Affaire Maëlys : après des "fuites", une enquête ouverte pour violation du secret de l'instruction

TENSIONS - Excédé de voir dans la presse tous les détails du dossier sur la disparition de la fillette de 9 ans lors d'un mariage en Isère, le procureur de la République de Grenoble a décidé d'user d'une procédure "assez rare", visant implicitement la gendarmerie. Un soupçon vécu comme un affront par les services concernés.

Du point de vue des gendarmes, il s'agit clairement d'un message de défiance. Près de deux mois après la disparition de la petite Maëlys, le parquet de Grenoble a ouvert une enquête pour violation du secret de l'instruction en raison de multiples fuites dans la presse. Selon le procureur de la République de Grenoble, Jean-Yves Coquillat, cette procédure est "assez rare" et "c'est la première fois qu'une enquête n'est pas confiée à l'inspection du service en question". En l'occurrence, elle est entre les mains de la police, alors que l'enquête est menée sur le terrain par la gendarmerie. "Si les auteurs sont identifiés, il y aura des sanctions", a averti le magistrat.


Cette enquête fait suite à une plainte, ce vendredi, de Me Alain Jakubowicz, le nouvel avocat de Nordahl Lelandais, suspecté d'avoir enlevé la fillette de presque 9 ans, lors d'un mariage dans la nuit du 26 au 27 août à Pont-de-Beauvoisin, en Isère. Cet ancien militaire de 34 ans, qui clame son innocence en dépit de plusieurs éléments troublants, a été mis en examen et écroué, le 3 septembre, pour enlèvement et séquestration. 

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Des "accusations péremptoires" et "scandaleuses"

Jean-Yves Coquillat s'est dit excédé de "voir tous les jours dans la presse tous les détails de l'enquête, y compris ceux que le parquet ne connaît pas, des choses qui n'ont pas à être connues" et nuisent à son bon déroulement et peuvent faire naître de faux espoirs pour la famille. Selon lui, "les fuites sont au niveau local et parisien, au niveau de la direction de la gendarmerie, de la Section de recherches et de l'IRCGN (Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale)".  Des "accusations péremptoires" et "scandaleuses" pour le directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), le général Richard Lizurey. Et ce dernier d'ajouter : "On est déjà condamné avant même qu'il y ait enquête".


Evoquant un "rebondissement" dans cette dramatique affaire, plusieurs médias avaient fait état jeudi 19 octobre d'une image du véhicule du suspect, captée la nuit de la disparition de Maëlys, par une caméra de vidéosurveillance privée et en cours d'analyse. Les enquêteurs s'intéressent notamment à une "forme blanche" sur le siège passager, qui aurait pu correspondre à la fillette, vêtue de blanc ce soir-là. Une information que le procureur s'est catégoriquement refusé à confirmer, ce mardi. Mais qui, si elle s'avère exacte, prive les juges d'instruction de tout effet de surprise lors de l'audition du suspect qui jusqu'à présent a eu réponse à tout.

Une audition "secrète"

Fin septembre, les médias avaient également fait état d'images de vidéosurveillance dans une station-service, montrant Nordahl Lelandais récurant minutieusement sa voiture, au lendemain du mariage. Officiellement, parce qu'il voulait la vendre. Les enquêteurs y retrouveront toutefois une trace de l'ADN de Maëlys, mêlé au sien.


Jean-Yves Coquillat a par ailleurs formellement démenti d'autres "fuites" parues dans la presse, selon lesquelles l'audition du suspect, qui avait été reportée à la demande de son conseil, aurait lieu vendredi. "C'est une fausse nouvelle", a-t-il assuré. Et de rappeler la nécessité que la date de cette audition reste "secrète pour que les juges puissent travailler sereinement". Depuis la disparition de la fillette, une cellule de 12 enquêteurs travaille en permanence sur le dossier.

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