10 ans d’inéligibilité et six mois de sursis requis contre le député LREM d’Ille-et-Vilaine Mustapha Laabid

Justice

MALADRESSE - Six mois de prison avec sursis et dix ans d'inéligibilité ont été requis à l'encontre de Mustapha Laabid. Jugé pour abus de confiance, le député LREM a reconnu une "gestion maladroite".

Mustapha Laabid était jugé pour "abus de confiance". Il était reproché en effet au député LREM d'avoir confondu son argent personnel avec celui de son association. Après avoir écouté les justifications du principal concerné, le procureur a requis une peine de dix ans d'inéligibilité et dix mois de prison avec sursis. Poursuivi pour abus de confiance, Mustapha Laabid a reconnu devant le tribunal une gestion "maladroite et approximative" des fonds de l'association qu'il présidait. Mais le député a récusé toute volonté d'enrichissement personnel. 

L'homme de 50 ans est soupçonné d'avoir utilisé à des fins personnelles des fonds du collectif Intermède, association d'insertion professionnelle dans les quartiers défavorisés, financée uniquement par subventions publiques, qu'il présidait jusqu'à son élection en 2017. Le montant du préjudice présumé est estimé à 21.930 euros, entre 2015 et 2017.

Une enquête avait été ouverte à la suite d'un signalement, en octobre 2017, de Tracfin, la cellule anti blanchiment de Bercy. L'accusation reproche à Mustapha Laabid d'avoir utilisé les fonds de l'association pour ses dépenses personnelles, dont 15.000 euros de repas, des achats dans des commerces, des frais de téléphonie et d'hôtels. Autant de dépenses "dont le lien avec l'association est incertain", a relevé la présidente du tribunal, Véronique Lanneau. Énumérant les courses réalisées avec la carte de l'association : lait Ribot, gel douche, couches culottes, yaourts à boire, jouets pour enfants... Véronique Lanneau a estimé qu'elles relevaient davantage de "courses familiales" que de dépenses pour une association d'aide à l'insertion professionnelle.

"Je suis profondément honnête"

"Je n'ai jamais fait de courses personnelles sur le compte de l'association", s'est d'abord défendu M. Laabid, assurant que chaque dépense était liée à un événement de l'association, avant de reconnaître qu'il avait pu y avoir des "négligences dans la gestion", citant notamment l'achat d'articles de sport.

S'il a reconnu avoir réglé avec la carte de l'association des frais d'hôtel à Marrakech, où il passait des vacances en famille, il a assuré que c'était parce que sa carte personnelle "ne passait pas", ajoutant avoir ensuite remboursé l'association. "Je suis profondément honnête", a déclaré le député, larmes aux yeux, reconnaissant qu'il aurait dû faire appel à un expert-comptable. Le procureur a souligné que ces "manquements réitérés" ne pouvaient être uniquement considérés comme des erreurs mais bien comme des détournements volontaires.

L'avocat du prévenu, Me William Pineau, a lui dénoncé une "enquête à charge", soulignant que M. Laabid avait permis le retour vers l'emploi de plus de 8.000 jeunes. Il a également pointé la concomitance du signalement de Tracfin et de l'élection de M. Laabid, tout en reconnaissant des "négligences simples et un manque de rigueur". Le tribunal rendra sa décision le 6 août.

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