Affaire Fiona : pourquoi le procès en appel a été renvoyé

JUSTICE - Après une semaine de débats, le procès en appel de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, poursuivis pour les violences ayant entraîné la mort de Fiona, a été renvoyé. LCI vous explique pourquoi.

Le troisième acte de "l’affaire Fiona" se jouera le 29 janvier 2018 devant la cour d’assises de Haute-Loire. La défense a obtenu gain de cause lundi avec le renvoi du procès en appel de la mère de Fiona et de son ex-compagnon qui avait débuté il y a une semaine au Puy-en-Velay. Dans l’attente de leur nouveau procès, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, poursuivis pour violences ayant entraîné la mort, restent en détention provisoire. 

Un incident d’audience qui fait basculer le procès

L'ambiance était électrique. A plusieurs reprises la semaine dernière, le ton était monté entre les avocats de la défense et des parties civiles. C’est une ultime passe d’armes vendredi qui est venue porter l’estocade à ce procès. Un témoin de l’entourage du couple d’accusés dans le milieu des stupéfiants était alors à la barre. L’homme venait de livrer son intime conviction sur l’affaire estimant que Fiona avait probablement "avalé quelque chose (drogue/médicament)". Me Marie Grimaud, avocate de l’association Innocence en danger, était alors entrée en scène pour dire la "difficulté" qu’elle avait avec ce témoin. Elle expliquait que l’homme avait été assisté par Me Khanifar, actuel avocat de Berkane Makhlouf, lors d'une garde à vue au tout début de l'affaire. Et ajouté que Me Portejoie conseillait, lui, Berkane Makhlouf quand les deux accusés d'aujourd'hui étaient parties civiles. Pour les avocats de la défense, ça en était trop. Leur "probité" venait, selon eux, d’être mise en cause et ils quittaient la salle d’audience avec fracas. Si Me Grimaud s’était excusé, elle n’avait pas convaincu et la défense s’était engouffrée dans la brèche. Le président avait annoncé que l’audience reprendrait lundi matin, avec les mêmes avocats de la défense, mais désormais désignés d'office. 

La défense demande le renvoi

Dès la reprise des débats lundi matin, les avocats des accusés avaient demandé le renvoi. "Ce procès n’est plus équitable et nous vous demandons avec sagesse et avec courage de le renvoyer", avait déclaré Me Renaud Portejoie. "Me Grimaud a usé de procédés déloyaux pour nous discréditer", avait abondé Me Khanifar. Les avocats des parties civiles avaient, eux, demandé la poursuite du procès en appel tout comme l’avocat général qui avait dénoncé "une mascarade de justice". Après avoir délibéré, le président de la cour d’assises  de Haute-Loire a annoncé le renvoi du procès. Sans en donner lecture à l'audience, les juges ont motivé leur décision par la nécessaire "sérénité des débats", indique l’AFP. 

Des réactions vives

"Il ne s'agit pas d'un coup, il s'agit d'une atteinte extrêmement grave à notre probité que nous avons fait sanctionner. La cour d'assises a partagé notre analyse", s'est félicité après la décision Me Portejoie, ajoutant que sa cliente Cécile Bourgeon était "soulagée". "Il n'y a pas de vainqueur, il n'y a pas de perdants, c'est uniquement le droit strict qui a été entendu", a de son côté commenté Me Khanifar. Me Grimaud a, lui, dénoncé "une prise en otage". "C'est une véritable comédie qui était orchestrée depuis de nombreux mois. Je ne comprends pas cette décision, j'estime que nous sommes en plein déni de justice". Pour Me Fribourg, avocat du père de Fiona, Nicolas Chafoulais, "c'est un nouveau coup qui lui est porté". 

Dans les faits, ça change quoi ?

Pour la défense, il y avait un vrai enjeu : voir le nouveau procès se tenir après le mois de septembre 2018. A cette date, Cécile Bourgeon, qui avait été acquittée des coups mortels en première instance et condamné à cinq ans de prison pour les délits, aurait pu comparaître libre. Sa détention provisoire entamée en septembre 2013 ne pouvait en effet pas aller au-delà de la peine prononcée. L’image d’une femme qui comparaît libre quand son ancien compagnon est lui, seul, dans le box des accusés aurait pu avoir un impact symbolique. Mais le nouveau procès aura lieu avant. Cécile Bourgeon sera en détention. Le procès de janvier recommencera avec les mêmes avocats, un même président mais de nouveaux jurés.  

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