A son procès, Jean-Vincent Placé s'est souvent pris pour la victime

A son procès, Jean-Vincent Placé s'est souvent pris pour la victime

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PROCÈS – L’ancien secrétaire d’Etat était jugé ce mercredi pour "violences", "injures à caractère racial" et "outrages à agents" pour des faits survenus en avril dernier dans un bar parisien. À la barre, Jean-Vincent Placé, s’il a reconnu une partie des charges, semblait parfois oublier que c’était son procès.

Il s’est installé au 3e rang. Sourire aux lèvres, visiblement détendu, Jean-Vincent Placé échange quelques mots avec son avocat. Pourtant, dans quelques minutes, il comparaîtra devant la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Ce mercredi, l’actuel élu de région parisienne est en effet jugé pour avoir été violent envers une jeune femme dans un bar du VIe arrondissement de Paris dans la nuit du 4 au 5 avril 2018. Il lui est également reproché d’avoir proféré des insultes racistes à l’encontre du videur qui a tenté de s’interposer, et d’avoir outragé les fonctionnaires de police qui sont intervenus.


Jean-Vincent Placé porte un costume cravate sombre, une chemise bleu clair et ses habituelles lunettes de vue. "Presque les mêmes que celles que Vlad (c’est le surnom du videur) a cassé en me giflant", lâche l’homme politique d’une voix claire et précise. Car si Vlad – le videur du bar - l’accuse de multiples insultes racistes telles que "on n’est pas au Maghreb ici" ou "le prix de ma chemise, cela fait un RSA complet pour toute ta famille", Jean-Vincent Placé, lui, assure avoir été violemment agrippé par le bras puis giflé.

Agrippé à la barre, face à un jury attentif, l'ex-sénateur écologiste revient point par point sur cette nuit du 4 au 5 avril 2018. Aux alentours de 1h du matin, lui et un ami arrivent dans un bar de la rue Princesse, La Piscine, déjà bien éméchés. Quelques minutes après son arrivée, Jean-Vincent Placé repère un groupe de trois femmes et tente de "séduire" l’une d’entre elles. "J'ai été rigolard, arrogant, prétentieux, peut-être même hautain. J'ai été extrêmement insistant, lourd même, et mon comportement était déplacé, mais je n'ai pas été violent et n'ai pas prononcé de propos sexistes ni insultants", a-t-il plaidé.


Le vigile, un colosse de près de deux mètres habillé d’une veste noire et d’un jean brut, ancien de la Légion, a expliqué à l'audience avoir entendu l'élu proposer à la jeune femme "de la thune" pour qu'elle danse pour un sénateur avec lequel il se trouvait et même lui fasse "une gâterie", avant de la traiter de "pute" face à son refus, ce que Jean-Vincent Placé a formellement contesté. La jeune femme, une étudiante de 20 ans, n'a pas souhaité venir témoigner.

Toujours debout, pied croisés et mains bien accrochées à la barre, Jean-Vincent Placé poursuit le déroulé des faits. Il reconnaît avoir dit au videur ‘On n’est pas au Maghreb ici’, mais réfute en bloc avoir tenu d’autres propos. "C’était une formule d’une extrême maladresse", plaide-t-il face à un président interloqué. "Pourquoi avoir dit cette phrase", lui demande-t-il. "Certains de mes amis disent parfois ‘On n’est pas au bled ici’, mais ça ne peut pas être raciste, car tout le monde sait que Vlad vient d’Europe de l’Est." Plus tard il précisera que c’est une "phrase habituelle dans son cercle d’amitié et qu’elle connote le fait qu’il y’a plus de liberté en France" pour draguer une femme.


Enfin l’ancien secrétaire d’Etat revient sur ses propos auprès des fonctionnaires de police qu’il a traité de "tocards" à plusieurs reprises leur intimant "Vous savez qui je suis ?". Sur ce point, il reconnaîtra tous les faits qui lui sont reprochés sans broncher.


Endossant son rôle, le procureur a lancé, cinglant: "Je suis un homme politique qui trouve devant moi un fâcheux qui n'est pas de ma condition et n'a pas une tête de Français, alors je mets entre nous la distance qui sépare le boulevard Saint-Germain de l'autre rive de la Méditerranée". Le procureur a enfin jugé regrettable qu'un élu qui a parlé au nom du gouvernement ait pu se laisser aller à insulter des policiers.

À la barre, visiblement ému, l'ancien secrétaire d'État a expliqué son addiction à l'alcool par un sentiment de solitude, sa difficulté à supporter une image publique d'opportuniste ambitieux. "Un jour la cuirasse, a commencé à se fendre", a-t-il lâché, soulignant que son éloignement des "feux de la rampe" lui avait fait du bien. Des éléments qui n’excusent aucunement son comportement, assure le procureur, qui a requis une peine six mois d’emprisonnement avec sursis assortie d’une mise à l’épreuve et une amende de 1000 euros. 


Et c’est un Jean-Vincent Placé amer qui, à la sortie de l'audience, nous glisse après un choc avec une caméra : "Faites attention vous allez vous faire mal, et ça… c’est violent". 

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