4 ans de prison requis contre le "logeur de Daech": "Il ne faut pas faire porter un costume trop grand à Jawad Bendaoud"

JUSTICE – Le procureur a requis ce mardi 6 février une peine de 4 ans de prison avec maintien en détention à l’encontre de Mohamed Soumah et Jawad Bendaoud jugés depuis le 31 janvier dernier par le tribunal correctionnel de Paris pour "recel de malfaiteurs terroristes". Le représentant du ministère public a requis la peine maximale de 5 ans de prison et demandé le mandat de dépôt à l’encontre du troisième prévenu, Youssef Ait-Boulahcen, jugé pour "non-dénonciation de crime terroriste".

Il encourt une peine maximale de six ans de prison et 90.000 euros d’amende. Poursuivi comme Mohamed Soumah  pour "recel de malfaiteurs terroristes", Jawad Bendaoud a écouté attentivement ce mardi, au dixième jour de son procès,  les réquisitions du procureur Nicolas Le Bris. Ce dernier a demandé au tribunal de prononcer à l’encontre du "logeur de Daech" et à l’encontre de celui qui se trouve à sa droite dans le box, une peine de 4 ans de prison avec un maintien en détention.

Jawad Bendaoud est accusé d’avoir fourni à Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, deux terroristes en fuite après les attentats de Paris et Saint-Denis qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés, un hébergement dans la nuit du 17 novembre 2015. Mohamed Soumah est accusé, lui, d’avoir joué l’intermédiaire entre le "logeur" et la cousine d’Abdelhamid Abaaoud, Hasna Ait Boulahcen. 

"Pas suffisamment d'éléments"

Selon le représentant du ministère public, les deux hommes, qui comparaissent depuis le 24 janvier dernier devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, peuvent en effet se voir "reprocher le recel de criminels, mais pas le recel de criminels terroristes". "Ni Mohamed Soumah ni Jawad Bendaoud ne pouvaient ignorer qu'ils apportaient leur aide à des criminels en fuite, a affirmé le procureur dans son réquisitoire ce mardi. Mais il n'y a pas suffisamment d'éléments pour pouvoir affirmer qu'ils connaissaient et savaient que ces deux fuyards avaient participé aux attentats".  Selon lui, "il y a des éléments troublants mais pas assez d'éléments pour affirmer qu'ils ont apporté leur aide aux terroristes Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh".  


Concernant l’ADN de Jawad Bendaoud retrouvé sur le bout de scotch utilisé pour confectionner une ceinture explosive, le procureur a estimé qu’ "à vouloir mettre un costume trop grand à Jawad Bendaoud, on en viendrait à décrédibiliser Abdelhamid Abaaoud". "Ce qu’il ne faut surtout pas faire", selon lui. "Je n'imagine pas Abaaoud laisser Jawad Bendaoud toucher un élément aussi sensible que la ceinture explosive", a ajouté Nicolas Le Bris. 


Enfin, le procureur est revenu sur la modique somme touchée par le logeur pour offrir un toit à ces deux hommes. "Jawad Bendaoud n’aurait pas hébergé ces deux hommes pour une somme aussi modeste", a souligné le procureur. "Soit c’est un hébergement gratuit par conviction ou adhésion, soit c’est beaucoup plus cher, pas 50 euros", a-t-il expliqué. 

Youssef Ait-Boulahcen, "le profil le plus inquiétant"

Nicolas Le Bris a été beaucoup plus virulent à l’encontre de Youssef Ait Boulahcen, cousin d’Abdelhamid Abaaoud et frère d’Hasna, morte dans l’appartement de Saint-Denis aux côtés des terroristes durant l’assaut du Raid. Le prévenu, dont le casier judiciaire est vierge et qui comparait libre, représente en effet selon le procureur le "profil le plus inquiétant". Le représentant du ministère public a requis la peine maximale de cinq ans de prison à son encontre avec mandat de dépôt. 


Il a en effet  estimé que "Youssef Aït Boulahcen adhérait parfaitement à l’idéologie du groupe État islamique". En attestent, notamment, selon lui, les lions sur son profil Skype, la documentation djihadiste et les photos de son cousin Abdelhamid Abaaoud retrouvées dans ses appareils électroniques ou encore ses propos homophobes… 

"On est dans la dissimulation"

Youssef Ait Boulahcen a toujours contesté toute forme de radicalisation. Ce mardi à l’audience, il a d’ailleurs exprimé, dans des expressions sur son visage ou à voix haute son mécontentement au cours du réquisitoire. 


Pourtant, le procureur semble convaincu concernant cet homme né le 25 juin 1992 à Clichy dans les Hauts-de-Seine. "On est dans la dissimulation", a martelé Nicolas Le Bris. Pour lui, le prévenu a cherché à "masquer un projet d'attentat d'Abdelhamid Abaaoud, qui voulait frapper à nouveau à La Défense". Pendant l'assaut du Raid, Youssef Ait Boulahcen avait fait un montage avec un portrait de son cousin et des images de l'opération de police avec le message : "Qu'Allah le préserve". 


"Il a eu un discours extrêmement lissé, calibré à l'audience (...) Je me demande s'il ne vaut pas mieux les explications rocambolesques de Jawad Bendaoud que les explications très maîtrisées Monsieur Aït Boulahcen, un personnage qui fait froid dans le dos", a conclu le procureur. 

"Parfaitement intégré dans la société"

Me Lastelle, avocat de Youssef Ait-Boulahcen et premier à plaider ce mardi côté défense, s’est étonné des réquisitions du parquet. "Je m’interroge sur les réelles raisons qu’avait M le procureur de la République de requérir 5 ans de prison et mandat de dépôt contre quelqu'un dont le casier est vierge et qui est parfaitement intégré dans la société", a-t-il dit en introduction. 


"Au moment où Hasna appelle son frère (Youssef Aït Boulahcen, ndlr), elle ne sait pas encore que celui qu'elle va voir est Abaaoud", a-t-il soutenu.  Concernant les documents retrouvés dans ses affaires, "le seul fait de consulter des fichiers vaut désormais d'être suspect", a dit l'avocat, rappelant l’avis du conseil Constitutionnel sur la question. "Mon client n'a aucun contact avec la Syrie, aucun contact avec des mis en examen, il n'y a aucune preuve d'un quelconque prosélytisme",  a affirmé Me Lastelle. 


Concernant les faits reprochés, l’avocat a posé la question :  "Il faut savoir de quel crime on parle...".  "S'il s'agit du 13 novembre 2015, on est sur une association de malfaiteurs terroriste. Si on parle de La Défense, là on peut être sur de la non-dénonciation de crime, mais il ne pouvait pas être au courant",  a-t-il insisté en plaidant la relaxe. 


Les avocats de Mohamed Soumah ont plaidé dans la foulée, après leur confrère. Ceux de Jawad Bendaoud plaideront demain à partir de 13h30. Le jugement sera ensuite mis en délibéré. 

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Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech" en procès

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