Assassinat de Farida Hammiche : le crime "à part" du tueur en série Michel Fourniret et de Monique Olivier devant la justice

Assassinat de Farida Hammiche : le crime "à part" du tueur en série Michel Fourniret et de Monique Olivier devant la justice

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PROCÈS - Pour la première fois, le tueur et violeur en série Michel Fourniret et son ex-épouse Monique Olivier vont devoir répondre d'un crime crapuleux : l'assassinat en 1988 de Farida Hammiche qui leur aurait permis de s'emparer du magot du "gang des postiches". Le procès s'ouvre mardi à Versailles.

C’est une affaire peu connue du parcours criminel de Michel Fourniret. Son histoire est pourtant digne d’un film et peut-être "le meurtre fondateur" qui permettra au tueur en série "de réaliser son œuvre criminelle", selon les mots d'un des avocats des parties civiles. Michel Fourniret devra répondre à partir de mardi devant la cour d’assises des Yvelines d'un crime à part, le seul crime crapuleux, qui lui soit imputé : l’assassinat en 1988 de Farida Hammiche pour faire main basse sur le magot du "gang des postiches". A ses côtés renvoyés pour complicité d'assassinat, son ex-épouse Monique Olivier. Le trésor leur aurait notamment permis d'acquérir le manoir de Sautou, où les corps de deux des jeunes filles assassinées par le tueur seront retrouvés, et d'acheter le fourgon Citroën qu'il utilisait dans ses séances de "braconnage". 

 

Tout commence dans le milieu des années 80 à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) où Michel Founiret purge une peine pour plusieurs agressions sexuelles. Il n’est alors pas encore connu comme le tueur en série qui lui vaudra le surnom d'"Ogre des Ardennes". L'homme partage sa cellule avec un braqueur breton, Jean-Pierre Hellegouarch, avec qui il va se lier amitié. Hellegouarch a entendu, par le biais d’un autre compagnon de détention, Gian Luigi Esposito, de l'existence d'un trésor qui sommeillerait dans un cimetière du Val-d'Oise. Cet autre braqueur italien s'est évadé de la prison de Rome en hélicoptère en 1986 en compagnie d'André Bellaïche, membre du "gang des postiches", avant d'être rattrapé en France. 

Une caisse à outils remplie d’or

Lors de leur cavale, Bellaïche lui aurait révélé l'emplacement d'un magot accumulé par cette équipe responsable d'une vingtaine de braquages de banques entre 1981 et 1986. Napoléons, pesos mexicains et lingots d'or dormiraient sagement près d'une tombe du cimetière de Fontenay-en-Parisis. Au total, les enquêteurs estimeront le butin à une vingtaine de kilos d'or.


Jean-Pierre Hellegouarch ne se méfie pas de celui qu'il qualifiera "d'imbécile heureux" et va alors demander en mars 1988 à Michel Fourniret, sorti de prison depuis  quelques mois, de l’aider à récupérer le butin avec sa femme Farida Hammiche. Le trio Fourniret-Olivier-Hammiche se rend au cimetière. Dans la nuit, les pelles heurtent un objet : une caisse à outils rouge remplie d’or. 


D'après les déclarations de Jean-Pierre Hellegouarch aux enquêteurs, le tueur en série devait toucher 500.000 francs en échange de son aide. L'intéressé affirme, de son côté, avoir simplement négocié une ferme et 30.000 francs, ce qu'il n'aurait jamais obtenu. Monique Olivier déclarera plus tard que quelques jours après avoir déterré le trésor, Fourniret lui aurait dit "que ce serait mieux d'avoir un peu plus et même tout".

Achat du manoir de Sautou

Un piège aurait été tendu à Farida Hammiche pour la tuer, l’enterrer dans un terrain vague et récupérer l'intégralité du butin. "L'amitié est une chose, les affaires en sont une autre", déclarera froidement aux policiers le tueur en série. "C'est le meurtre fondateur, celui qui lui permet de réaliser son œuvre criminelle", estime Me Didier Seban, l'avocat de Jean-Pierre Hellegouarch, qui s’est porté partie civile, interrogé par l'AFP. 


Car avec l'or échangé chez un numismate belge, le couple Fourniret-Olivier s'achètera un studio à Sedan, une maison à Sart-Custine en Belgique, et surtout le manoir de Sautou dans les Ardennes où les corps de deux des sept jeunes filles assassinées par le tueur en série seront retrouvés. Il fera également l'acquisition du fourgon Citroën C15 qui sera utilisé dans ses séances de "braconnage" selon ses termes, à la recherche de jeunes filles vierges. Ce qui reste du butin sera retrouvé par les enquêteurs dans le jardin de la maison de Sart-Custine.

"Pouvoir faire son deuil"

Présente lors du guet-apens, Monique Olivier "reconnaît l'intégralité des faits qui lui sont reprochés", selon son avocat Richard Delgenes. Michel Fourniret, aujourd’hui âgé de 76 ans, confesse lui l'assassinat, mais se dit innocent pour le recel, n'ayant "jamais eu connaissance de l'origine des fonds", assure son avocat Grégory Vavasseur, interrogé par l’AFP. 


Pour la famille de Farida Hammiche, "que ce meurtre soit enfin jugé", cela montre que "leur sœur avait de l'importance", même si contrairement aux autres victimes, elle n'a été considérée que comme "une femme de truand", déclare l'avocate Yolaine Bancarel. Ses proches espèrent avec ce procès pouvoir "faire leur deuil".


A l'époque, la jeune femme avait 30 ans. Son corps n’a jamais été retrouvé. Elle fait partie des huit femmes que Michel Fourniret a reconnu en 2004 avoir tuées. Récemment, le tueur en série a avoué deux nouveaux meurtres.

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