Au procès des décrocheurs de portraits de Macron : "Face à l'urgence, je ne sais plus quoi faire d'autre"

Justice

AUDIENCE - Neuf personnes étaient jugées ce mercredi pour avoir dérobé des portraits d'Emmanuel Macron dans 3 mairies parisiennes, en février. L'occasion pour les activistes de défendre leur cause et leur mode d'action : la désobéissance civile.

"C'est bien moi." L'un après l'autre, devant la présidente du tribunal correctionnel de Paris, les activistes reconnaissent sans se faire prier leur participation au décrochage de 3 portraits d'Emmanuel Macron dans des mairies parisiennes, les 21 et 28 février 2019.

Ce dont il a été question, lors de leur procès pour "vol en réunion" ce mercredi, était moins la réalité de ce vol en réunion que sa justification. Parmi les 9 prévenus, 8 sont des activistes écologistes, membres notamment de l'association ANV-COP21, qui revendiquent avoir dérobé les portraits présidentiels pour protester contre "l'inaction climatique" du gouvernement et du chef de l'Etat. Le neuvième, le vidéaste Vincent Verzat, de la chaîne "Partager c'est sympa", a couvert l'un des décrochages et conteste pour sa part avoir pris part au vol.

Tous encourent 5 ans de prison et 75.000 euros d'amende, pour ces actions effectuées dans la mairie du 5e arrondissement de Paris le 21 février 2019, puis dans les mairies des 3e et 4e arrondissements, le 28 février 2019. Contre les 9 prévenus, le procureur a requis 1.000 euros d'amende, dont 500 avec sursis.

A ce jour,  plus de 130 portraits présidentiels ont été décrochés dans toute la France et 57 personnes font ou ont fait l'objet de poursuites semblables pour ces actions. L'un de ces militants a été condamné à 250 euros d'amende ferme le 12 juin par le tribunal de Bourg-en-Bresse, et ses co-prévenus à des amendes avec sursis. Au cours d'un deuxième procès, le tribunal correctionnel de Strasbourg a relaxé des activistes qui avaient brièvement décroché un portrait.

Placé sous le signe de la mobilisation, ce troisième procès a été marqué, avant même son commencement, par un rassemblement de militants écologistes aux abords du tribunal de Paris. Jusque devant la salle d'audience, une foule nombreuse à souhaité soutenir les prévenus, et une salle annexe a été ouverte pour accueillir le public.

"Face à l'urgence écologique, je ne sais plus quoi faire d'autre" - Pauline Boyer, prévenue

"Mais pourquoi avoir enfreint la loi ?", demande la présidente du tribunal à Pauline Boyer, 36 ans, l'aînée des prévenus. L'occasion pour la coordinatrice de l'ONG écolo Alternatiba de se lancer dans un plaidoyer pour la désobéissance civile. "Je ne sais plus quoi faire d'autre", conclut-elle, arguant que la légalité s'avère désormais insuffisante face à l'urgence écologique.

Cette urgence écologique, ni la présidente ni le procureur ne la contestent. Mais tous deux ont remis en question la désobéissance civile, à la fois pour son efficacité, mais surtout pour ses dangers supposés.

"Peut être que des gens moins clairvoyants que vous se sentiraient inspirés par vos actes pour commettre des infractions autrement plus grave", a lancé le procureur aux neuf prévenus, dont il juge pourtant le parcours "brillant". La présidente, quant à elle, fait le parallèle avec les violences "contre-productives" commises lors des manifestations de Gilets jaunes.

Un portrait présidentiel volé pendant l'audience

Les activistes, qui travaillent dans la recherche, les arts ou le milieu associatif, défendent au contraire le caractère non-violent de leur démarche. Et font venir comme témoins à la barre un chercheur en philosophie qui justifie la désobéissance non-violente, mais aussi le climatologue Christophe Cassou, membre du Giec, venu évoquer l'urgence écologique, et enfin Célia Blauel, maire adjointe de Paris en charge du climat.

Pendant que les témoins dessinent en creux les justifications des prévenus, les bancs de la presse apprennent qu'un nouveau portrait présidentiel vient d'être décroché... à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), à un saut de puce du tribunal.

Les rappels successifs du procureur et l'attention de la présidente à ne pas transformer le tribunal en "tribune politique" n'y feront rien. Devant l'évidence des faits, tous enregistrés par des caméras de surveillance ou des téléphones portables, ce troisième procès des "décrocheurs" s'est plus attardé sur la légitimité de la désobéissance civile que sur l'infraction en elle-même.

Pour autant, si les prévenus reconnaissent les faits - à l'exception du vidéaste Vincent Verzat, qui estime n'avoir exercé que son activité journalistique - les avocats de la défense ont plaidé la relaxe. Ces derniers invoquent "l'état de nécessité" causé à la fois par le danger climatique et l'inaction des pouvoirs publics, et prennent en exemple les précédentes opérations de désobéissance civile, "comme celle de Greenpeace qui a conduit à l'interdiction de l'immersion de déchets radioactifs". Le jugement a été mis en délibéré au 16 octobre à 9 heures. 

D'ici là, d'autres procès de décrocheurs auront lieu, dont le prochain à Orléans le 13 septembre.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter