et ce qu'il ne faut pas en prison. Je sais que je tourne encore une partie de ma vie, donc je me suis préparée mentalement. J'ai préparé tout mon départ. Tout ce qui était papier, tout ce qui était école pour le plus petit. Voilà, je fais tout, tout mon rôle de mère avant de partir parce que je sais que je ne revivrai pas avec eux avant un bon moment". Valérie Bacot se préparait au pire. En ce dimanche 20 juin, à la veille de son procès aux assises de Saône-et-Loire, la jeune femme estime en effet qu'elle mérite d'être condamnée pour avoir tué son mari, le père de ses quatre enfants. "J'ai fait quelque chose d'horrible et il faut que je paye. Même si j'ai une partie de moi qui me dis que c'est son procès, à lui aussi", dit-elle alors, des sanglots dans la voix, face aux caméras de 7 à 8. 

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" Valérie Bacot comparaît aujourd'hui devant vous pour avoir tué sa bête humaine", plaident Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini, au premier jour du procès. Les deux avocates, emblématiques de la lutte contre les violences faites aux femmes, avaient déjà défendu Jacqueline Sauvage, condamnée pour avoir tué son mari, puis graciée en 2016. Elles invitent la cour à répondre à deux questions : Valérie Bacot doit-elle être condamnée pour avoir supprimé son mari et son bourreau ? Et si oui, à quelle peine ? 

"Enfer extrême"

Devant les jurés, Valérie commence son terrible récit. Elle avait 11 ans quand elle rencontre Daniel Polette, de 24 ans son aînée. C'est le nouveau compagnon de sa propre mère, Joëlle, qui tient une mercerie dans le petit village de La Clayette, en Saône-et-Loire. Très vite, Daniel Polette, chauffeur routier, s'installe dans la maison familiale et endosse son rôle de beau-père. Mais au bout de quelques mois, la famille recomposée vole en éclats. Danielle Polette viole Valérie. "Tous les soirs après l'école, il venait et me disait : 'tu montes'. Je savais ce que ça voulait dire. Et au fil du temps, j'ai compris que pour que j'aie moins mal et que ça passe plus vite, il fallait se laisser faire", racontait la jeune femme, le 9 mai dernier dans le portrait de la semaine de "Sept à Huit". 

Valérie endure les viols pendant deux ans, jusqu'à ce que la famille de Daniel Polette le dénonce. En 1993, il est jugé et condamné à quatre ans de prison ferme, mais l'homme est autorisé, dès sa sortie de prison en 1997, à réintégrer le domicile familial. Et "tout recommence comme avant", raconte Valérie Bacot dans son livre "Tout le monde savait" (Fayard), publié le mois dernier. Pendant plus de deux heures, la jeune femme à l'allure frêle, régulièrement secouée de sanglots, raconte alors son "enfer extrême". À force de viols, elle tombe enceinte à 17 ans - il en a 42 -. Sa mère la chasse. "Je voulais garder mon enfant. J'avais personne. Où je pouvais aller ?", dit-elle pour expliquer pourquoi elle décide de suivre son violeur quand il lui propose de s'installer en couple. Ils auront quatre enfants, trois garçons et une fille. 

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Valérie Bacot, de l'enfer conjugal au meurtre : son témoignage bouleversant dans "Sept à huit"

Accusée d'assassinat

Dans le huis clos familial, Valérie subit aussi les violences, les coups et les humiliations. Elle devient même l'esclave sexuelle de Daniel Polette, qui la prostitue dans le monospace familial pour 20 à 30 euros la passe, tout en lui donnant des "instructions" par l'intermédiaire d'une oreillette pour mieux satisfaire le client. "J'ai souhaité fuir mille fois", assure Valérie Bacot. Mais elle craint de ne pouvoir échapper à son mari violent, qui la menace régulièrement avec un pistolet. Le déclencheur sera la peur que sa fille Karline subisse le même sort quand, à 14 ans, elle avoue à son petit ami Lucas que son père lui a demandé "comment elle était sexuellement". 

"Il lui a demandé ses mensurations, il lui a demandé ce qu'elle savait faire sexuellement. Moi, ça faisait déjà deux ans que j'étais avec elle, je savais plus ou moins comment elle se comportait en temps normal, et là, j'ai vu qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. On savait très bien pourquoi. Il ne lui demande pas ses mensurations pour lui acheter un soutien-gorge, c'était pour aller faire le tapin, c'est sûr et certain", explique-t-il. 

Karline prévient aussi sa mère. Valérie, bouleversée, comprend les infâmes projets de son mari. Et le 13 mars 2016, après une énième passe à l'arrière de la 806, elle s'empare du pistolet qu'il gardait dans le véhicule et lui tire une balle dans la nuque. La légitime défense ne pourra dès lors pas être invoquée : ce dernier était au volant, lui tournant le dos. Mais les avocates de l'accusée feront valoir les "violences extrêmes subies pendant près de 25 ans et sa peur de les voir se perpétuer à l'encontre de sa propre fille". Cela a "conduit" Valérie Bacot, "de manière inexorable, au passage à l'acte", plaident-elles. Ses avocates ont pour objectif de la faire sortir libre des assises. Car même si leur cliente est accusée d'assassinat, elles veulent démontrer que ce crime n'était pas prémédité.

Sa première victime est sa petite soeur

La mémoire de Daniel Polette n'est défendue ni par ses enfants ni par sa propre famille. Durant le procès, trois de ses sept frères et sœurs sont venus témoigner,  et encore aujourd'hui, Mireille, la cadette, refuse de prononcer le prénom de Daniel. Elle se contente de dire l'autre ou le monstre. "Quand il rentre, c'est la terreur. Il y toujours quelque chose qui ne va pas. Il trouve toujours un truc à nous faire faire, nettoyer sa voiture, nettoyer son pantalon. Il était violent. Je pense que mon père en avait marre de prendre des coups. Parce que quand vous vous levez le matin et que vous voyez votre père complètement défiguré, qui marche avec des béquilles, je pense que mon père en avait marre de prendre des coups et du coup, il s'est pendu", se souvient-elle. 

Très jeune, Daniel Polette exerce des violences physiques, mais aussi sexuelles. Sa première victime est sa petite sœur Monique, âgée de 12 ans à l'époque. À l'audience, courageusement, ils vont raconter les uns après les autres leur vie avec Daniel Polette. Des témoignages très émouvants qui font basculer l'audience. Les jurés assistent à la description d'un monstre. Résultat, le débat sur la préméditation en est presque oublié. "C'est un tournant qui confirme complètement les dires de Valérie, qui explique aussi que Valérie n'avait pas d'autre choix. Même les sœurs de cet homme, qui est pourtant victime, ne regrettent absolument pas sa mort et l'ont dit haut et fort", se félicite l'avocate de Valérie Bacot.

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La fin du procès approche, les plaidoiries vont être déterminantes. Maître Tomasini a prévu de plaider que Valérie Bacot n'était pas elle-même au moment du crime à cause de ses années d'emprise, du stress post-traumatique éprouvé et du syndrome de la femme battue. "Cette femme, au moment des faits, n'était plus en capacité d'avoir un quelconque discernement. Et en cela, je vais demander aux jurés de faire date dans leur décision, et d'acquitter Valérie Bacot. Je demande une décision historique", reconnaît-elle. Contre toute attente, l'avocat général va plaider pour que Valérie Bacot ne retourne pas derrière les barreaux. Il réclame cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, lui évitant ainsi une nouvelle incarcération. 

Après presque cinq heures de délibérations, le verdict tombe. Valérie Bacot est reconnue coupable d'assassinat. Elle est condamnée à quatre ans de détention, dont trois avec sursis, une peine symbolique. Elle ressort libre de la salle d'audience, ayant déjà effectué un an de prison.

 "Tout le soutien que j'ai eu de tout le monde et c'est un nouveau combat maintenant pour toutes les autres  femmes et toutes les maltraitances. Merci", lance Valérie Bacot à la sortie du tribunal, alors qu'elle est ovationnée par la foule. Après l'énoncé du verdict, la présidente de la Cour lui a souhaité de retrouver la paix et la sérénité. 

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