Affaire Tarnac / Julien Coupat sort de l'ombre : "La justice s'est rendu compte qu'elle se ridiculisait, elle s'est acharnée"

Affaire Tarnac / Julien Coupat sort de l'ombre : "La justice s'est rendu compte qu'elle se ridiculisait, elle s'est acharnée"

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DOCUMENT - Dans un reportage d'"Envoyé Spécial", diffusé jeudi dernier sur France 2, Julien Coupat, désigné en 2008 par les enquêteurs comme le "chef du groupe de Tarnac", s'exprime publiquement pour la première fois avant son procès qui s'ouvre ce mardi à Paris. Pour le militant, la justice "s'est acharnée" pour sauver son "honneur" dans cette affaire passée d'une qualification terroriste à des faits de droit commun après une enquête contestée.

C’est la première fois qu’il s’exprime face caméras dans la retentissante affaire de Tarnac. Julien Coupat, qui sera jugé aux côtés de sept autres militants libertaires à partir de mardi devant le tribunal correctionnel de Paris, dénonce dans un reportage d’Envoyé Spécial sur France 2 jeudi dernier l’acharnement de la justice pour sauver "son honneur". 


"Assez rapidement, la justice s'est rendu compte qu'elle avait perdu la partie, qu'elle se ridiculisait. Elle s'est acharnée. Et il fallait évidemment qu’une procédure qui avait commencé en fanfare finisse par un procès, ça ne pouvait pas donner un non-lieu. C'est une question d'honneur de l'institution", estime-t-il. Julien Coupat et son ex-épouse Yildune Lévy sont poursuivis pour une opération de dégradations sur des lignes TGV dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, à Dhuisy (Seine-et-Marne) présentées à l'époque comme des sabotages terroristes menés par des membres de "l'extrême gauche radicale". Après huit ans de procédure menée sur la base de qualifications terroristes, ce dossier très médiatisé était retombé dans des faits de droit commun.  

"L'imaginaire policier ne peut pas s’empêcher de voir des chefs, des commandos"

"Au fond, c'est ce qu’en disait [le philosophe Michel] Foucault en 77 : la justice est au service de la police et non le contraire. Ce qu'on a vécu pendant dix ans, c'est ça", poursuit celui qui avait été désigné par les enquêteurs comme le "chef du groupe de Tarnac", du nom de la commune de Corrèze où une partie des prévenus vivaient. Pour lui, cette casquette de "chef" a été construite par  "l’imaginaire policier qui ne peut pas s’empêcher de voir des chefs, des bras droits, des lieutenants, des commandos". "C’est juste risible, commente Julien Coupat. C’est la démonstration que pour travailler dans la police, il faut singulièrement manquer d’imagination, ne pas pouvoir s’imaginer qu’il y ait d’autres rapports humains dans la vie que des rapports hiérarchiques". 


Durant cet entretien, l'homme de 43 ans refuse de clamer formellement son innocence : "Je répugne à être placé par un faux policier (un policier infiltré anglais dont il conteste les rapports, ndlr) dans la position de se défendre". Mathieu Burnel, un autre prévenu qui l’accompagne, justifie ce positionnement : "Répondre 'non, c'est pas nous, on est innocents', c'est reconnaître une valeur à l'accusation qui est faite. On ne va pas dire 'on est des petits gentils, on est innocents', c'est à la police de déterminer qu'on est coupables". 

"Ni nous, ni les enquêteurs n'étaient sur place"

Julien Coupat conteste notamment le procès-verbal D104 de surveillance policière qui affirme qu'il se trouvait avec sa compagne à Dhuisy (Seine-et-Marne) dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, à proximité d'une ligne de chemin de fer où un fer à béton a été accroché à une caténaire. "Ni nous, ni les enquêteurs n'étaient sur place". Selon lui, "la seule instance qui ne sache pas que (ce PV) est de toute évidence un faux, et un faux mal fait, c'est l'institution judiciaire. Jusqu'à la fin, ils s'attachent ridiculement à quelque chose dont tout le monde sait que c'est à la fois faux et un peu gênant, voire franchement honteux". 


Le militant reste dans le collimateur du renseignement français. Comme l'explique "Envoyé Spécial", il y a deux ans, une nouvelle note a fuité dans la presse. La police l'y désignait comme "le cerveau" de groupuscules de casseurs ultra-violents lors de manifestations à Notre-Dame-des-Landes ou contre la loi Travail. Interrogé sur ces informations, Julien Coupat répond : 

"Nous, on n'est derrière rien, on est avec. Avec la ZAD, avec le mouvement contre la loi Travail, avec ce qui, tôt ou tard, se dressera face à Macron." 

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