70 féminicides en 2019 : "Le gouvernement ne réussit pas pleinement", reconnait Belloubet

Justice
FEMINICIDES - En six mois, les collectifs de militants contre les violences faites aux femmes ont recensés 70 féminicides. Ces femmes sont mortes sous les coups de leur (ex) conjoint, parfois après avoir déposé plusieurs plaintes. Nicole Belloubet a affirmé qu'elle prendrait plusieurs dispositions applicables dès 2020 pour mieux lutter contre ces meurtres.

70 femmes sont mortes sous les coups de leur compagnon ou ex compagnon depuis le début de l'année 2019. Le décompte de ces meurtres est tenu au jour le jour par des militantes et militants sur les réseaux sociaux, comme sur la page Facebook Féminicides par compagnons ou ex. Dimanche 30 juin, Le Parisien a consacré sa Une sur ce chiffre dramatiquement élevé à la moitié de l'année 2019. Le quotidien a notamment publié l'appel d'un collectif de proches de victime, qui demande aux pouvoirs publics de réagir. Nicole Belloubet, invitée ce lundi matin sur LCI, a affirmé vouloir faire davantage contre les féminicides.

"C'est inacceptable", a commencé par affirmer à plusieurs reprises la ministre de la Justice. "Les chiffres montrent que le gouvernement ne réussit pas pleinement dans la lutte contre les féminicides" a-t-elle ensuite concédé. Nicole Belloubet a déclaré avoir pris "un certain nombre de dispositions" dans le domaine qui la concerne, notamment en envoyant en mai une circulaire aux procureurs généraux de la République "pour leur dire à quel point ce sujet devait être priorisé".

Ordonnances de protection et bracelets électroniques

La ministre de la justice a dit vouloir principalement développer deux systèmes de protection pour les femmes victimes de violences. D'une part, les ordonnances de protection, qui permettent à des femmes de bénéficier d'une protection juridique, comme l'éviction du conjoint, le relogement avec adresse tenue secrète, l'interdiction du contact. Et d'autres part, Nicole Belloubet souhaite développer "les dispositifs de protection physique", notamment avec la mise en place "au plus tôt" du bracelet électronique anti-rapprochement pour les ex-conjoints violents. La ministre s'est déclarée "absolument en faveur de ce dispositif" et a affirmé vouloir aller plus loin que le seul stade actuel d'expérimentation. "Je vais tout de suite passer à la généralisation", a expliqué Nicole Belloubet. "Pour que cela soit efficace, il faut modifier la loi car pour l'instant nous ne pouvons appliquer ce dispositif qu'aux personnes condamnées et c'est trop restreint. Puisque je vais modifier la loi, je vais généraliser immédiatement le bracelet électronique."

Grenelle des violences faites aux femmes

Au delà de ces mesures, le collectif des proches de victimes des féminicides demande aux pouvoirs publics d'aller plus loin. La ministre réfléchit donc aussi aux moyens de débloquer une aide juridictionnelle immédiate dès la première plainte pour les femmes victimes de violence, à partir de 2020. Or, le problème n'est pas seulement de faire les lois, mais de faire en sorte qu'elles soient appliquées. Dans les colonnes du Parisien, qui fait état de la terrible histoire de Gülçin, tuée par son ex-conjoint en pleine rue alors qu'elle avait déposé cinq plaintes contre lui, les familles écrivent ainsi : "Certes il n'y a qu'un seul coupable : l'homme qui les a tuées. Mais il y a une chaîne de responsabilité parce qu'elles n'ont pas été suffisamment protégées. Nous avons honte pour notre pays qui est incapable de sauver 130 de ses filles chaque année. Les lois existent mais qui les applique ? Combien faudra-t-il de meurtres, d'orphelins et de marches blanches pour que nous prenions enfin conscience de la gravité du problème ?"

Pour prendre conscience de la profondeur du problème, les bilans et décomptes sont nécessaires. La dernière étude nationale "sur les morts violentes au sein du couple", menée par la Délégation aux victimes au ministère de l'Intérieur, date pourtant d'il y a deux ans et recensait 130 femmes victimes en 2017. Sans le travail des collectifs militants, aucun chiffre ne serait disponible pour communiquer sur la gravité des faits. Chaque année, les membres bénévoles de "Féminicides par (ex) compagnons" épluchent les faits divers, recensent les victimes et mettent en infographie ces meurtres de femmes pour faire réagir politiques et alerter sur les féminicides.


L'année prochaine, Nicole Belloubet s'est engagé sur le plateau de LCI à convoquer un Grenelle des violences faites aux femmes, une autre demande des collectifs. "Avec ma collègue Marlène Schiappa, nous ferons un bilan de l'ensemble des mesures sur lesquelles le Président s'est engagé, c'est absolument essentiel", a-t-elle déclaré. "Nous devons progresser plus que nous le faisons." 

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