Attentat raté de Notre-Dame : plongée dans le passé des femmes djihadistes présumées au premier jour du procès

Justice

COMPTE-RENDU - La cour d'assises spéciale, qui juge cinq femmes djihadistes présumées trois ans après l'attentat raté près de Notre-Dame, a débuté ce lundi par l'examen de la personnalité des accusées et leur parcours de radicalisation.

À aucun moment, elles ne se sont regardées. Pis, lorsque Inès Madani, 22 ans, a pris la parole, Ornella Gilligmann, 32 ans, assise dans le box d’à côté, a tourné la tête dans la direction opposée, en hochant la tête, ostensiblement excédée. Toutes deux étaient pourtant ensemble, dans la nuit du 3 au 4 septembre 2016. Elles auraient voulu, selon les magistrats instructeurs, faire "un carnage" près de Notre-Dame de Paris, garant une voiture remplie de bonbonnes de gaz au milieu d'une rue devant des restaurants puis tentant de l'incendier. Seul un mauvais choix de carburant a permis d'éviter une explosion meurtrière. Ce lundi débutait le procès de leur attentat raté.

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Elles étaient cinq femmes à être impliquées, plus un homme, mais seulement quatre présentes ce lundi devant la cour d’assises spéciales appelée à les juger, Amel Sakaou (qui avait hébergé deux des accusées chez elles) ayant refusé de comparaître, et l’instigateur présumé Rachid Kassim étant réputé mort en Syrie. Outre Inès Madani et Ornella Gilligmann, Sarah Hervouët, accusée d’avoir poignardé un policier sur un parking, et Samia Chalel, qui aurait fourni une aide logistique pour les aider à s’enfuir, étaient aussi présentes. 

Un amoureux virtuel

La première journée de ce procès a été consacrée au parcours des accusées. Inès Madani a paru absente une bonne partie de l'audience. Son rôle est pourtant central et elle aurait été un "mentor" pour des "sœurs" du djihad. L'enquêteur de personnalité a décrit une enfance assez classique dans un pavillon de banlieue parisienne, avec ses quatre sœurs. Puis elle a eu des "relations très conflictuelles" avec sa mère, qui l'aurait "dévalorisée", un mal-être s'est installé et des "problèmes de comportement" sont apparus dès le collège. Elle a fini par arrêter l'école en seconde, enchaîner les formations sans les terminer, avant de partir pour la Syrie sur les recommandations d’une amie, puis de s’y radicaliser. 

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Ornella Gilligmann fait partie de celles qui ont ensuite été convaincues par Inès Madani, laquelle a par ailleurs été condamnée en avril à huit ans de prison pour avoir incité des candidats au djihad à rejoindre la Syrie ou à commettre des attaques en France et en Belgique, entre mars 2015 et juin 2016. Ornella Gilligmann n'a ainsi pas pu retenir ses larmes lorsque le président a évoqué une histoire d'amour née sur internet. Ornella Gilligmann n'a découvert que lors de l'instruction la véritable identité du combattant dont elle était tombée amoureuse : "Abou Junayd" était en réalité Inès Madani.

"Tue-moi !"

La vie d'Ornella Gilligmann a commencé avec un père violent et alcoolique. Plusieurs beaux-pères se sont succédé ; elle a été placée dans des familles d'accueil. À l'école, c'était également compliqué : elle a été exclue du collège, elle a fugué au lycée.  Avant même d'être majeure, elle a eu affaire à la justice. Placée en foyer, exclue, puis incarcérée, notamment pour des vols. Elle a eu trois enfants entre 2010 et 2012, et elle s'est mariée. C'est peu après qu'elle a commencé à avoir une pratique plus rigoriste de la religion musulmane. Selon l'enquêtrice de personnalité, elle voudrait désormais se consacrer à la déradicalisation des jeunes filles.

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Sarah Hervouët a, elle été élevée par sa mère et son père adoptif, entre la Normandie, le Gabon et le sud de la France. "C'était une élève avec un problème d'identité, un mal-être assez important", a décrit une ex-institutrice à l'enquêtrice de personnalité. À 17 ans, elle a mis fin à ses études pour aller à Casablanca retrouver son père biologique, qui est marocain. Cette catholique s'est convertie à l'islam en 2014, puis a passé de plus en plus de temps sur les réseaux sociaux, avant de tenter de se rendre en Syrie. Elle ne rêvait plus que de "mourir en martyr". Elle nie aujourd’hui avoir voulu s'attaquer au policier, affirmant lui avoir crié "Tue-moi !". À ce stade, l’audience a été suspendue. Elle reprendra mardi, dès 9h30.

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