Ado mort aux Lilas : de nombreuses questions en suspens

Ado mort aux Lilas : de nombreuses questions en suspens

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FAIT-DIVERS - La mort d'un adolescent de 13 ans survenue dimanche 14 octobre, d'abord présentée comme la conclusion tragique d'un lynchage collectif sur fond d'affrontement de bandes, relève d'une affaire plus complexe. Le jeune homme, présentant des défaillances cardiaques, est décédé d'une attaque. Mais a-t-il subi des violences avant de mourir ? L'enquête est en cours pour le déterminer.

L'information tombe dimanche 14 octobre, en fin d'après-midi. Par dépêche AFP, on apprend qu'un adolescent de 13 ans est décédé le jour même, "après avoir été blessé à coups de barre de fer samedi lors d'une rixe impliquant une vingtaine de jeunes". Le drame s'est noué aux Lilas, en Seine-Saint-Denis. 


Deux jours plus tard, Christophe Castaner, fraîchement nommé ministre de l'Intérieur, dédie son premier déplacement à ce fait divers. Et se rend sur place avec ses équipes. Mardi, dans la soirée, tombent les résultats de l'autopsie. Voilà donc que la mort de cet adolescent n'aurait en fait plus rien à voir avec l'intervention d'une tierce personne. Malgré tout, cinq mineurs demeurent à l'heure actuelle cités dans ce dossier, qui cumule décidément les zones d'ombre et les questions en suspens. On fait le point. 

L'adolescent a-t-il été "roué de coups" ?

La question est centrale : si ces coups étaient présentés dimanche soir comme la raison de la mort du jeune garçon, il n'est même plus certain aujourd'hui qu'ils aient seulement été portés. Car, selon les informations diffusées par le parquet de Bobigny, il n'a été constatée aucune trace d'hématome ou de fracture. C'est en tout cas ce que déclarent les médecins, premiers à avoir pris en charge la victime. Des propos corroborés puis dans un second temps par les résultats de l'autopsie.  Si des barres de fer avaient été utilisées, comme des témoins l'ont rapporté, le corps du jeune homme n'aurait-il pas présenté des traces ? En tout cas, les personnes placées en garde à vue dans le cadre de l'enquête réfutent tout coup porté. 


Mais leur version est contredite par les propos qu'a eu le temps de tenir la jeune victime avant de décéder. L'ado a en effet déclaré aux secours avoir été "agressé". Par ailleurs, selon nos informations, un témoin proche du dossier aurait assisté à des coups, portés sur la victime.

Une rixe a-t-elle éclaté ?

Les témoins interrogés dans les heures qui ont suivi le drame sont plusieurs à parler de "bagarre" et à confirmer un attroupement d'une vingtaine de jeunes, armés de barres de fer. Dans un reportage du Monde réalisé lundi, des riverains semblent peu étonnés, étant donné que des rivalités entre bandes existent bel et bien dans cette localité. En garde à vue, apprend-t-on de source judiciaire, les mineurs interrogés reconnaissent s'être rendus sur les lieux pour en découdre. Il y avait donc bien un projet de rixe, mais les mis en cause soutiennent que la bagarre n'a pas eu le temps d'éclater.


Sur ce point, le scénario semble d'ailleurs se clarifier. Les explications sont livrées par le parquet de Bobigny : d'après les premiers éléments de l'enquête, une première altercation a lieu, dans la rue du 11 septembre 1918, aux Lilas. Mais celle-ci serait restée verbale, car la jeune victime fait un premier malaise. Il est alors pris en charge sur un scooter, avant de subir un second malaise, qui le fait chuter au sol. C'est précisément à ce moment que les enquêteurs soupçonnent que des coups ont été portés sur le garçon. Pris en charge par les secours, il est placé en coma artificiel et décède quelques heures plus tard à l'hôpital. 

Que disent les résultats de l'autopsie ?

Ils sont clairs et fermes : les résultats de l'autopsie menée dimanche indiquent que les causes du décès ne sont pas liées à des violences commises sur la victime. Le décès de l'adolescent est en fait directement consécutif à un œdème pulmonaire qui a provoqué un arrêt cardiaque. Par ailleurs, l"adolescent aurait connu antérieurement des alertes d'ordre cardiaque qui auraient déjà nécessité des examens médicaux. 

Où en est l'enquête ?

Au lendemain de la mort du jeune homme, deux mineurs ont rapidement été placés en garde à vue. Amis de l'adolescent décédé, ils ont finalement été relâchés. Mais, les 14 et 15 octobre, cinq autres mineurs ont été interpellés et placés en garde à vue. Celle-ci a d'ailleurs été prolongée.


Les jeunes mis en cause  vont être déférés sous peu au parquet en vue de l'ouverture d'une information judiciaire pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Une qualification que le juge d'instruction peut choisir de révoquer ou bien de confirmer, dans les heures qui viennent.

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