Affaire Traoré : les avocats livrent deux versions contradictoires d'une audition clé

Affaire Traoré : les avocats livrent deux versions contradictoires d'une audition clé
Justice

JUSTICE - Un témoin, jamais entendu jusqu'ici par les juges d'instruction en charge de l'enquête sur la mort d'Adama Traoré en juillet 2016, a été auditionné ce jeudi en présence des avocats de la défense et de la famille. Ces derniers en ont ensuite livré des comptes rendus totalement différents.

L'audition jeudi d'un témoin clé dans l'enquête sur la mort d'Adama Traoré, décédé en 2016 lors de son interpellation par trois gendarmes à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise), a donné lieu à deux comptes rendus contradictoires de la part des avocats de la défense et de la famille. Cet homme, chez qui Adama Traoré s'était réfugié juste avant son arrestation, était entendu pour la première fois par les magistrats instructeurs, en présence des avocats des deux parties. A l'issue de cette audition de plus de quatre heures, chaque camp a livré une version diamétralement opposée.

Deux versions différentes

Selon Me Yassine Bouzrou, l'avocat des parties civiles, le témoin se serait finalement "rétracté" lors de son audition face aux juges d'instruction. "Il a affirmé que les éléments contenus dans son procès-verbal d'audition étaient faux. (...) Il a dit qu'Adama Traoré ne souffrait pas de détresse respiratoire, ne respirait pas bruyamment avant l'interpellation". Le procès-verbal initial évoqué par l'avocat date du 1er août 2016, soit plus de trois semaines après la mort du jeune homme. Pour Me Bouzrou, ces propos fragilisent la version retenue par les expertises médicales judiciaires, qui ont mis hors de cause les gendarmes dans la mort d'Adama Traoré. 

Dix jours après les faits, ce témoin avait raconté aux enquêteurs qu'il avait trouvé Adama assis devant sa porte, "essoufflé" après une course-poursuite en pleine canicule. "La seule chose qu'il me dit, c'est : 'tire-moi'. Je ne l'ai jamais vu dans un état pareil. Il n'arrivait pas à parler. Il respirait bruyamment", avait-il déclaré selon le procès-verbal du 1er août.

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Mais les avocats des gendarmes ont donné une toute autre version de la même audition devant le juge d'instruction. "Ce témoin a conforté la version qui avait été la sienne précédemment, et notamment sur un élément extrêmement important qui est l'état d'épuisement dans lequel Adama Traoré arrive à son domicile, en ayant même indiqué aujourd'hui qu'Adama Traoré lui aurait dit, avant que les gendarmes n'interviennent et ne l'interpellent, la phrase suivante : 'Je vais mourir'", a rapporté Me Rodolphe Bosselut. "C'est un élément capital qui vient conforter les expertises médicales", considère l'avocat. 

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Pour rappel, les experts judiciaires avaient retenu la piste de la maladie génétique, la drépanocytose, associée à une pathologie rare, la sarcoïdose, pour expliquer l'asphyxie d'Adama Traoré "à l'occasion d'un épisode de stress et d'effort". Des conclusions contredites par la famille Traoré qui a fait réaliser une nouvelle contre-expertise indépendante. 

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