Affaire Fillon : l'ancienne procureure dit avoir subi des "pressions", la droite crie au scandale

Affaire Fillon : l'ancienne procureure dit avoir subi des "pressions", la droite crie au scandale
Justice

RÉVÉLATIONS - Lors d'une audition le 10 juin dernier devant la commission d'enquête parlementaire, l'ancienne procureure Eliane Houlette a indiqué avoir subi des "pressions" de la part du parquet général dans l'affaire Fillon. Des déclarations qui ont mis en émoi la classe politique française.

Entendue le 10 juin par la commission d'enquête parlementaire sur l’indépendance de la justice, l'ancienne procureure Eliane Houlette a fait de troublantes révélations dans le traitement de l’affaire Fillon. Si elle a réaffirmé avoir décidé, en janvier 2017, en toute indépendance d'ouvrir une enquête visant les époux Fillon après des soupçons d'emplois fictifs révélés par Le Canard Enchaîné, elle s’est en revanche émue du "contrôle très étroit" qu'aurait exercé le parquet général, son autorité de tutelle directe, dans la conduite des investigations.

"Le plus difficile (...) a été de gérer en même temps la pression des journalistes - mais ça on peut s'en dégager - (...) et surtout la pression du parquet général", a déclaré l'ex-procureure, à la tête du Parquet national financier (PNF) entre 2014 et 2019 et partie à la retraite en juin 2019. Eliane Houlette a notamment évoqué "des demandes de transmission rapide" sur les actes d'investigation ou les auditions et a révélé avoir été convoquée par le parquet général qui plaidait pour que l'enquête soit confiée à un juge d'instruction. "On ne peut que se poser des questions, c'est un contrôle très étroit et c’est une pression très lourde", a-t-elle dit.

LR évoque des accusations "extrêmement graves"

Directement mise en cause, la procureure générale de Paris Catherine Champrenault dit, dans un message transmis à l'AFP, "regretter que ce qui est le fonctionnement régulier du ministère public soit assimilé à des pressions". Déjà en poste au moment de l'affaire Fillon, elle "rappelle que son action s’est toujours inscrite dans l'exercice de ses prérogatives légales de veiller à l'application de la loi et au bon fonctionnement des parquets placés sous son autorité".

Ces révélations d’Eliane Houlette ont provoqué l’indignation dans le paysage politique français, dont le parti Les Républicains, qui a souvent dénoncé une "instrumentalisation" de la justice dans l’affaire Fillon. LR a ainsi évoqué des accusations "extrêmement graves". Tous deux visés par des enquêtes du PNF, le Rassemblement national et La France Insoumise ont, eux, vu dans ces "pressions" la preuve d'une justice aux ordres.

Eric Ciotti demande l'ouverture d'une enquête pour "forfaiture"

"L'ex-chef du pôle financier avoue avoir agi sous pression dans l’affaire Fillon. Responsable ? La chef du parquet qui a ordonné les perquisitions odieuses contre LFI (en réalité ordonnées par le parquet de Paris, ndlr). La vérité est en chemin", a tweeté Jean-Luc Mélenchon, chef de file des Insoumis. "Et dire que lorsque nous dénonçons l'instrumentalisation de la justice, certains nous traitent de complotistes... La vérité éclate et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg", a réagi Marine Le Pen sur Twitter.

De son côté, le député Les Républicains Eric Ciotti a saisi le président de la République, Emmanuel Macron, et la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, jeudi, réclamant une saisine du Conseil supérieur de la magistrature et l’ouverture d’une enquête judiciaire pour "forfaiture". 

Interrogé sur LCI ce vendredi matin, l'ancien ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a qualifié ces déclarations de "stupéfiantes". "Cela veut dire qu’on faisait remonter quotidiennement des dizaines d’informations sur la procédure qui était en cours. Cela veut dire qu’il y avait un suivi, était-ce un suivi personnel de sa hiérarchie ou un suivi politique, je n’en sais rien, même si je peux avoir une idée. La conséquence, c’est qu’il y a eu un débat présidentiel escamoté, et peut-être, un résultat électoral faussé. L’addition est lourde", a-t-il déclaré.

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Selon les règles en vigueur, le parquet général peut demander des remontées d’information aux parquets et les transmettre à la direction des affaires criminelles et des grâces au sein de la Chancellerie, qui peut les faire suivre au cabinet du garde des Sceaux. En revanche, la loi Taubira de 2013 interdit au garde des Sceaux de donner des instructions dans les dossiers individuels.

Lancée en pleine campagne présidentielle, cette enquête avait plombé la candidature de François Fillon à l'Elysée et conduit au printemps 2020 à son procès en correctionnelle aux côtés notamment de son épouse Penelope. Le jugement est attendu le 29 juin.

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