Affaire Maëlys : les déclarations contradictoires du suspect devant les juges

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Disparition de Maëlys : le dénouement après 6 mois d'enquête

AUDITION - Alors que les éléments s'accumulent à son encontre, le principal suspect dans la disparition de Maëlys ne vacille pas. L'Express a eu accès à la dernière audition début septembre de Nordahl L. devant les deux juges d'instruction.

De l’aveu même d’un enquêteur, l'homme "agace". Nordahl L., principal suspect dans la disparition de Maëlys, "a réponse à tout et ne semble jamais déstabilisé", confie l'un d'entre eux à LCI.  Alors, ce dimanche 3 septembre au soir, après plusieurs heures d’interrogatoire, les deux juges d’instruction en charge de l’enquête ne cachent pas, eux non plus, leur exaspération face à cet homme aux déclarations fluctuantes. "On pourrait penser que vous adaptez vos réponses aux questions…", notent-ils alors, selon les extraits du compte-rendu d’audition que l’Express a pu consulter.  "Non, je n'adapte pas, j'essaie de me rappeler des souvenirs de cette soirée au maximum", réplique l’intéressé. 

Dans leur manche ce soir-là, les juges détiennent une carte maîtresse : une trace ADN de la fillette  retrouvée à l’avant du véhicule de Nordahl L.. Le lendemain du mariage, l'ancien maître-chiens de 34 ans avait nettoyé méticuleusement son Audi A3, insistant sur certaines parties de l’habitacle et utilisant pour le coffre un produit si puissant qu’il peut perturber l’odorat des chiens. Mais selon le journal, le suspect ne semble alors  pas déstabilisé par la découverte de cette trace génétique. "Quand j'étais à table et qu'elle a vu la photo de mes chiens sur mon téléphone, j'ai parlé avec cette petite. C'était la première fois que je la voyais", avance celui qui avait au cours des premières auditions assuré qu’il n’avait eu aucun contact particulier avec elle.  

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"Je ne me rappelle pas l'avoir touchée"

Pour la partie civile, cette dernière version est une nouvelle fois teintée de contradiction. La maman de Maelys a confirmé à plusieurs reprises aux enquêteurs que sa fille lui avait dit lors de la soirée "Viens on va voir mon copain qui a les chiens", laissant supposer qu'il y avait eu une discussion entre Nordahl L. et la petite fille avant cette scène. 

Selon la suite de son récit, le suspect aurait recroisé Maëlys avec un autre enfant sur le parking de la salle des fêtes. La fillette aurait alors insisté pour monter dans sa voiture afin de vérifier si ses bergers malinois étaient dans le coffre. "J'avais ouvert côté passager. Je leur ai montré (que non), le petit blond est monté et Maëlys aussi, ça a duré 5-6 secondes." L’ADN de la fillette a pourtant été retrouvé au niveau du tableau de bord côté conducteur. "Est-ce que vous avez touché Maëlys ?", interroge l'une des juges. "Je ne me rappelle pas l'avoir touchée, peut-être en l'aidant à descendre de la voiture car c'est une trois-portes. Je ne me rappelle pas l'avoir prise dans les bras", répond le suspect qui fait valoir en guise de possible explication un transfert d’ADN lorsqu’il lui a pris la main. 

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Des explications confuses

Mais sa réponse laisse perplexe les enquêteurs. D’abord, parce que le petit garçon qui aurait été présent avec Maëlys n’a jamais été identifié. Enfin, parce qu’un témoin a, selon L’Express, surpris une injonction étrange du suspect à la fillette. Alors qu'ils regagnaient la salle, Nordahl L. aurait dit à Maëlys : "Moi je passe par là, mais tu passes de l'autre côté", lui demandant ainsi de rentrer par la porte principale quand lui empruntait la porte vitrée attenante. "C'était l'entrée du DJ et il y avait des fils", justifiera-t-il. Le sentiment des parents est que l'homme aurait "tenté de créer une relation de confiance avec la petite pendant la soirée", explique leur avocat Me Fabien Rajon. 

Pour justifier un récit au compte-gouttes, le suspect évoquera un trop plein d’alcool. "Le fait de reparler, ça fait des flashs", dira-t-il. Quant à ses absences au cours de la soirée ? Il serait allé à Saint-Albin "chercher des produits stupéfiants" pour l'une des explications, changer chez lui un short taché "de vin rouge et de vomi" pour l'autre. Problème, le mystérieux dealer n’a jamais été retrouvé, le vêtement sali non plus. Il l’aurait jeté dans un conteneur-poubelle pour ne pas que sa "mère sache qu'(il) boit et conduit en même temps." L'homme mis en examen depuis pour enlèvement devrait être réentendu prochainement par les juges d'instruction. 

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