Affaire Preynat : le procès en appel du cardinal Barbarin s'est ouvert ce jeudi

Affaire Preynat : le procès en appel du cardinal Barbarin s'est ouvert ce jeudi
Justice

RÉTRO - Six mois après sa condamnation à six mois de prison avec sursis, le cardinal Barbarin a de nouveau rendez-vous avec la justice ce jeudi 28 novembre, dans le cadre de son procès en appel. Alors que de nouvelles accusations sont apparues récemment, que s'est-il passé depuis la fin de son procès en mars dernier ? Notre éclairage.

Il est devenu le visage de la crise de l'Eglise face aux scandales de pédophilie qui éclatent depuis plusieurs années en France. Monseigneur Philippe Barbarin, Primat des Gaules, "Monseigneur 100.000 volets", intellectuel érudit et fan de Tintin, comparaît une nouvelle fois devant le justice, ce jeudi 28 novembre, dans le cadre de son procès en appel. 

En mars dernier, il avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncer les agissements du père Preynat. Après l'annonce sa condamnation, le cardinal Barbarin avait immédiatement fait appel de celle-ci, "un droit" comme il l'expliquait. Reste que ce procès en appel s'ouvre dans un contexte extrêmement délicat pour le cardinal. Petit retour sur ces derniers mois. 

Après son procès, le Pape refuse sa démission et le cardinal s'est mis en retrait "pour quelques temps"

Rapidement après sa condamnation en mars dernier, le cardinal Barbarin avait annoncé qu'il se rendait à Rome, rencontrer le Pape pour lui remettre sa lettre de démission. Une démission refusée par le pape, le 19 mars dernier, justifiée par "la présomption d'innocence" dans l'attente du procès en appel. Le cardinal s'était alors mis en retrait "pour quelques temps", laissant son diocèse au vicaire général modérateur, le père Yves Baumgarten. 

Le 24 juin dernier, le pape François nomme Monseigneur Dubost, comme administrateur apostolique de Lyon, entérinant la prise de recul annoncée par le Primat des Gaules. Dans une interview diffusée sur KTO, le cardinal avait même annoncé que dans l'attente de son procès en appel, il serait tout de même très occupé, estimant notamment qu'"un bon temps de silence dans un monastère sera quelque chose de bien".

Un refus de démission très largement critiqué par les victimes

Toujours est-il que le refus de la démission du cardinal par le pape François n'a pas été acceptée, par les victimes. François Devaux, victime du père Preynat et fondateur de l'association, La Parole Libérée, qualifiait le refus du pape d'"incroyable", "une erreur de trop". Un autre porte-parole de l'association, Pierre-Emmanuel Germain-Thill, a dénoncé une décision "choquante" et "un faux-pas de plus" de la part du pape. "L'Eglise n'est plus crédible à mes yeux", déclarait à La Croix Alexandre Hezez, autre cofondateur.

La présidente d'une association de femmes catholiques à Versailles venant en aide aux victimes de pédophilie "Comme une mère aimante", racontait à l'AFP avoir reçu des messages de victimes "abasourdies et assommées par la décision du Pape". "Les plus petits se sentent une nouvelle fois piétinés et abandonnés", estime Camille de Metz-Noblat. 

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Une législation plus stricte, des appels à témoignages, le père Preynat défroqué ...

En mai, le pape François a dévoilé une législation plus stricte obligeant prêtres, religieux et religieuses à signaler à l’Église tout soupçon d'agression sexuelle ou de harcèlement, ainsi que toute couverture de tels faits par la hiérarchie catholique. Des signalements à l'église mais l'obligation de signaler les cas aux autorités judiciaires du pays, sauf si les lois du pays rendent un tel signalement obligatoire, n'est pas prévu par ces lois. Le souverain pontife a également souhaité que le secret de la confession demeure absolu, ce qui exclut donc une dénonciation de faits rapportés par un fidèle dans le confessionnal.

En juin dernier, la Ciase, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise a lancé son appel à témoignages. A ce jour, elle a recueilli 3400 signalements, venus de toute la France. Cette commission dont le but est d'établir précisément l'ampleur du phénomène de la pédophilie dans l'Eglise. En parallèle à la Ciase, l'Eglise de Lyon a créé un site internet consacré aux abus sexuels à destination de "tous ceux qui ont besoin d'entendre, de comprendre, de s'impliquer, d'être acteur de la prévention".

Au cœur de l'affaire Barbarin, le père Preynat accusé d'agressions sexuelles a été défroqué par un tribunal ecclésiastique en juillet dernier. Dans un communiqué que l'AFP a pu lire, le tribunal a expliqué qu'"au regard des faits et de leur récurrence, du grand nombre de victimes, du fait que l’abbé Bernard Preynat a abusé de l'autorité que lui conférait sa position au sein du groupe scout (...), le tribunal a décidé de lui appliquer la peine maximale prévue par le droit de l’Église dans un tel cas, à savoir le renvoi de l’état clérical". Réduit à l'état laïc, il sera jugé en janvier 2020 pour des faits d'agressions sexuelles sur de jeunes scouts. 

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A la mi-novembre, plusieurs diocèses dont celui de Paris ainsi que le procureur de Paris et la Cour d'appel de Grenoble, ont signé un document visant à systématiser les signalements. Le document en huit articles engage ainsi le procureur général de la Cour d'appel et les cinq procureurs de son ressort (Grenoble, Vienne, Bourgoin-Jallieu, Valence et Gap) ainsi que les trois évêques. "C'est une première en province, qui a vocation à faire école", a déclaré Jacques Dallest, qui l'a fait remonter au ministère de la Justice. Les évêques s'engagent "à signaler le plus rapidement possible" et les procureurs "s'engagent à nous faire un retour". Le procureur général a concédé que c'était un "reproche" souvent adressé à la justice, et il a "demandé à ce que les procureurs traitent directement avec les évêques".

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De nouvelles accusations dans la presse

Dans un article publié ces derniers jours dans l'Obs, le journaliste Frédéric Martel brosse un portrait peu flatteur du cardinal. Un portrait qui oscille entre mégalomanie et gestes problématiques. Le journal donne aussi la parole à un ancien séminariste, aujourd'hui marié, qui accuse le cardinal de "harcèlement moral et sexuel", tout en reconnaissant qu'il n'y avait eu aucune agression sexuelle.  Les avocats du cardinal ont dénoncé une enquête "abracadabrantesque", dans un communiqué. Regrettant également la parution de cet article "à quelques jours de l'audience d'appel devant la cour de Lyon", écrivent  André Soulier et Jean-Félix Luciani, dans un communiqué transmis à l'AFP. 

Les avocats précisent dans leur communiqué que le cardinal Barbarin avait proposé "à l'auteur de cette 'enquête', qui souhaitait un rendez-vous, une rencontre au mois d'avril 2020, c’est-à-dire une fois les échéances judiciaires passées", celles du procès en appel de Mgr Barbarin, dont la décision pourrait intervenir début 2020, et du procès du père Preynat, programmé du 13 au 17 janvier.  Et de conclure en expliquant qu'ils réservaient leurs explications "aux juges de la Cour d'Appel de Lyon". 

Une enquête préliminaire sur le cas d'un prêtre du diocèse de Lyon ouverte

Des explications qui seront données dans un contexte particulier alors même que ce mercredi 27 novembre, le journal Médiacités révèle qu'une enquête préliminaire a été ouverte après un signalement du diocèse de Lyon sur les "dérives" d'un prêtre, accusé d'"abus spirituel" par une fidèle. Le parquet de Lyon a précisé à l'AFP avoir reçu le 13 novembre un signalement concernant un prêtre pour des faits relevant possiblement de "l'abus de faiblesse et de l'emprise psychologique". L'enquête, confiée à la sûreté départementale du Rhône, a été ouverte en vue de l'audition de la victime. 

Selon Médiacités, ce prêtre se serait mis en tête de faire entrer des jeunes dans les ordres après une "vision" au cours d'un pèlerinage. Les faits d'"abus spirituels, d'abus de pouvoir ou de harcèlement moral" auraient été dénoncés "depuis 2009" par la jeune femme, ainsi que par "plusieurs paroissiens ou salariés du diocèse", assure le site. Le diocèse aurait été alerté de ces faits il y a dix ans mais "n'a réagi qu'en septembre dernier", précise le site. 

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