Affaire Luc Besson : où en est l'enquête pour "viol" visant le réalisateur ?

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ACCUSATION - Visé par une plainte pour "viol" de l'actrice Sand Van Roy, le réalisateur français est aussi accusé par 8 autres femmes qui témoignent de comportements sexuels inappropriés de sa part, sans avoir porté plainte. Luc Besson réfute ces accusations, et le parquet doit désormais décider des suites à donner à l'enquête.

La première accusation de viol visant le réalisateur Luc Besson remonte à mai 2018. Depuis, de nouveaux témoignages se sont ajoutés, et les enquêteurs du premier district de police judiciaire (DPJ) de Paris ont conduit leurs investigations sur le poids lourd du cinéma français, qui "dément catégoriquement tout comportement inapproprié et répréhensible".

Selon Mediapart, l'enquête préliminaire est bouclée et le parquet de Paris doit désormais décider des suites à donner à "l'affaire Besson" : demander des investigations complémentaires, ouvrir une information judiciaire confiée à un juge d'instruction, ou classer l'affaire sans suite. LCI revient sur les étapes de l'affaire.

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Les accusations de Sand Van Roy

Le 18 mai 2018, l'actrice belgo-néerlandaise Sand Van Roy, 31 ans, porte plainte pour "viol" contre le cinéaste. Elle accuse Luc Besson de l'avoir violée à plusieurs reprises lors des deux années qui précèdent, au cours desquelles le réalisateur aurait bénéficié d'une "emprise" sur elle. 

Quelques heures auparavant, dans la nuit du 17 au 18 mai 2018, Luc Besson et Sand Van Roy sont à l'hôtel Le Bristol, à Paris. L'actrice dit s'être évanouie deux fois, pendant et après des rapports sexuels avec le cinéaste. Elle affirme qu'elle est ensuite tombée dans la salle de bains de la chambre, après avoir ressenti un impact dans son dos. Mais elle n'a jamais affirmé avoir été droguée par Luc Besson, contrairement à ce qu'avait écrit plusieurs médias, au moment du dépôt de plainte et quand les analyses toxicologiques se sont révélées négatives.

D'autres éléments ont été transmis au dossier par Sand Van Roy, notamment des messages échangés avec Luc Besson, ainsi qu'une attestation de son psychiatre, attestant que l'actrice lui a dit être "sous l’emprise d’un réalisateur de cinéma connu qui lui faisait subir des violences et des humiliations". La mère et le meilleur ami de Sand Van Roy affirment également avoir constaté cette "emprise" et le "contrôle" exercé par le réalisateur sur l'actrice. Cette dernière a déposé une seconde plainte, le 6 juillet, dénonçant d’autres viols.

De nouvelles photos et un témoignage à visage découvert

Sand Van Roy a témoigné ce mardi pour la première fois à visage découvert sur BFMTV, affirmant avoir subi au total quatre rapports non consentis, dont la nuit au Bristol. "Je lui ai dit 'arrête, tu me fais mal'. Il ne s’est pas arrêté. (...) Il était sadique, il savait que ça faisait mal", a-t-elle affirmé. 

Mediapart a publié ce mardi les photos de l'actrice avec une ecchymose à l’œil gauche et trois marques dans le dos, prises dans les 2 jours ayant suivi la nuit au Bristol, et constatées par les proches de la plaignante, ainsi que par les enquêteurs et les unités médico-judiciaires (UMJ), de l’hôpital Hôtel-Dieu, à Paris.

Auditionnée deux fois par les enquêteurs, la plaignante a été confrontée le 11 décembre à Luc Besson, qui a affirmé selon son avocat, Thierry Marembert, "n'avoir rien remarqué sur son visage" lors de la soirée au Bristol. Il a également nié que Sand Van Roy se soit évanouie à plusieurs reprises ce soir-là. Selon l'avocate de cette dernière, Carine Durrieu-Diebolt, citée par Mediapart, la confrontation judiciaire a "mis en difficulté" le producteur au sujet de l'"ecchymose" de l'actrice et sur des "échanges de la plaignante avec des proches, plusieurs semaines avant le dépôt de la plainte, qui mentionnent clairement des faits de viol".

La réponse de Luc Besson

Depuis le début de l'affaire, le réalisateur du "Grand Bleu" nie les accusations. Le 20 mai, sur RMC, l'avocat de Luc Besson a qualifié de "délirantes" les accusations de Sand Van Roy. Luc Besson  est "tombé de sa chaise en [les] apprenant" et "dément catégoriquement tout comportement inapproprié et répréhensible de quelque nature que ce soit", a poursuivi l'avocat, précisant que son client "connai(ssait) cette jeune femme comme il connaît à peu près la terre entière dans le milieu du cinéma". Depuis, le producteur ne s'est pas exprimé. 

Les 8 autres accusations

En plus de Sand Van Roy, huit autres actrices accusent Luc Besson de divers comportements sexuels inappropriés ou illégaux, sans avoir porté plainte contre le réalisateur. Plusieurs d'entre-elles ont témoigné dans Mediapart et trois ont été entendues par les enquêteurs. Parmi elles figure, Amandine* une ancienne directrice de casting, qui a travaillé avec Luc Besson entre 2002 et 2005, et dénonce des "agressions sexuelles"dans un courrier adressé en juillet au procureur de la République de Paris, avant d'être entendue le 13 septembre par les enquêteurs.

Une actrice, Mona*, évoque un événement "traumatisant", au cours duquel le réalisateur aurait tenté de "se jeter" sur elle dans une chambre d'hôtel où il avait organisé un entretien pour un rôle. Alice*, une ancienne employée d'EuropaCorp, la société de production de Luc Besson, raconte pour sa part avoir été embrassée sur la bouche contre son gré par le réalisateur, qui lui aurait également posé une main sur les fesses. Emmanuelle*, ex-stagiaire d'EuropaCorp, évoque des faits semblables : baiser sur la bouche non-consenti et gestes déplacés.

Ananda*, aussi passée par d'EuropaCorp, accuse également son ancien chef de l'avoir "manipulée" pour la "mettre dans son lit" et évoque trois relations sexuelles non consenties. Karine Isambert raconte pour sa part avoir été "attrapée par le haut de la fesse" par le réalisateur en 1995, lors d'une première - et dernière - rencontre. Enfin, Pauline* et Laura*, deux anciennes étudiantes de l'école de la Cité du cinéma, créée en 2012 par Luc Besson, accusent ce dernier d'agression et de harcèlement. La première évoquant une main aux fesses et d'autres gestes déplacés. La seconde raconte une scène dans un ascenseur avec le réalisateur : "De nouveau, il m'a repris dans ses bras, il m'a ré-embrassée dans le cou, la joue. Il a enfoui son visage dans mes cheveux, et à ce moment-là, je me suis vraiment dit 'heureusement que mon stage se termine', parce que la fois d'après, je ne sais pas quel palier il aurait franchi. Et moi je n'arrivais pas à refuser, à le repousser".

*les prénoms ont été modifiés

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