Mise en examen du grand-oncle et de sa femme, rôle présumé de Bernard Laroche... : ce qu'il faut retenir des derniers rebondissements de l'affaire Grégory

Justice
AVANCEMENT - Le procureur général de Dijon a dévoilé vendredi après-midi lors d'une conférence de presse les derniers rebondissements concernant l’enquête sur le meurtre du petit Grégory, assassiné en 1984. LCI fait le point.

Il y a 32 ans, Grégory Villemin, un enfant de quatre ans était retrouvé mort, pieds et poings liés, dans les eaux de la Vologne (Vosges). L’auteur du crime n’a jamais été retrouvé mais l’affaire, considérée comme l'une des plus grandes sagas judiciaires françaises, a connu de nombreux rebondissements. Le dernier en date ce vendredi : la mise en examen du couple Jacob, le grand-oncle et la grand-tante de l’enfant. Retour sur les derniers éléments de l’enquête.

1. Le couple Jacob, mis en examen, est en détention provisoire

Marcel Jacob, qui vient de fêter ses 72 ans, et sa femme Jacqueline Jacob sont en prison. Le grand-oncle et la grand-tante de Grégory Villemin ont tous deux été mis en examen ce vendredi pour "enlèvement et  séquestration suivie de mort". La justice a choisi de les placer en détention provisoire pour "empêcher une concertation frauduleuse et toute forme de pression entres les divers protagonistes" et permettre ainsi le bon déroulé des investigations à venir.


Ils doivent dorénavant attendre la décision de la chambre d’instruction, qui pourrait opter pour une poursuite de détention ou une remise en liberté sous contrôle judiciaire. Le délai pour cette décision est limité à quatre jours ouvrables.

2. Le couple serait le corbeau

Avant même le meurtre, le père de Grégory avait déjà reçu de nombreuses lettres de menace. Or s'agissant de trois lettres de 1983, les conclusions de l'expert commis en 2017 impliquent pour l'une d'entre elles Jacqueline Jacob, affirme le procureur de Dijon, Jean-Jacques Bosc. Ils l'incriminent également "mais de façon moins affirmative pour une autre". Des liens sont aussi évoqués par le magistrat "entre ces écrits anonymes et les appels téléphoniques anonymes qui ont été passés par ce que l'on appelle le corbeau". Le corbeau, rappelle-t-il, est composé d'un homme et d'une femme, le couple Jacob selon lui.


Un autre élément déjà connu de l'enquête renforce les accusations envers ce couple. Jean-Jacques Bosc cite ainsi un incident datant du mois de décembre 1982, avant le crime donc : "Lors d'une dispute entre Marcel Jacob et des membres de la famille Villemin, Jean-Marie Villemin est intervenu et Marcel Jacob lui a dit 'Je ne sert pas la main d'un chef' et a proféré un certain nombre d'injures". Ce terme "chef" se retrouve dans certaines lettres anonymes.

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3. Le couple aurait participé à l'enlèvement de l'enfant avec Bernard Laroche

"A l'évidence, Grégory a été enlevé du domicile de ses parents et retenu un certain temps jusqu'à sa mort", a assuré le procureur, ajoutant que les personnes qui ont participé à cet enlèvement "sont les auteurs du crime". Jean-Jacques Bosc indique que le dossier "révèle l'existence d'un lien indissociable entre les trois lettres anonymes de 1983, le courrier posté le jour du crime avant 17h15 et l'enlèvement de l'enfant. Ces élements forment un tout." Au-delà de leur implication dans ces menaces par écrit, "Il y a un débat (sur ce qu'ils faisaient le jour de la disparition), ils ne présentent pas en l'état d'alibi qui soit confirmé ou étayé", a-t-il indiqué.


Interrogé vendredi soir par LCI, Etienne Sesmat, le capitaine de gendarmerie et premier enquêteur de l'affaire, estime que cette annonce est "forcément cohérente". "On touche des personnes qui sont au coeur du village et du système familial". Les rancoeurs entre les familles Jacob et Villemin ont en effet déjà été démontrées. Mais il explique ne pas avoir eu le temps à l'époque de se pencher sur ces membres de la famille. S'il ne s'est pas entretenu avec eux, le grand-oncle et la grand-tante sont cependant apparus de manière routinière dans l'enquête. 


Par ailleurs, Jean-Jacques Bosc, Bernard Laroche, le cousin de Jean-Marie Villemin et premier suspect, aurait également participé à l'enlèvement de Grégory. A l'époque, il était voisin de Marcel et Jacqueline Jacob et très proche du couple. Assassiné par Jean-Marie Villemin, le père de l'enfant, persuadé qu'il était le coupable, il ne peut cependant plus être impliqué.

4. La piste d'une mort accidentelle de l'enfant durant sa séquestration est pour l'instant écartée

"Que (la mort de l'enfant) soit accidentelle, j'en doute fort" a déclaré Jean-Jacques Bosc, "en tout cas ce n'est pas ce qui est retenu".  C'est également ce qu'estime Etienne Sesmat, même s'il reconnaît qu'il n'est "pas impossible" que l'enlèvement se soit mal déroulé, et que les coupables aient cherché à se débarrasser du corps. Ce qui le fait douter : la revendication par téléphone peu après 17h, laissant un laps de temps très court après l'enlèvement.  Cette "histoire en deux temps", l'enlèvement puis la séquestration, le "gêne".

5. Marcel et Jacqueline Jacob nient toute implication

"Les deux mis en examen ont nié en l'état toute participation aux faits reprochés", a déclaré le procureur .


L'avocat du grand-oncle a de son côté jugé  "criminel de jeter en pâture le nom d'un couple". "On n'a aucun élément matériel, rien" à leur encontre, s'est écrié Me Stéphane Giuranna devant les médias, après la conférence de presse de Jean-Jacques Bosc. "On a mis la charrue avant les boeufs", a-t-il lancé, avant d'affirmer qu'il allait rapidement demander "la nullité de la mise en examen" de Marcel Jacob. Selon lui, son client aurait dû  être plutôt placé sous le statut de témoin assisté. 


L'avocat de Jacqueline Jacob, Me Gary Lagardette, conteste lui aussi la mise en examen de sa cliente, "aucun élément nouveau n'a été présenté" et "la conférence du procureur général a été particulièrement floue". Jacqueline Jacob "est exténuée, fatiguée, épuisée", a-t-il relevé. "Je lui ai conseillé de garder le silence pour éviter tout dérapage."

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6. La vérité n'est pas encore connue et ne le sera peut-être jamais

Le commandant des gendarmes qui mènent l'enquête, Dominique Lambert, a expliqué ne pas pouvoir "promettre" que cette énigme qui dure depuis 32 ans sera résolue, mais il estime cependant avoir "avancé significativement". "Aujourd'hui je ne peux pas vous dire qui a tué Grégory Villemin", a ajouté Jean-Jacques Bosc. 

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