L’affaire Seznec relancée par un témoignage clé : retour sur une saga emblématique

L’affaire Seznec relancée par un témoignage clé : retour sur une saga emblématique

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PÉRIPÉTIES – Alors qu'un témoignage clé relance l'affaire Seznec, du nom de Guillaume Seznec, condamné au bagne en 1924 pour le meurtre de Pierre Quémeneur, LCI revient sur cette saga judiciaire emblématique.

Près d’un siècle de rebondissements pour une histoire devenue quasiment légendaire. Considérée comme l’une des affaires judiciaires les plus importantes de l’époque moderne, le feuilleton Guillaume Seznec se retrouve à nouveau dans la lumière, un peu plus de deux mois après la découverte d'ossements - qui étaient finalement d'origine animale - dans l'ancienne maison familiale des Seznec. 


Et pour cause : selon le témoignage diffusé par France 2 de deux des petits-enfants de celui fut condamné en 1924 pour le meurtre de Pierre Quémeneur un an plus tôt alors qu'il a toujours clamé son innocence, c'est en réalité son épouse, Marie-Jeanne Seznec, qui aurait commis l'homicide. Un homicide involontaire d'après Jean-Yves et Gabriel Seznec, qui racontent, reprenant des confidences faites par leur père en 1978, que leur grand-mère se serait défendue contre une agression sexuelle. 

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Près d'un siècle après la condamnation de Guillaume Seznec, ces témoignages confirment largement la thèse développée par l'ex-avocat de  la famille Denis Langlois, auteur du livre Pour en finir avec l'affaire Seznec (éditions de la Différence) paru en 2015. Un ouvrage qui révélait déjà le récit alors inédit de "petit" Guillaume, fils du couple Seznec et père de Jean-Yves et Gabriel, âgé de 11 ans au moment des faits, suggérant fortement que Marie-Jeanne pouvait avoir joué un rôle dans la mort de Pierre Quémeneur. Un nouveau rebondissement pour une affaire emblématique dont LCI retrace les contours.

Les faits

Tout débute en 1922. Dans une annonce publiée dans un journal breton, un Parisien dit rechercher des véhicules militaires américains abandonnés à la fin de la Grande Guerre, en 1918. Seznec, négociant en bois à Morlaix, et son ami Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère, y voient l’occasion rêvée de s'enrichir sans trop d’efforts. En cette époque encore troublée, les trafics sont légion. Les deux hommes décident de convoyer cent voitures vers la capitale. Mais les choses sont plus compliquées que prévu : la première Cadillac au volant de laquelle ils partent de Rennes le 23 mai 1923 tombe en panne à plusieurs reprises. Seznec revient seul, affirmant avoir quitté Quémeneur près de Paris. Ce dernier ne donnera plus signe de vie, sinon dans un étrange télégramme envoyé du Havre pour rassurer sa famille : "Ne rentrerai que dans quelques jours. Tout va pour le mieux. Quémeneur."

L’enquête

C’est le début des ennuis pour Seznec. Une expertise lui impute le télégramme havrais, alors qu'il affirme n'avoir jamais mis les pieds dans la cité normande. Des dénégations qui peinent à convaincre. Son cas s'aggrave d’ailleurs lorsqu'un commerçant du Havre déclare lui avoir vendu une machine à écrire que la police finira par retrouver opportunément dans le grenier de la maison morlaisienne du négociant. C'est elle qui aurait servi à taper une convention par laquelle Quémeneur s'engage à vendre à bas prix sa propriété des Côtes-d’Armor à Seznec. 


L’enquête est alors menée par Pierre Bonny, inspecteur aux méthodes controversées – il sera, plus tard, suspecté d’avoir fait introduire la machine à écrire chez Seznec – et futur collaborateur de la Gestapo fusillé à la Libération. L’accusé continue de nier sa culpabilité. Agressif, empêtré dans ses contradictions, il est déclaré coupable d'assassinat malgré l’absence de cadavre ou d’arme du crime. Il est condamné au bagne à perpétuité. 

Ci-dessus, la fameuse machine à écrire retrouvée dans le grenier de la maison de Guillaume Seznec

La peine

Après trois ans passés en prison en métropole, Guillaume Seznec est envoyé de l’autre côté de l’Atlantique au bagne guyanais de Saint-Laurent-du-Maroni. Un enfer où il a passé 20 de ses 23 années de détention et sur lequel il écrira ces mots : "La mort n'est rien pour qui ne peut rien espérer".

"Il n'y a que les coupables qui demandent pardon"Guillaume Seznec lors de son refus de signer une demande de grâce

En 1933, il refuse de signer la demande de grâce qu'on lui présente car, déclare-t-il, "il n'y a que les coupables qui demandent pardon". Finalement gracié par le général de Gaulle pour bonne conduite, Seznec fait son retour sur le Vieux continent le 1er juillet 1947. Moralement cassé et affaibli par sa vie de bagnard, même s’il continue inlassablement de se dire innocent et de plaider pour sa réhabilitation, il finira par être renversé par une camionnette à Paris en novembre 1953. Il mourra trois mois plus tard, le 13 février 1954.

Les recours

À sa mort, le flambeau est repris par sa descendance, et notamment son petit-fils, Denis Le Her- Seznec – né en 1946 – qui reprend le flambeau de sa mère Jeanne. En 1989, celle-ci saisit la commission de révision des condamnations pénales pour réhabiliter Guillaume Seznec. Sept ans plus tard, en juin 1996, la réclamation est rejetée par manque d'élément nouveau. Un événement qui marque la fin des possibilités de recours pour la famille. Mais pas pour la Chancellerie. Comme le lui permet la loi sur les demandes de révision et de réexamen, Marylise Lebranchu, ministre de la Justice, dépose ainsi une deuxième requête en 2001. Quatre ans plus tard, le dossier est transmis de la commission à la cour de révision, qui, en 2006, s’oppose à nouveau à un quelconque changement de verdict. Depuis 1924, quatorze demandes de révision du procès ont été rejetées. 

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