Affaire Boulin : 40 ans après la mort du ministre, sa famille et des journalistes réclament la vérité

Affaire Boulin : 40 ans après la mort du ministre, sa famille et des journalistes réclament la vérité

JUSTICE - La fille de Robert Boulin et son avocate ont organisé cette semaine une "reconstitution citoyenne", démontrant notamment que le corps du ministre aurait été déplacé le jour de sa mort. Une mort sur laquelle de nombreux journalistes tentent en vain d'enquêter depuis des décennies. Ils en appellent désormais à Emmanuel Macron pour obtenir la déclassification de documents de la CIA.

L'un des plus grands mystères de la Ve République connaîtra-t-il un jour son dénouement ? C'est en tout cas le souhait d'une poignée de journalistes et de la famille de Robert Boulin. Tous souhaitent en effet faire la lumière sur la mort du ministre, lequel s'est officiellement suicidé il y a 40 ans. Une version à laquelle aucun d'entre eux ne croit.

Au cours d'une conférence de presse qui s'est déroulée jeudi, la fille de Robert Boulin et son avocate ont restitué les conclusions de la "reconstitution citoyenne" qu'elles ont organisée cette semaine. Elles en sont convaincues : les investigations, relancées depuis 2015, ne vont pas assez vite. Avec le temps qui passe et les témoins qui meurent, "la justice prend des risques que nous n'avons, nous, plus envie de prendre", a estimé Marie Dosé, l'avocate de Fabienne Boulin.

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"Il n'avait rien d'un noyé"

A l'issue de leur reconstitution, les deux femmes ont ainsi posé la question d'un déplacement du corps. Deux témoins, un médecin urgentiste et un policier, présents sur les lieux le jour des faits, ont en effet situé le corps du ministre à deux endroits opposés de l'étang Rompu, où il a été retrouvé le 30 octobre 1979. "Est-ce que le corps a été déplacé ? Si oui, pourquoi et comment ?" s'est interrogée l'avocate. Lors de la reconstitution, le premier témoin a aussi affirmé qu'il avait pensé à l'époque, en voyant la position du corps, à un "règlement de compte". Selon lui, "il n'avait rien d'un noyé", a déclaré Fabienne Boulin.

En 1979, la mort du ministre gaulliste de 59 ans, mis en cause dans une affaire immobilière à Ramatuelle (Var), avait initialement été classée comme un suicide par noyade, après ingestion de barbituriques. Doutant de cette version, sa famille a porté plainte en 1983 : l'enquête, ouverte pour meurtre, s'est soldée par un non-lieu en 1991. Sa fille a demandé, en 2002 et en 2010, la réouverture du dossier, sans succès. Jusqu'en 2015, où une nouvelle information judiciaire a été ouverte contre X pour "enlèvement" et "assassinat".

"Cette affaire empoisonne et déshonore la vie politique de notre pays"

Pour plusieurs journalistes ayant travaillé sur l'affaire, celle-ci est entourée de "mystifications". Quatorze d'entre eux ont adressé jeudi une lettre à Emmanuel Macron, demandant au président de la République l'ouverture des archives des services de renseignement français. "Depuis 1979, alors que six présidents de la République se sont succédé, cette affaire empoisonne et déshonore la vie politique et civique de notre pays", écrivent les signataires, dont la présentatrice Elise Lucet et le journaliste de Radio France Benoît Collombat. Ces journalistes l'affirment : il pourrait s'agir de "la liquidation d'un ministre en exercice, grossièrement maquillée en suicide".

Un "suicide" à propos duquel les Etats-Unis disposeraient d'informations : la CIA détiendrait en effet un dossier sur l'affaire Boulin, qu'elle n'a jamais souhaité rendre public. Raison pour laquelle ce collectif de journalistes demande à Emmanuel Macron de faire pression sur son homologue Donald Trump pour obtenir "la déclassification des éléments détenus par les services secrets des Etats-Unis".

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