Affaire Fiona : un troisième procès sous haute tension ce lundi

JUSTICE - Après un premier procès tourné en ridicule par une médium, un second virant au fiasco judiciaire, le troisième rendez-vous judiciaire de l'affaire Fiona, ce lundi 29 janvier, s'annonce électrique. La mère, Cécile Bourgeon, et le beau-père, Berkane Makhlouf, sont jugés en appel à partir de lundi devant la cour d'assises de Haute-Loire, pour les violences ayant entraîné la mort de l'enfant dont le corps n'a jamais été retrouvé.

Pour la troisième fois, l’affaire Fiona revient devant la justice. En 2016, les jurés de la cour d’assises du Puy-de-Dôme avaient acquitté Cécile Bourgeon des coups mortels, les imputant à son compagnon Berkane Makhlouf. La mère et le beau-père avaient tenté de faire croire à l’enlèvement de l’enfant dans un parc de Clermont-Ferrand en mai 2013, avant de reconnaître quelques mois plus tard qu’elle était morte.  


Mais le premier procès n’avait pas permis de faire la lumière sur le funeste sort réservé à la petite fille de 5 ans, dont le corps n’a jamais été retrouvé. Les débats avaient même frisé le ridicule, quand une voyante avait raconté à la barre avoir été contactée de l’au-delà par la fillette-défunte, avant que la délirante ne s'évanouisse dans un grand fracas. Mais il avait aussi mis en lumière la personnalité complexe de Cécile Bourgeon. Longtemps dépeinte comme une femme lisse et effacée sous l’emprise d’un Berkane Makhlouf violent, elle avait montré un visage plus contrasté, aux traits colériques. 

En octobre, le procès en appel de la mère et du beau-père de l’enfant avait, lui, été renvoyé au terme d’une semaine de tensions entre avocats de la défense et des parties civiles. Une ultime passe d’armes était venue porter l’estocade aux débats. Un témoin de l’entourage du couple de toxicomanes était alors à la barre et venait de livrer son intime conviction : pour lui, Fiona était décédée après avoir probablement "avalé quelque chose (drogue/médicament)". Me Marie Grimaud, avocate de l’association Innocence en danger, était alors entrée en scène pour dire la "difficulté" qu’elle avait avec ce témoin. Elle expliquait que cet homme avait été assisté par Me Khanifar, actuel avocat de Berkane Makhlouf, lors d'une garde à vue au tout début de l'affaire. Et ajouté que Me Portejoie, avocat de Cécile Bourgeon, conseillait, lui, Berkane Makhlouf quand les deux accusés d'aujourd'hui étaient parties civiles. Pour les avocats de la défense, ça en était trop. Leur "probité" venait d’être mise en cause et ils quittaient la salle d’audience avec fracas. Le président de la Haute-Loire tentait de les rattraper et finissait par renvoyer le procès. 


Le public était resté ahuri, le père de Fiona, Nicolas Chafoulais, avait lui dénoncé devant la presse "des arrangements entre amis", ce qui lui avait valu une poursuite pour diffamation. Enfin, une procédure disciplinaire initiée par la défense avait été lancée à l’encontre de  Me Grimaud. C’est dans cette ambiance électrique que tout ce petit monde se retrouvera lundi devant la cour d’assises de Haute-Loire.

"Le renvoi, c'était une mascarade, on était au théâtre. On ne parle plus des faits, on n'est plus là pour l'assassinat de ma fille mais pour voir des avocats se tirer dans les pattes", a commenté à l’AFP Nicolas Chafoulais, qui aurait aimé que le procès soit "dépaysé". Maintenant, il faut que la justice prouve qu'elle est compétente. Il va falloir recentrer le procès sur les faits". Les avocats de Cécile Bourgeon estiment que les conditions sont de nouveau réunies pour que "la justice passe sereinement". "On n'avait aucun intérêt procédural pour ce renvoi, d'ailleurs, on n'a pas fait de demande de remise en liberté (pour Cécile Bourgeon, ndlr), a indiqué Me Portejoie. Mais on a estimé qu'on était déconsidéré auprès des jurés (en octobre après l’incident, ndlr). Aujourd'hui (…) nous n'avons aucune agressivité et nous espérons que les uns et les autres soient dans ce même état d'esprit."

Ce troisième rendez-vous judiciaire se tiendra-t-il dans des conditions sereines ? Difficile, tant les débats ont été agités par le passé. Et l'audition de trois nouveaux témoins - "une amie de Cécile Bourgeon" et "deux officiers de police judiciaire jamais entendus à la barre" - demandée par Me Grimaud pourrait attiser les tensions. "Il y a un certain nombre de détails qui avaient échappé à l'attention des uns et des autres et qui me semblent être la clé de ce qu'a vécu Fiona, a prévenu l’avocate interrogée par l’AFP. Je compte bien les exploiter pour obtenir la vérité". 

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