Perquisitions, pantouflage et porte-conteneurs : on vous explique l'affaire Alexis Kohler

Perquisitions, pantouflage et porte-conteneurs : on vous explique l'affaire Alexis Kohler

ENQUÊTE - Des perquisitions ont eu lieu, mercredi 6 juin à Bercy, dans le cadre de l'enquête qui vise le secrétaire général de l'Élysée - et bras droit de Macron - Alexis Kohler. Une enquête ouverte après la révélation des liens de Kohler avec MSC, le numéro 2 mondial du transport maritime. Explications.

Le bras droit de Macron est-il au cœur d'un conflit d'intérêt lié à ses anciennes fonctions au ministère de l'Économie et des Finances ? Pour en savoir plus, les enquêteurs du parquet national financier ont perquisitionné ce mercredi les bureaux que l'actuel secrétaire général de l'Élysée a occupé à Bercy entre 2012 et 2016.


Lundi 4 juin, le parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête à l'encontre d'Alexis Kohler, après une plainte déposée vendredi 1er juin par l'association Anticor, pour "trafic d'influence" et "prise illégale d'intérêts". Cette plainte s'appuie sur une enquête de Mediapart, qui a rapporté les liens familiaux entre Alexis Kohler et le famille Aponte, propriétaire italienne de l'armateur MSC, avec lequel l'Etat français a mené des négociations ces dernières années. 

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VIDÉO - Comprendre l'enquête qui vise Alexis Kohler

Alors qu'Alexis Kohler est un proche cousin des principaux actionnaires du numéro 2 mondial du transport maritime par porte-conteneurs, il a occupé des fonctions au sein du ministère de l'Economie, qui l'ont mené notamment à représenter l'État chez les chantiers navals STX de Saint-Nazaire. Or, l'armateur MSC est le principal client de STX. De quoi fonder des soupçons de conflit d'intérêt, selon Mediapart et Anticor. D'autant plus qu'Alexis Kohler a ensuite quitté ses fonctions au gouvernement en 2016, pour rejoindre pendant quelques mois le siège de MSC en tant que directeur financier.

Pourquoi Alexis Kohler a pu être en situation de conflit d'intérêt

Pour comprendre ce qui est reproché à Alexis Kohler, il faut distinguer deux périodes de sa carrière. Dans la première, entre la fin des années 2000 et août 2012, il représente l'Agence des participation de l'État dans les conseils d'administration d'entreprises de transport, notamment STX.  Dans la deuxième période, de 2012 à 2016 Alexis Kohler ne représente plus l'État chez STX, mais travaille comme directeur adjoint du cabinet du ministre de l’Économie Pierre Moscovici (mai 2012 à mars 2014) puis directeur de cabinet d’Emmanuel Macron (août 2014 à août 2016), à un moment où le sort de STX fait l'objet de nombreuses réunions.


Deux questions se posent alors : dans chacune de ces deux périodes, Alexis Kohler a-t-il informé sa hiérarchie de ses liens familiaux avec MSC et s'est-il déporté des dossiers en lien avec MSC ? L’intéressé dit que oui. Et l'Élysée dit qu'"Alexis Kohler a toujours informé sa hiérarchie de ses liens personnels" avec MSC.

Des témoignages discordants d'anciens collègues de Bercy

Selon la plainte d'Anticor, "Alexis Kohler ne pouvait ignorer qu’il existait un conflit d’intérêts à représenter l’État français [chez STX] alors même que sa famille était propriétaire de l’un de ses principaux clients", à savoir MSC. L’entourage d’Emmanuel Macron indique pour sa part qu'Alexis Kohler est resté le représentant de l'État chez STX "à la demande expresse de ses supérieurs" et que ce n'était pas lui qui prenait les décisions au nom de l'État mais la direction du Trésor, rapporte Le Monde


Concernant ses postes de directeur adjoint puis de directeur de cabinet à Bercy, l’Elysée affirme que Kohler s'est "déporté" sur les sujets liés à MSC et à STX et dit que "c’est Julien Denormandie qui s’occupait de ces sujets".  Plusieurs témoins affirment pourtant dans Mediapart avoir travaillé avec Alexis Kohler à Bercy sans connaître ses liens avec MSC et lui avoir adressé "toutes les notes".


Dans Le Monde, une personne ayant travaillé à MSC affirme enfin que "lors des très nombreuses réunions à Bercy qui ont ponctué ces années, je n’ai jamais croisé Alexis Kohler, resté visiblement à l’écart de ce dossier". Même son de cloche chez plusieurs hauts fonctionnaires de Bercy qui affirment qu'Alexis Kohler évitait de traiter des sujets liés à l'armateur, mais sans en donner la raison.

Une question de déontologie

Alors que rien n'indique que les décisions prises par l'État aient pu avantager en particulier MSC, la question serait de savoir si les garde-fous en matière de déontologie ont été respectés. À ce sujet, la commission de déontologie s'est intéressé deux fois au cas d'Alexis Kohler. À chaque fois ce dernier souhaitait quitter Bercy pour aller travailler à MSC. Du "pantouflage", dans le jargon, quand un haut fonctionnaire fait un aller-retour dans le privé. Lors de sa première demande, en 2014, la commission rejette la demande d'Alexis Kohler en avançant que ce dernier a pris part à une décision de STX d'autoriser l'achat d'un paquebot par MSC. Mais pas en raison des liens personnel de Kohler avec l'armateur, qui ne sont pas mentionnés dans l'avis de la commission. 


La deuxième fois, c'est la bonne. Alexis Kohler est autorisé, en 2016, à aller travailler chez MSC. Mediapart révèle qu'Emmanuel Macron s’était alors porté garant de son ex-chef de cabinet et futur secrétaire général auprès de la commission de déontologie en attestant qu'Alexis Kohler s'est tenu à l'écart des dossiers liés à MSC. Puis, alors que ce dernier travaille chez MSC, il ferraille - en vain - auprès de l'Élysée pour bloquer le rachat de STX par le groupe italien Fincantieri, car ce rachat allait contre les intérêts de MSC, qui voulait lui même racheter les chantiers navals de Saint-Nazaire.

Des soupçons totalement infondés selon l'Élysée

Les perquisitions des enquêteurs du PNF, qui ont ont commencé dans la matinée, ont d'ailleurs également eu lieu à la commission de déontologie de la fonction publique, a précisé une source proche de Bercy à l'AFP, et ce "afin d'y saisir les documents relatifs aux demandes d'Alexis Kohler d'aller travailler chez MSC", rapporte Mediapart.


L'Elysée n'a pas commenté les récentes perquisitions à Bercy. Lundi, la présidence avait indiqué rejeter "des soupçons totalement infondés jetés sur [Alexis Kohler] à l'évidence en raison de ses fonctions". Et d'ajouter que "c'est bien volontiers qu'Alexis Kohler communiquera au parquet l'ensemble des documents prouvant sa conduite respectueuse du droit dans toutes les circonstances de son parcours professionnel".

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