Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : accusée par Mediapart d'avoir tenté d'effacer ses erreurs, la préfecture dément

RÉVÉLATIONS - Le site d'information révèle après une enquête de plus de six mois que les services de renseignement auraient tenté de camoufler le fait qu'ils connaissaient l’imminence d'une attaque à Saint-Etienne-du-Rouvray. La préfecture de police de Paris dément ces informations.

C’est une bombe que Mediapart et son journaliste Matthieu Suc viennent de lâcher jeudi soir. Selon leurs informations, les services de renseignement auraient tenté par tous les moyens d’étouffer les ratés de leur enquête sur l’un des responsables de l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray. Dans un communiqué, la préfecture de police de Paris a réagi vendredi matin et confirme l'existence d'une note sur Adel Kermiche, tout en affirmant que rien ne laissait paraître "l’imminence d’un passage à l’acte, et encore moins le ciblage d’un lieu précis."


Rappel des faits. Le 26 juillet 2016, deux terroristes se sont introduits dans l’église de la ville et ont égorgé de sang-froid, devant quelques fidèles, le prêtre Jacques Hamel. Un attentat barbare qui provoque une vive émotion en France, quelques jours seulement après l’attentat de Nice où 87 personnes ont perdu la vie. Mais cette nouvelle attaque aurait-elle pu être évitée ?

La DRPP aurait été témoin de la préparation de l’attentat

Médiapart révèle que cinq jours avant l’attentat, un brigadier surnommé Paul, membre de la section "T1" chargée de la lutte antiterroriste au sein de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP), écume les réseaux sociaux et notamment Telegram, la messagerie cryptée prisée par les terroristes en herbe. Au cours de ses recherches, il découvre une conversation d’Adel Kermiche, un des terroristes de l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray. 


Ce jour-là, l’apprenti djihadiste poste un message audio de sept minutes et vingt secondes dans lequel il dit qu’il faut attaquer des églises au couteau. Il affirme qu’"il pourrait faire un carnage en tranchant deux ou trois têtes", révèle Médiapart. Il va même plus loin en incitant les abonnés de sa chaîne Telegram à "taper" (ndlr : commettre des attentats) eux-aussi.


Mediapart raconte que Paul, leur source au sein de la DRPP, consigne alors une alerte dans une note blanche sur les agissements d’Adel Kermiche. Celle-ci est destinée à être transmise à la DGSI, entité compétente dans ce cas précis.  Mais malheureusement, cette note n'arrivera jamais au siège de Levallois. En plein cœur de l'été, la hiérarchie de Paul, devant valider sa note avant sa transmission, est soit en vacances, soit débordée. Le 25 juillet, la veille de l’attentat, de nouveaux messages d’Adel Kermiche évoquent quelque chose d'exceptionnel à venir. Le lendemain, le père Hamel est assassiné.

Effacer les traces… à tout prix

Selon Mediapart, le 26 juillet, la direction de la DRPP se rend compte que la note est toujours dans ses bureaux alors qu’Adel Kermiche et son comparse, Abdel-Malik Petitjean viennent d’assassiner le père Hamel. Selon Mediapart, seulement quelques heures après l’attentat, Paul est convoqué par sa hiérarchie et le force à écraser la note blanche rédigée quelques jours plus tôt. Ils vont même jusqu’à demander de réécrire "les documents en les postadant au jour même afin de masquer l’énorme bévue de la DRPP", raconte Mediapart.


Contacté par LCI dans la matinée, la préfecture de police de Paris affirmait "n’avoir aucun commentaire à faire pour le moment sur des informations issues de sources mal intentionnées". Quelques minutes plus tard, elle a publié un communqué confirmant l'existence d'une note sur Adel Kermiche, rédigée le 22 juillet. Mais "en aucun cas cette note n’évoque l’imminence d’un passage à l’acte, et encore moins le ciblage d’un lieu précis", affirme la préfecture. Cette dernière dément les informations de Mediapart sur la non-transmission de cette note à la DGSI : "Cette note, qui ne comportait pas de caractère d’urgence et s’inscrivait dans le travail de détection quotidien du service, a suivi le circuit habituel de validation". De plus, la préfecture indique qu'une nouvelle note a été rédigée le jour de l'attentat, et dément donc que la note écrite le 22 juillet ait été écrasée et antidatée, comme l'affirme Médiapart.


Alors qui croire ? Au vue de l'ampleur des accusations, une enquête de la police des polices pourrait peut-être rétablir la vérité...

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