Avocate expulsée par des policiers en pleine audience : que s'est-il passé ?

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A LA LOUPE - Jeudi 16 mai, une avocate a été expulsée d'une salle d'audience du tribunal de Paris par plusieurs policiers. Que s'est-il passé ? L'avocate en question et la présidence du tribunal se renvoient la responsabilité de la situation.

L'émoi dans la profession est considérable. Révélée par nos confrères de Mediapart, l'expulsion d'une avocate par des policiers, en pleine audience, n'en finit plus de faire réagir ses confrères. A tel point que cette dernière compte désormais porter plainte. Contactée par LCI, l'avocate en question, Anna Salabi, livre sa version des faits.

La scène s'est déroulée jeudi 16 mai dans l'après-midi, au tribunal d'instance de Paris. Une procédure civile de saisie des rémunérations vient de s'ouvrir dans le cadre d'une audience confidentielle de conciliation : ne sont donc présents que quelques personnes parmi lesquelles la juge, l'avocate, une greffière, une greffière stagiaire et la justiciable. "La créance remonte à trois ans, toutes les voies de recours ont été épuisées" précise l'avocate. "L'audience commence dans le désordre, la juge fait de la pédagogie avec la débitrice qui finit par demander un délai. A cet instant, alors que je n'avais rien dit jusque-là, j'ai fait 'non' de la tête." 

Deux jours d'ITT

Le ton monte alors entre l'avocate et la présidente du tribunal. "J'ai vingt-deux ans de barreau derrière moi et je me suis littéralement faite gronder. Je lui ai indiqué que je n'avais pas de compte à lui rendre et j'ai constaté qu'elle était furieuse. Elle m'a reprochée de me montrer agressive." Selon Anna Salabi, la présidente Laurence Haiat prend la décision de reporter l'audience et lui demande de quitter la salle. "Je n'ai pas voulu sortir car je voulais accéder aux notes d'audience" poursuit-elle, se référant au document alimenté en temps réel par la greffière et souhaitant y pointer des incohérences. 

L'avocate entreprend alors d'appeler le conseil de l'ordre des avocats, afin de trouver une médiation. "Alors que je suis encore au téléphone, la juge appelle les gardes. Plusieurs policiers arrivent : ils sont d'abord 4 puis 6 ou 7. Je m'assois, me recroqueville sous le bureau de la greffière, je suis toujours au téléphone. Ils essaient de me prendre par les épaules et finissent par me sortir par les pieds, alors que je suis en robe d'avocat et que je ne représente aucune menace." L'avocate indique qu'elle a écopé, suite à cette expulsion, de deux jours d'ITT, avec des douleurs aux genoux. Très en colère, elle ne compte pas en rester là. 

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Une plainte au pénal ?

Dans cette affaire, Anna Salabi est défendue par un confrère, Vincent Ollivier. Auprès de LCI, celui-ci nous indique que le Conseil de l'ordre des avocats est saisi et qu'une plainte a été déposée auprès du Conseil supérieur de la magistrature, afin "de faire apprécier l'attitude de la présidente". Outre l'aspect administratif, l'avocate et son conseil souhaitent également aller au pénal. "Une plainte pour 'violences volontaires' est en cours de rédaction à l'attention du procureur de la République, ainsi qu'un signalement auprès du Défenseur des droits" nous indique encore maître Ollivier, ajoutant : "J'estime que des violences disproportionnées ne sont pas légitimes."

De son côté, la présidence du tribunal s'affiche en total désaccord avec la version avancée par l'avocate et son conseil. Un porte-parole de la présidence du TGI indique ainsi à LCI qu'une enquête interne a été menée, au cours de laquelle la juge, les greffières et les policiers ont été entendus. "Les auditions circonstanciées et concordantes montrent que l'avocate s'est montrée extrêmement virulente, montant puis se cachant sous une table de justice" nous explique-t-on. Le porte-parole poursuit : "L'audience était terminée. L'avocate refusait de sortir d'une salle où se tenaient des audiences à huis clos et où attendaient ensuite 35 dossiers. C'est ce qu'on appelle de l'obstruction." Quant au fait de savoir si Anna Salabi a effectivement été traînée par les pieds comme elle l'affirme, on se contente de nous répéter que la professionnelle "a été tirée par le bras puis, une fois levée, conduite dans la salle des pas perdus". Le tribunal a par ailleurs assuré la juge "de son entier soutien". Pour tenter "de trouver une sortie de crise par le haut", le président reçoit ce vendredi la bâtonnière, dont le rôle est de représenter les avocats. 

A l'issue de cette concertation, la bâtonnière de l'ordre des avocats Marie-Aimée Peyron et le président Jean-Michel Hayat ont publié un communiqué commun afin de "rappeler à chacun que tout incident d'audience doit conduire à saisir sur le champ le délégué du bâtonnier à la permanence de l'ordre, en suspendant, si nécessaire, le cours de l'audience". Et de réaffirmer qu'en "aucun cas, il ne peut être recouru au concours des forces de l'ordre, à l'égard d'un avocat, dans l'exercice de sa mission". Pendant ce temps, un rassemblement de robes noires avait lieu au tribunal en signe de protestation.

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