Attentat de Nice : au procès de Sandra Bertin, des témoignages en pagaille et deux versions qui s’opposent

COMPTE-RENDU - Ce mercredi la policière municipale Sandra Bertin comparaissait devant le tribunal de Paris pour diffamation après des propos tenus dans le JDD daté de juin 2016, quelques jours après l'attentat de Nice. Et si les témoins étaient nombreux à défiler à la barre, ils n’ont pas permis de réconcilier deux versions qui continuent de s’opposer.

Les témoins se sont succédé devant la XVIIe chambre correctionnelle de Paris. Ce mercredi, le tribunal se penchait sur l’affaire qui oppose Sandra Bertin, policière municipale niçoise et l’ancien ministre Bernard Cazeneuve. Ce dernier avait porté plainte contre elle pour diffamation après des propos publiés dans l’édition du 24 juillet 2016 du JDD


La policière y accusait le ministère de l'Intérieur d’avoir exercé sur une elle "une pression qui est allée crescendo" pour qu’elle modifie son rapport sur le dispositif de sécurité en vigueur au moment de l’attentat du 14 juillet. A la barre, Sandra Bertin, cheveux coupés au carré et élégante robe noire, raconte la visite "bizarre", le 15 juillet, d'un commissaire puis d'un commandant de la police qui l’auraient pressée à rédiger un rapport "modifiable" sous format word et non pdf comme elle a l’habitude de le faire. Elle refuse.


Après trois heures, entrecoupées d'une douzaine de coups de fil entre ces policiers et une femme que Sandra Bertin identifie comme appartenant au "cabinet du ministère de l'Intérieur" - en réalité une commissaire de police travaillant à la Direction centrale de la sécurité publique - la policière finira par mettre à la porte le commandant de police.

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Nice contre Paris

Face à la jeune femme lors de l’audience, six représentants de la police nationale ont mis à mal sa version des faits. Tout d’abord les deux hommes envoyés auprès d’elle le 15 juillet pour lui commander ce rapport évoquent tous une procédure "classique" et "habituelle" de "remontée d’information". Même chose du côté de Myriam Benrahla, la femme à l'autre bout du fil. A la barre elle affirme qu'il s'agissait pour la police nationale de répondre à une commande émanant de la DGPN, une procédure "légitime".

Pour appuyer ces affirmations, le tribunal est remonté jusqu'à Patrick Strzoda, qui dirigeait à l'époque le cabinet de Bernard Cazeneuve, et aujourd'hui celui du président Emmanuel Macron. L'ancien préfet assure à la barre que le 15 juillet il était "dans l'urgence" et avait eu surtout un rôle "logistique", sans donner aucune "instruction" sur la rédaction d'un quelconque rapport.


"Si l’un des deux hommes présents avec elle avait reçu une demande de modification, je ne doute pas qu’un des deux hommes aurait refusé et/ou m’en aurait fait part", assure pour sa part l'ancien directeur départemental de la sécurité publique, Marcel Authier. Ce dernier, comme tous ceux qui sont passés à la barre, a toutefois tenu à pointer du doigt le "professionnalisme" de Sandra Bertin avec qui il a longtemps travaillé.

Soutien à Sandra Bertin

Face à ces nombreux témoignages à charge, Sandra Bertin ne s’est pas démontée. Et ses témoins non plus. Malgré son état de stress à l’idée de parler devant le tribunal, Olivia, une collègue de Sandra Bertin a raconté ce qu’elle savait. L’après-midi du 15 juillet, elle travaillait elle aussi au centre de crise (CSU) et dit avoir entendu la policière assurer au téléphone "qu’elle ne mettrait pas sur le rapport ce qu’elle n’a pas vu aux écrans".


Des propos entre autres confirmés par un de ses adjoints ce soir-là. C’est d’ailleurs lui qui a indiqué à Sandra Bertin qu’un "membre du cabinet du ministère de l’Intérieur" souhaitait s’entretenir avec elle. Deux autres témoins passeront à la barre pour défendre Sandra Bertin. Interrogée à la fin du procès par LCI, la policière a déploré "les mensonges de certains", estimant que l'audience s'était en tout cas "bien déroulée".

A la demande de la présidente, la suite du procès se déroulera le 16 juin prochain à 14h pour les plaidoiries et les réquisitions. "Il faudra tout recommencer", lâche dans un rire la présidente. Elle ne croit peut-être pas si bien dire.

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