Attaque contre la mosquée de Bayonne : le suspect Claude Sinké dit avoir "voulu venger la destruction de la cathédrale Notre-Dame"

Justice

JUSTICE - Le procureur de la République de Bayonne, Marc Mariée, a tenu ce mardi une conférence de presse détaillant les circonstances de l'attaque de la mosquée survenue le 28 octobre en milieu de journée dans la commune des Pyrénées-Atlantiques. Le suspect, âgé de 84 ans et ancien candidat du FN, a été interpellé peu après le drame et placé en garde à vue.

Deux blessés par des tirs, un octogénaire, ancien candidat du FN interpellé, des armes retrouvées à son domicile... Au lendemain de l'attaque à la mosquée de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), le procureur de la République a tenu une conférence de presse pour faire le point sur ce drame. 

Le magistrat, Marc Mariée, a précisé ce mardi qu'au cours de sa garde à vue qui a été prolongée ce jour, le suspect avait indiqué avoir "voulu venger la destruction de la cathédrale Notre-Dame" mais qu'il n'avait pas eu "la volonté de tuer". "Pour lui, l'incendie de cet édifice a été provoqué par des membres de la communauté musulmane". 

En vidéo

Attaque à la mosquée de Bayonne : ce que l'on sait du suspect et du déroulement des faits

L'octogénaire avait-il toute sa tête au moment des faits ? "L'ensemble de son audition interroge sur son état de santé psychique de sorte qu'il est actuellement présenté devant un médecin psychiatre afin d’être éclairé sur sa responsabilité pénale", a déclaré le procureur. "Nous sommes en contact permanent avec le procureur national antiterroriste qui attend les éléments qui seront réunis dans les heures à venir pour savoir s’il se saisit, ou non, de cette affaire". 

Pour l'instant, l'enquête est menée par l'antenne de police judiciaire de Bayonne, sous l'autorité judiciaire du parquet de Bayonne. 

Incendie et tirs

Concernant l'attaque, celle-ci s'est déroulée vers 15 heures. L'appel à la police est lui passé à "15h11" avant que le suspect ne soit interpellé, à 15h30.

Les témoignages et l'exploitation de la vidéosurveillance de la mosquée ont permis de retracer le déroulement des faits. "Arrivé à bord de son véhicule, Claude Sinké était abordé par un témoin qu'il mettait en fuite en le pointant avec son revolver. Il entreprenait ensuite d'incendier la porte principale de la mosquée laquelle était fermée, après avoir pris le soin de déverser préalablement de l'essence. Après avoir déplacé son véhicule, il revenait à pieds et tirait sur une première victime", a détaillé le procureur. 

La première des victimes touchée est née le 13 mars 1945. "Elle était assise sur une chaise à l'extérieur de la mosquée" quand l'octogénaire l'a visée et atteinte. Elle a été atteinte au thorax. 

La seconde victime, née le 1er janvier 1941, est elle arrivée "dans le même temps à bord de son véhicule" et a assisté à la scène avant de "tenter de s'extirper de la zone", a poursuivi le magistrat. Ce septuagénaire a été "rattrapé par Claude Sinké", lequel aurait tiré un coup de feu à travers la vitre du véhicule occasionnant des blessures au niveau des cervicales du conducteur". "Le véhicule du conducteur aurait terminé sa course sur le côté de la mosquée. Le mis en cause se serait alors porté à hauteur de celui-ci, l'aurait aspergé d'essence, avant d'y mettre le feu et ce, alors que la victime était toujours à l'intérieur du véhicule. Cette victime a finalement été extirpée du véhicule par un témoin". 

Les  deux septuagénaires blessés ont été "évacués à l'hôpital en état d'urgence absolue". Leur pronostic vital n'est pas engagé. Celle née en 1941, qui a reçu deux impacts de balles, s'est vue prescrire une ITT de 60 jours. Celle née en 1945 une ITT de 30 jours. "Tous deux souffrent de séquelles fonctionnelles permanentes", a indiqué le procureur. 

Lire aussi

"Pas de volonté de tuer quiconque"

Claude Sinké, lui, a été finalement été interpellé à 15h30 son domicile de Saint-Martin-de-Seignanx, alors qu'il s'apprêtait a descendre de son véhicule, une Ford fiesta de couleur blanche. "Je tiens à saluer le sang-froid dont ces fonctionnaires de police ont fait preuve puisqu'ils sont parvenus à maîtriser le mis en cause sans faire usage de leur arme de service alors même que le suspect s'était emparé d'un revolver et les tenait en joue", a souligné le procureur de la République. Au moment de son interpellation, Claude Sinké avait en main "un revolver dont le barillet contenait cinq cartouches dont trois étuis percutés". 

Concernant l'audition de l'octogénaire réalisée ce mardi matin, Marc Mariée a indiqué qu'elle avait "permis de recevoir les aveux du suspect quant à l'incendie de la porte d'entrée de la mosquée et également de l'incendie du véhicule Citroën C3 qui a été entièrement détruit à proximité du site". 

Le magistrat a précisé qu'"en revanche, le mis en cause a contesté avoir eu la volonté de tuer quiconque, précisant qu'il avait pris soin de repérer à de nombreuses reprises la mosquée afin d'être certain d'intervenir qu'à un moment où elle était très peu occupée".  

Plusieurs armes retrouvées

Au cours de la perquisition réalisée au domicile de Claude Sinké lundi soir à Saint-Martin-de Seignanx, ont été retrouvés "un lot de munitions diverses, deux grenades à plâtre, une grenade fumigène, un pistolet automatique de calibre 9 mm, plusieurs cartouches et une arme d’épaule de type fusil à pompe calibre 16". Dans le véhicule de l’octogénaire, les enquêteurs ont également découvert "une bouteille de gaz ainsi qu’un chargeur d’arme semi-automatique". 

Des licences fédérales délivrées par la Fédération française de tirs ont également été découvertes chez l'ancien candidat du Front national, licences qui étaient à son nom, ainsi que des documents relatifs à l’activité de tireur de ce dernier et différents documents pour les armes dont il était en possession. 

"Les enquêteurs ont également saisi des courriers remis par une journaliste locale à l’attention de monsieur le bâtonnier de Bayonne et de monsieur le procureur de la République de Dax. Dans ces courriers, Claude Sinké évoque notamment une plainte qu’il a déposée contre le président de la République", a détaillé Marc Mariée sans donner davantage d'éléments à ce sujet. 

Les investigations se poursuivent.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter