Annulation de la garde à vue de Murielle Bolle : "ça ne change strictement rien au cours de la justice", Me Saint-Pierre, avocat des époux Villemin

Annulation de la garde à vue de Murielle Bolle : "ça ne change strictement rien au cours de la justice", Me Saint-Pierre, avocat des époux Villemin
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L'affaire Grégory

JUSTICE - François Saint-Pierre, avocat des époux Villemin aux côtés de Mes Thierry Moser et Marie-Christine Chastant-Morand, réagit à l’annulation de la garde à vue de Murielle Bolle. Les investigations vont pouvoir se poursuivre.

Nouvelle étape dans l'affaire dite "Grégory". Ce jeudi matin, la cour d'appel de Paris a annulé la garde à vue de Murielle Bolle en 1984 dans l'enquête sur la mort de Grégory Villemin dans les Vosges. La chambre de l'instruction de la cour d'appel n'a en revanche pas annulé les déclarations que l'adolescente, alors âgée de 15 ans, avait faites aux gendarmes avant le début officiel de cette garde à vue, ni son interrogatoire devant le juge Jean-Michel Lambert quelques jours plus tard.

Me François Saint-Pierre, avocats des époux Villemin aux côtés de Mes Thierry Moser et Marie-Christine Chastant-Morand, réagit après cette décision et explique à LCI quelles en seront les conséquences. 

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LCI - De votre point de vue, que signifie l’annulation de la garde à vue de Murielle Bolle ? 

Me François Saint-Pierre - C’est une décision de la cour d’appel qui est très raisonnable. La cour a annulé cette garde à vue et seulement cette garde à vue. Avant celle-ci, Murielle Bolle avait déjà livré aux gendarmes le récit intégral de l’enlèvement de Grégory par Bernard Laroche, ce, dans le cadre d’une audition de simple témoin. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle avait été placée, les 2 et 3 novembre 1984, en garde à vue. Donc la cour maintient ce récit. C’est essentiel pour notre mémoire collective, c’est essentiel pour la suite. 

De la même façon, elle a maintenu l’audition de Murielle Bolle par le juge Lambert alors que les avocats de Murielle Bolle demandaient l’annulation de cette audition. Au final, même si le recours des avocats de Murielle Bolle était légitime, il n’a abouti à rien du tout d’utile. Concrètement, le dossier reste debout et l’enquête va se poursuivre et j’espère bien qu’elle va aboutir un jour. 

Si tout le récit de Murielle Bolle avait été supprimé des archives judiciaires, cela aurait été assez grave"- Me Saint-Pierre

Les déclarations de Murielle Bolle au cours de son audition simple, avant son placement garde à vue, sont maintenues comme vous venez de le rappeler. Quels éléments sont importants pour vous, en tant qu’avocat des époux Villemin, parents de Grégory dans cette audition ?  

Dans ce récit Murielle Bolle explique que Bernard Laroche est venu la chercher à l’école, l’a emmenée en voiture à Lépanges-sur-Vologne. Là, il s’est arrêté, il est allé chercher un enfant, Grégory Villemin, et l’a ramené dans la voiture. Murielle s’en est d’ailleurs occupée le temps qu’il redescende avec le véhicule à un endroit indéterminé. A ce moment-là, Bernard Laroche est sorti de voiture, a emmené le petit Grégory quelque part et il est remonté dans le véhicule seul. Puis, Murielle Bolle et son beau-frère Bernard Laroche sont rentrés chez eux. Ce récit est essentiel parce que c’est sur cette base que le juge Lambert, à l’époque, a inculpé et incarcéré Bernard Laroche. Et c’est à la suite de ces événements que Jean-Marie Villemin a tué son cousin (Bernard Laroche, ndlr) car il pensait que c’était lui le coupable. Ces éléments sont essentiels pour la suite des investigations parce que les juges de la cour d’appel de Dijon, qui sont très motivés, vont pouvoir cette fois-ci mener à bien leur enquête. 

Nous, avocats des époux Villemin, souhaitons que toutes les possibilités soient exploitées. Il est certain que si tout le récit de Murielle Bolle avait été supprimé purement et simplement des archives judiciaires, cela aurait été assez grave. C’est une sorte de révisionnisme judiciaire que souhaitaient les avocats de Murielle Bolle. La cour d’appel a tranché, c’est non. L’intégralité du récit de Murielle Bolle sur l’enlèvement du petit Grégory est maintenue au dossier et c’est l’essentiel. 

Savez-vous ce qui a motivé cette décision ? 

Cette décision répond à notre demande et à celle du procureur général. Le Conseil constitutionnel avait jugé que la garde à vue de Murielle Bolle avait été inconstitutionnelle parce qu’à l’époque en 1984, il n’y avait pas de procédures spécialement protectrices des mineurs. Je trouve cette décision très bien d’ailleurs. Mais il se trouve que lorsque les gendarmes auditionnent Murielle Bolle, c’est comme simple témoin. Ils ne lui reprochent rien. Elle n’est pas en garde à vue. C’est à ce moment qu’elle explique cet enlèvement qui sera retranscrit sur trois pages. C’est en raison de ce récit que les gendarmes la placeront en garde à vue. Sur les six pages contenant les déclarations de Murielle Bolle, trois sont maintenues au dossier, celles contenant les déclarations au cours de l’audition simple. Les trois autres pages, contenant les déclarations dans le cadre de la garde à vue, sont annulées. Ça ne change donc strictement rien au cours de la justice. 

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Avez-vous une intime conviction dans cette affaire ? 

Non. Ce  que je vois aujourd’hui c’est que le rapport AnaCrim des gendarmes établit de façon très rationnelle qu’il s’agit d’un crime collectif. Il n’a pas été commis par une personne seule. Bernard Laroche a enlevé l’enfant, mais je ne suis absolument pas sûr du tout qu’il l’ait tué lui-même. Ce serait donc un tiers qui l’a tué. Qui ? C’est toute l’inconnue de ce dossier et j’espère que l’instruction conduite à Dijon va pouvoir résoudre cette énigme soit par les preuves scientifiques, il y a encore quelques possibilités, soit parce que quelqu’un qui a connaissance de la vérité décidera qu'il est ignoble de garder cela pour soi et que la moindre des choses, quand un secret de famille couvre l’assassinat d’un enfant de 4 ans, c’est de le dire à la justice. 

Vous évoquez des preuves scientifiques qui pourraient encore être exploitées, quelles sont-elles ? 

C’est le secret de l’instruction. C’est en cours, et nous en parlerons dans quelques semaines. 

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