Violences en fin de manif : "Je suis un suiveur de merde", admet un prévenu en comparution immédiate

Violences en fin de manif : "Je suis un suiveur de merde", admet un prévenu en comparution immédiate

VIOLENCES - Pour avoir été contrôle en possession d'un marteau, samedi 28 novembre à Paris, Alexandre G., 23 ans, a été condamné à "6 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant 2 ans".

Sur les trois comparutions immédiates qui devaient avoir lieu ce lundi devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris, seul un prévenu a accepté d'être jugé ce jour. Les deux autres, ont demandé un délai pour préparer leur défense. L'un d'eux d'ailleurs conteste formellement les faits qui lui sont reprochés. Son avocate a d'ailleurs demandé la mise sous scellés de vidéos qui, selon elle, contredisent totalement la version policière mettant en cause son client. Ils comparaitront le 30 décembre devant la 23e chambre.

Alexandre G. 23 ans, a donc été le seul à comparaître, deux jours après la manifestation contre la loi "sécurité globale" et les violences policières organisée deux jours plus tôt entre République et Bastille. Ce qu'on reproche à ce jeune homme brun ? D'avoir participé sciemment à un groupement en vue de dégrader des biens et le port d'une arme de catégorie D. En l'epèce, un marteau. La présidente lit le procès-verbal établi par les policiers : "Le collègue a retrouvé un marteau scotché dans le dos du Monsieur et des gants dans ses chaussures". Le manifestant était également en possession d'une casquette et d'un cache-cou. 

Dans un premier temps, le jeune homme a déclaré aux policiers avoir trouvé le marteau au sol, puis avoir acheté du scotch pour se l'accrocher dans le dos. Puis, en garde à vue, il a finalement reconnu être venu à la manifestation avec le marteau pour commettre des dégradations. Pourquoi ? "Parce que je suis un suiveur de merde", a répondu le jeune homme aux policiers qui l'interrogeaient. 

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L'épineuse question des violences policières

Avec des black bloc, "juste pour le covoiturage"

La présidente rappelle alors au prévenu que des messages sans équivoque ont été retrouvés sur les messageries qu'il utilise. Au cours d'échanges avec un certain "Père Castor", Alexandre G. écrit "tant mieux s'il y a de l'action [à la manif, ndlr]". "Votre interlocuteur vous écrit aussi : 'Il faut d'abord laisser les troufions militants pacifistes en première ligne pour qu'ils s'en prennent plein la tronche'", rappelle la présidente au prévenu. Elle poursuit  :"Vous dites : 'Il faut leur faire du sale aux policiers'. Ça veut dire quoi ?" Alexandre G. répond qu'il a dit ça préventivement, "s'ils (les policiers) s'en prennent à nous". "Vous savez par principe qu'ils vont s'en prendre à vous", tacle la présidente agacée. 

Puis elle insiste sur le fait que les échanges retrouvés sur les  messageries du prévenu ne se font pas avec n'importe qui, mais avec des personnes "qui veulent en découdre". "C'est juste pour le covoiturage", assure Alexandre G., venu de l'Eure pour manifester. "Les seules personnes que vous avez trouvées pour faire du covoiturage c'est des black bloc ?" interroge, tout en sarcasmes, la présidente. 

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"Abandonné, esseulé" et "désolé"

"Il y a des conditions bien précises pour interpeller une personne. Le procès verbal d'interpellation doit préciser scrupuleusement les conditions et modalités d'interpellations. Il y a un vice. Je demande la nullité de ce PV et de tous les actes qui en découlent", lance l'avocat d'Alexandre G., Me Samuel Djian, à l'audience pointant notamment l'absence d'heure sur le PV. 

Puis l'avocat rappelle que son client avait admis être allé à la manifestation car c'était, selon ses propres mots, un "suiveur de merde". "Il a été abandonné par son père et par sa mère, il a vécu dans la rue, il a été esseulé. Il a travaillé 3 ans, s'est retrouvé au chômage", a plaidé l'avocat pour faire état de la situation difficile de son client, déjà condamné à deux reprises pour "dégradations" sur une banque et "obstructions à la circulation" après avoir jeté des caddies sur la voie. Et de préciser : "Même si les actes sont condamnables, Monsieur subit une triple violence économique, sanitaire et désormais sécuritaire avec la loi sécurité globale". A la présidente qui lui demande s'il a quelque chose à ajouter, Alexandre G. assure être "désolé".  

"Heureusement qu'on a interpellé ce monsieur avant qu'il ne commette un geste ! S'il avait frappé quelqu'un avec ce marteau... Les conséquences auraient été beaucoup plus graves et mes réquisitions beaucoup plus sévères", avait fait remarquer le procureur. Le représentant du ministère public avait requis une peine de 6 mois d'emprisonnement ferme à l'encontre d'Alexandre G. avec possibilité d'un placement sous surveillance électronique (PSE).

Au total, 26 majeurs et trois mineurs ont été interpellés samedi 28 novembre en marge des manifestations contre la loi sécurité globale et les violences policières dans la capitale. Sur ces 29 gardes à vue, 14 ont donné  lieu à des déferrements dont 3 en comparution immédiate, deux ont fait l'objet d'un rappel à la loi, dix ont donné lieu à des classements sans suite, les infractions apparaissant insuffisamment caractérisées, et trois gardes à vue ont été prolongées.

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