5 ans de prison ferme pour un aide-soignant reconnu coupable de violences sur une pensionnaire de 98 ans

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JUSTICE - Jugé vendredi 22 mars pour "violences sur personne vulnérable ayant entraîné une ITT supérieur à 8 jours", un aide-soignant de 57 ans été condamné par le tribunal correctionnel de Créteil à 5 ans de prison ferme. Les faits, filmés, s'étaient déroulés en février 2019 dans la chambre d'une nonagénaire pensionnaire d'une maison de retraite d'Arcueil (Val-de-Marne)

Si les filles de la victime n'avaient pas installé cette caméra cachée dans la chambre de leur mère âgée de 98 ans, les violences auraient-elles cessé ? Ce vendredi, le tribunal correctionnel de Créteil a condamné un aide-soignant né en mai 1961 à 5 ans de prison ferme. Maintenu en détention, il a également reçu l'interdiction définitive d'exercer la profession d'aide-soignant, tout comme de séjourner à Arcueil pendant 3 ans. Il devra également verser 10.000 euros à la victime.


Le quinquagénaire, qui exerce ce métier depuis plus de 30 ans dont 9 ans dans l'établissement où les faits ont été commis, avait été filmé, du 5 au 7 février 2019, en train de violenter cette nonagénaire. La famille de cette pensionnaire de la maison de retraite du Grand Cèdre à Arcueil (Val-de-Marne) depuis novembre 2016 avait eu des soupçons dès l'été dernier, après avoir remarqué d'étranges marques sur le corps de leur aïeule. Elle avait alors décidé de dissimuler une caméra dans la chambre dans un lieu tenu - encore aujourd'hui - secret. 

"Maman nous dit qu'elle est tapée par un homme"

Placé en détention provisoire après avoir demandé, mi-février, un délai pour préparer sa défense, l'aide-soignant, cheveux courts poivre et sel, lunettes sur le nez, chemise blanche et veste sombre, est arrivé dans le box en début d'après-midi. Devant lui, les deux filles de la victime ont raconté avec dignité et courage comment elles avaient découvert les actes commis par ce professionnel. "Maman nous disait qu'elle était tapée par un homme, a témoigné l'une d'elle. Mais elle avait des trous de mémoire et des troubles cognitifs. Au début, nous avions des doutes sur la véracité des propos... Puis nous avons appris qu'un homme travaillait la nuit dans l'établissement... "


Les deux femmes constatent ensuite la présence d'hématomes sur le corps et le visage de leur mère. "On nous a dit que maman se cognait sur la barrière du lit pour expliquer les bleus. Mais l'hématome était à droite, la barrière à gauche... Ça ne collait pas", a indiqué l'une d'elle ajoutant que pour expliquer les bleus, on leur disait à chaque fois que la pensionnaire avait chuté. 


Le 2 février 2019, une caméra a donc été installée discrètement dans la chambre par les proches. "Pour nous, c'était le seul moyen de savoir ce qu'il se passait, de comprendre pourquoi elle avait ces hématomes et pourquoi elle répétait qu'un homme la tapait..." En voyant les images, elles sont sous le choc. Une plainte sera déposée sans attendre.

"Il s'est comporté de manière monstrueuse"

Sur ces images, diffusées à huis clos à l'audience, la pensionnaire est au sol, apparemment tombée de son lit. On l'entend crier "à l'aide" pendant une heure, avant que n'arrive l'aide-soignant. "Ferme ta gueule", lui dit-il. Il la tire violemment par les jambes pour la remettre dans son lit, lui donne des petits coups de pied, des gifles, la tire par les cheveux. "Tu me fais chier espèce de vieille salope", "ferme ta gueule". "Pitié pour moi", le supplie la nonagénaire en pleurs. Souffrant d'une "fracture spontanée du fémur", elle se verra prescrire 90 jours d'ITT (incapacité totale de travail).


Pour expliquer ces gestes, le prévenu a indiqué avoir "pété les plombs" et a parlé de surmenage. Ce dernier, qui a plusieurs crédits sur le dos, travaillait de nuit à la maison de retraite de 20h à 6h du matin et reprenait un travail à mi-temps de 8h30 à 11h30.  "Moi, je crois que la victime l'a dérangé dans sa sieste de nuit car il cumule deux emplois" a ironisé la procureure. "Il s'est comporté de manière monstrueuse", a-t-elle estimé avant de requérir quatre ans de prison ferme à l'encontre du prévenu. 

"On ne peut pas condamner un seul homme"

Soupçonné d'avoir commis ces actes de façon habituelle par la partie civile et pas seulement entre les 5 et 7 février dernier, l'aide-soignant a affirmé le contraire précisant avoir "toujours été bienveillant" à l'égard des pensionnaires. - "C'est la fatalité qui veut que vous ayez été filmé..."a souligné le président. 


Lee père de famille de 57 ans, employé "exemplaire" selon ses collègues, a reconnu deux gifles et des insultes mais contesté le reste. Maintenu en détention, le prévenu, qui s'est excusé du bout des lèvres devant la famille de la victime, a dix jours pour faire appel. 


"On ne peut pas condamner un seul homme pour les dysfonctionnements successifs dans cette chaîne de santé qui est dédiée aux soins des personnes âgées et vulnérables que nous serons tous un jour, a commenté son avocate à l'issue de l'audience. Pour ma part, la peine prononcée ne remplit pas son rôle de prévention d'ordre public".

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