43 ans après l’attentat du Drugstore Saint-Germain à Paris, le "terroriste-né" Carlos, de nouveau devant la justice

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PORTRAIT – Déjà condamné à la prison à vie pour plusieurs attentats, le terroriste Carlos fait face à un nouveau procès ce lundi aux assises spéciales de Paris. Le Vénézuélien est jugé pour l’attaque à la grenade du Drugstore Saint-Germain, qui avait fait deux morts et 34 blessés en 1974. Portrait.

C’est sans doute l’un des procès les plus attendus de l’année. Après 43 longues années d’attente, le procès aux assises spéciales du Vénézuélien Carlos pour l'attentat contre le Drugstore Saint-Germain, qui avait fait deux morts et 34 blessés en 1974 à Paris, s’ouvre ce lundi dans la capitale. 


S’il le conteste depuis, Carlos, qui est incarcéré en France depuis son arrestation au Soudan par la police française en août 1994,  avait reconnu avoir jeté la grenade ayant explosé le 15 septembre 1974 en fin d'après-midi dans l'enceinte du Drugstore Publicis, à l'angle du boulevard Saint-Germain et de la rue de Rennes. Il risque une troisième condamnation à la prison à perpétuité. 

Un marxiste, figure du terrorisme international

Né le 12 octobre 1949 à Caracas dans un milieu bourgeois et  aisé, celui qui s'appelle véritablement Ilich Ramirez Sanchez est l'aîné d'une fratrie de trois enfants. Comme ses frères Lénine et Vladimir, Ilich  a été ainsi prénommé en l'honneur du chef de la révolution russe par leur père, avocat d'affaires et marxiste. Après avoir beaucoup voyagé durant sa scolarité, il embrasse en 1964 les idées de son paternel en adhérant aux jeunesses communistes vénézuéliennes : "C'est là que j'ai fait mes premières armes dans le mouvement révolutionnaire", a-t-il expliqué par le passé.

Ma profession : révolutionnaire professionnelCarlos

En 1966, sa famille s'installe à Londres puis en 1968, il rejoint Moscou pour étudier la physique-chimie. C’est dans la capitale russe qu’il rencontre le représentant local du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) – cause qu’il fera ensuite sienne – Georges Habache, responsable de détournements d'avions visant Israël, qui l'invite à participer à un stage militaire en Jordanie. Appelé par Habache en 1971 à prendre plus de responsabilités, il devient "Carlos", "révolutionnaire professionnel au service de la guerre de libération de la Palestine", selon ses propres termes.


De 1973 à 1975, il commet des attentats à Paris, Londres et à Vienne. Dans la capitale autrichienne, le 21 décembre 1975, il est à la tête d'un commando de cinq hommes qui prend spectaculairement en otage des ministres du pétrole de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Trois personnes sont abattues. Recherché par toutes les polices d’Europe, Carlos échappe à son arrestation cette même année en tuant deux policiers de la Direction de la surveillance du territoire (DST) – ainsi qu’un troisième homme – à Paris. C’est d’ailleurs pour ce triple meurtre qu’il est condamné une première fois à la prison à vie en 1997. 

Un homme à femmes dont l'avocate est la compagne

La deuxième condamnation intervient  en décembre 2011 : Carlos écope de la même peine pour avoir organisé quatre attentats à l'explosif - dont celui tristement célèbre du 29 mars 1982 perpétré dans le train "Le Capitole" Paris-Toulouse - qui ont au total fait onze morts et près de 150 blessés dans l’Hexagone au début des années 1980. Des attentats commis à l'époque pour faire pression sur le gouvernement français et réclamer la libération de ses amis, Bruno Bréguet et Magdalena Kopp, qui deviendra par la suite son épouse. 


Comme l'écrit Bernard Violet dans "Carlos" (éditions du Seuil), le petit groupe est alors une "véritable multinationale du terrorisme, coupée de toute base sociale ou communautaire, contrairement à l'époque où il se battait aux côtés des Palestiniens". Il continue cependant de collaborer avec de nombreux mouvements révolutionnaires, et entretient des liens discrets avec les pays arabes, la Syrie par exemple, ou d'Europe de l'Est, à l'instar de la Roumanie. En 1983, il s'installe d'ailleurs à Damas, où Magdalena Kopp, sortie de prison, le rejoint et donne naissance à sa fille Elba-Rosa l'année suivante. Carlos prend ensuite la direction du Soudan en 1993 et épouse alors une Jordanienne, Lana, avant d'être capturé un an plus tard à Khartoum par des policiers français. 


Peu avare en déclarations fracassantes, l'ancien marxiste-léniniste, homme à femmes assumé - une de ses compagnes décrivait chez lui "ce magnétisme qu'on appelle charisme" - qui a aujourd'hui pour compagne son avocate Isabelle Coutant-Peyre, se dit désormais acquis à l'"Islam révolutionnaire" (titre d'un livre qu'il a publié en 2003, ndlr) et admirateur d'Oussama ben Laden. 

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