Le procès du petit Tony, battu à mort à trois ans, renvoyé en 2021 en raison de la grève des avocats

Le procès du petit Tony, battu à mort à trois ans, renvoyé en 2021 en raison de la grève des avocats
Justice

PROCÈS - La cour d'assises de la Marne a renvoyé mardi matin à 2021 le procès du beau-père de Tony, mort sous ses coups à trois ans, et de la mère de l'enfant en raison de la grève des avocats.

C'était en novembre 2016. À cette époque, le petit Tony avait trois ans. À cette époque aussi, il est mort sous les coups de son beau-père. Ce mardi 11 février devait s'ouvrir le procès du beau-père et de la mère de l'enfant, devant les assises de la Marne. Il a finalement été reporté en 2021 en raison de la grève des avocats contre la réforme des retraites. 

"Ce n'est pas avec plaisir que nous demandons ce renvoi. Mon client aurait voulu que le procès se tienne. Il veut s'exprimer. Mais nous devons dire non au gouvernement", a plaidé Me David Scribe, l'avocat de Loïc Vantal. "La défense ne vole pas le procès. C'est l'État qui nous vole ce procès", a tonné Me Olivier Chalot, avocat du père et de la grand-mère paternelle de Tony, parties civiles dans le dossier, s'associant à la demande de renvoi.

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Accusé de "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur mineur de moins de 15 ans par personne ayant autorité", Loïc Vantal, 24 ans au moment des faits, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Placée sous contrôle judiciaire, son ex-compagne, Caroline Letoile, la mère de Tony, est poursuivie pour non-assistance à personne en danger et risque cinq ans d'emprisonnement. Le verdict était attendu vendredi 14 février dans la soirée.

Ce jour de novembre 2016, vers 15h30, les pompiers rémois répondent à l'appel d'une maman de 19 ans pour porter secours à son fils qui, selon elle, a perdu connaissance à la suite d'une chute. Les secouristes constatent alors que l'enfant, dans un "état particulièrement grave", présente "de nombreux hématomes sur le corps", comme l'indiquera le procureur de la République Matthieu Bourrette dans une conférence de presse tenue deux jours après le drame. Tony mourra peu après 17h, à son arrivée aux urgences pédiatriques du CHU de Reims, où un médecin remarque des traces de coups de poing au ventre.

Condamné sept fois pour des faits de violence

L'autopsie démontre que la mort de l'enfant est due à un éclatement de la rate et du pancréas datant de 48 heures. Le rapport fait également état de nombreuses lésions traumatiques sur le visage et le corps de la jeune victime, ainsi que plusieurs fractures des côtes, anciennes et récentes. Lors de sa garde à vue, la mère, "effondrée" selon le procureur, avait d'abord tenté de minimiser les faits avant de reconnaître que son compagnon avec lequel elle vivait depuis trois mois frappait son fils, qui servait de "souffre-douleur".

Condamné sept fois pour des faits de violence, son conjoint reconnaissait finalement des violences sur l'enfant après plusieurs dénégations. L'enquête révélera que les insultes, les gifles et les coups de poing avaient débuté dès son arrivée dans l'appartement de la mère en septembre 2016, avec une dramatique intensification des violences physiques la semaine précédant la mort de l'enfant.

Le silence des voisins

"Nous avons besoin de comprendre pourquoi Tony n'a pas été protégé des véritables tortures qu'il subissait, pourquoi personne n'a réagi", dit Martine Brousse, présidente de "la Voix de l'Enfant", partie civile avec quatre autres associations de protection de l'enfance. Car le huis clos familial et mortifère de trois mois qui aura été fatal à Tony ne s'est pas déroulé sans témoins. Les juges ne manqueront pas d'interroger le silence de la première d'entre eux : sa mère.

Présentée par les experts comme immature et sous l'emprise de son compagnon, elle n'a jamais dénoncé les coups, malgré les nombreuses interrogations et inquiétudes que formulaient très régulièrement ses proches ainsi que le père et la grand-mère paternelle de Tony, parties civiles. "Angoissés et inquiets, ils attendent surtout des explications et des réponses", indiquent leur avocat Me Olivier Chalot, s'étonnant que le père de Tony soit convoqué à l'audience comme témoin alors même qu'il est partie civile dans le dossier.

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Dès le début, l'absence de réaction des voisins du couple a également été pointée du doigt par le procureur Bourrette. "Si les services de police avaient été alertés par le voisinage, cet enfant aurait pu passer la Noël 2016", avait-il déploré. "Tuons le silence pour que, plus jamais, un enfant ne meure sous les coups",  lisait-on ainsi sur la banderole de tête d'une marche blanche de 600 personnes, cinq jours après le drame. En octobre 2019, le plus proche voisin avait été renvoyé pour non-dénonciation de mauvais traitement devant le tribunal correctionnel de Reims, qui l'avait relaxé. "Tout le monde dans l'immeuble a, à un moment donné, entendu Tony pleurer", avait affirmé le président du tribunal. 

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