"A aucun moment je n’ai su que ces mecs-là étaient liés à un meurtre ou autre", répète Jawad Bendaoud

Justice
JUSTICE – Au onzième jour de leur procès et avant que le tribunal ne se retire pour délibérer, les prévenus Youssef Ait Boulahcen, Mohamed Soumah et Jawad Bendaoud ont pris tour à tour la parole ce mercredi contestant les faits qui leur sont reprochés. Le procureur avait requis mardi 4 ans de prison contre les deux premiers et 5 ans de prison contre Youssef Ait Boulahcen. Le jugement sera rendu le 14 février.

Comme le veut la tradition, les prévenus ont été les derniers à pouvoir, s’ils le souhaitaient, s’exprimer avant que le tribunal ne se retire pour délibérer. Tour à tour, ce mercredi, ils ont donc pris la parole, au terme de onze jours d’audience parfois mouvementés. 


Youssef Aït Boulahcen, Mohdamed Soumah et Jawad Bendaoud l’affirment encore aujourd’hui, ils ignoraient tout des personnes qui allaient dormir dans le squat de la rue du Corbillon à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), dans la nuit du 17 au 18 novembre 2015, avant qu’elles ne perdent la vie le 18 novembre à l’aube, après l’assaut du RAID. 

"Je ne suis pas lié à Daech"

Ainsi, le frère grand d’Hasna Ait-Boulahcen et cousin d’Abdelhamid Abaaoud, Youssef, qui comparait libre et qui est poursuivi pour "non-dénonciation de crime terroriste", est d’abord venu à la barre. Interrogé sur les faits au premier jour du procès, le 24 janvier dernier, le jeune homme avait soutenu au tribunal : "Si j’avais su que c’était Abaaoud, j’aurais emmené ma sœur au commissariat". Même quand la présidente du tribunal correctionnel lui avait lu les nombreux échanges avec sa sœur Hasna Aït-Boulahcen, après les attentats et avant l’assaut, Youssef avait soutenu : "Je comprenais rien à ce qu’elle voulait, elle me parlait d’héberger quelqu’un, savoir si je pouvais, elle faisait des hypothèses, si un cousin était là, est-ce que je pouvais l’héberger…"


Plaidant sa cause, le prévenu, habituellement discret et le visage caché, a assuré d’une voix haute ce mercredi être "un individu scrupuleusement respectueux des lois françaises". "Hasna a fait un choix d’aider un terroriste dans sa cavale mais moi, j'en suis pas responsable", a-t-il martelé avant de déclarer : "Je ne suis pas lié à Daech, cette idéologie de rage, de haine. J’ai jamais épousé cette idéologie". 

Mardi, le procureur avait requis la peine maximale à son encontre : 5 ans de prison et un mandat de dépôt. S’appuyant sur la documentation djihadiste retrouvé dans ses appareils électroniques, son profil "aux 3 lions sur Skype" ou encore les clichés de son cousin Abdelhamid Abaaoud, le représentant du ministère public est, en effet, convaincu que le frère d’Hasna a le "profil le plus inquiétant". 

"J’aurais préféré ne pas rencontrer Hasna"

Debout dans le box, Mohamed Soumah s’est d’abord adressé aux parties civiles. "Moi, Madame la juge, comme je vous l’ai dit, je suis désolé pour les victimes, pour ceux qui ont été  blessés et ceux qui ont perdu un être cher (…). Les horreurs, les barbaries, ce qu’il s’est passé, ça choque, ça fait froid dans le dos (..) Les habitants de la rue du Corbillon, jamais je ne vais avoir de représailles contre eux", a affirmé le prévenu. 


"Voyou", "délinquant", "trafiquant de drogue", comme il se caractérise lui-même, Mohamed Soumah a toujours soutenu avoir rencontré Hasna Aït Boulahcen le 16 novembre 2015, trois jours après les attentats. Celle-ci lui aurait alors demandé un hébergement et, toujours selon lui, il lui aurait rendu service dans le but de "la baiser". 


"J’aurais préféré ne pas rencontrer Hasna. C’est un hasard. Un malheureux hasard. Quelle que soit votre décision, je vais assumer. Peut-être que je serai encore plus un voyou, je vais pas vous mentir. Mais jamais je vais être un terroriste Madame, jamais je vais tuer des gens",  a lancé le prévenu, dont le casier compte 17 condamnations, à la présidente du tribunal. 

"Je n’ai rien à voir avec cette histoire"

Dernier à s’exprimer, Jawad Bendaoud, lui, a d’abord remercié ses proches et ses avocats mais aussi "les gendarmes d'escorte", certains "surveillants" – mais "pas ceux de Beauvais parce qu'ils m'ont fait une saloperie", a-t-il précisé, sans en dire plus – les détenus, les victimes Bilal et Abdallah, venus à la barre la semaine dernière…. Le prévenu a ensuite adressé un message personnel à la garde des Sceaux : "Nicole Belloubet : qu'elle s'occupe des policiers et des surveillants qui manquent de moyens au lieu de parler sur moi."


Celui qui a été surnommé le "logeur de Daech" est ensuite revenu sur sur les faits. "Tout va bien dans ma tête, je n'ai rien à me reprocher, je n'ai rien sur la conscience. Madame, je vous le dis yeux dans les yeux, à aucun moment je n’ai su que ces mecs-là étaient liés à un meurtre, ou autre", a soutenu le prévenu à Isabelle Prévost-Desprez, présidente. Dans sa veste de survêtement rouge du PSG, lunettes rectangulaires sur le nez et catogan comme à l’accoutumée, il a indiqué, lassé, qu’il avait répété "4.000 fois si ce n’est pas plus en deux ans" sa "rencontre avec Hasna" et que sa version était restée la même . 


"Jusqu'à aujourd'hui, je ne comprends pas ce qu'il m'arrive. J'essaie de refaire le film. Je revois Abaaoud, je le vois cinq minutes. Me dire que j'ai passé cinq minutes.... Vous êtes tous là à me lyncher, à me faire passer pour un crétin, pour un imbécile", a regretté Jawad Bendaoud, qui ne supporte plus les attaques répétées à son encontre. "Peut-être que j'irai en enfer, mais pas pour avoir hébergé ces terroristes-là, parce que je ne savais pas que c'étaient des terroristes", a-t-il poursuivi.


"Je n’ai rien à voir dans cette histoire. J’ai voulu rendre service à un ami et je me suis retrouvé dans une galère pas possible", a–t-il encore ajouté avant de conclure : "Si vous entrez en voie de condamnation, tenez compte du fait que je suis à l’isolement. Je ne suis pas en train de faire une détention normale". 


Un peu plus tôt dans la journée ce mercredi, les avocats de Jawad Bendaoud, Me Xavier Nogueras et Me Marie-Pompéi Cullin, avaient plaidé la relaxe pour leur client. Les avocats de Youssef Aït Boulahcen et Mohamed Soumah avaient fait la même chose mardi. 


Le procureur de la République a requis lui 4 ans de prison et le maintien en détention à l’encontre de Mohamed Soumah et de Jawad Bendaoud, tous les deux poursuivis pour "recel de malfaiteurs terroristes". Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 14 février 2018 à 16 heures. 


 

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Jawad Bendaoud, le "logeur de Daech" en procès

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