Au procès Fillon, Sarthois et ex-conseillers volent à la rescousse de "l'indispensable Penelope"

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L'affaire Penelope Fillon

PROCÈS - Plusieurs témoignages et attestations ont défendu, jeudi 5 mars, le travail important que fournissait Penelope Fillon auprès de son mari et de Marc Joulaud. Le procès des époux et de l'ancien suppléant de François Fillon doit se poursuivre jusqu'au 11 mars.

Les mails, les courriers, les photos en déplacements, les carnets de notes…. Rares sont les traces concrètes et matérielles qui ont permis jusqu'au jeudi 5 mars de prouver la réalité du travail de Penelope Fillon. 

Pour en attester, trois anciens collaborateurs de François Fillon, cités par la défense, sont venus témoigner dans la soirée du mercredi 4 mars à l'audience pour parler du caractère "essentiel" de sa mission avant que ne soient fournies ce jeudi matin, là encore par la défense, 34 attestations d'administrés ou de Sarthois qui ont échangé au fil des ans avec la femme de François Fillon et qui ont expliqué son rôle "indispensable" auprès de son mari.

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"Penelope n'aime pas trop les mails"

Ainsi, mercredi 4 mars, en fin d'après-midi, c'est Sylvie Fourmont, secrétaire historique de François Fillon qui a pris en premier la parole : "Penelope a intégré l'équipe dès le début de la carrière de François Fillon. Pour le représenter, pour le courrier. Elle me donnait des consignes pour le courrier que je notais sur un petit carnet, petit carnet que je n'ai pas gardé car je ne garde pas les papiers". Pas de courriels non plus, demande la présidente Nathalie Gavarino ? "Non, Penelope n'aime pas trop les mails". 

Marc Joulaud, suppléant de François Fillon, est tout aussi formel. Penelope Fillon, "conseillère", "femme de terrain", "intermédiaire avec les habitants de la Sarthe", a toujours été "un élément essentiel dans l'équipe". Il poursuit : "Dans la Sarthe, tout le monde la connait et sait le travail qu'elle fait". "Elle nous aidait à la gestion du courrier, à lui donner une plus-value, à gérer l'agenda, soutient Pierre Molager, ancien conseiller de François Fillon. J'ai noté sa présence sur le terrain, son rôle de conseiller, en politique." Une ressource précieuse en accompagnement, mais aussi dans le travail de fond : "Quand il y avait un dossier sensible, je me tournais vers Penelope Fillon. Elle m'aidait à améliorer la copie."

Mais comment se fait-il, alors, que les Sarthois semblaient ignorer qu'elle était également assistante parlementaire ? "Je respecte sa discrétion". Igor Mitrofanoff, ancienne plume du Premier ministre, y voit même une obligation : "Les collaborateurs, les assistants parlementaires., ils doivent rester dans l'ombre. Ils ne doivent pas donner l'impression d'être l'égal de l'élu. Il faut être humble, surtout quand on est l'épouse du député-maire, surtout en Sarthe. Peut-être que ce serait différent dans la capitale". 

"Le portrait qui est fait sur les réseaux sociaux et dans la presse de Penelope Fillon n'est pas juste", s'indigne Igor Mitrofanoff. "On dirait une femme superficielle. C'est une femme intelligente, informée. C'est une femme bienveillante. Elle est considérée comme une femme ouverte, gentille, pas du tout prétentieuse".

"34 attestations"

Succédant à ces témoignages élogieux, la défense a lu ce jeudi matin au tribunal des extraits de 34 attestations rédigées par des Sarthois qui eux aussi font état du travail "essentiel de Penelope Fillon". les avocats du couple, ont souhaité verser aux débats ces témoignages récents, qui ne figurent pas au dossier. "La plupart sont des personnes qui, à l'approche du procès, se sont proposées", assure l'ancien Premier ministre. 

"Il est trop facile" de les brandir "aujourd'hui en fin de parcours", s'offusquent les procureurs, qui estiment que l'on "peut discuter de la régularité" de ces attestations. Pour les représentants du parquet national financier (PNF), les avocats du couple Fillon "avaient tout le temps" de demander l'audition de ces personnes par les juges d'instruction, ce qu'ils n'ont pas fait sciemment. 

Il était inutile de soumettre ces témoignages à décharge aux enquêteurs, réplique M. Fillon, dénonçant à nouveau les "biais" de l'enquête. L'ancien candidat de la droite à la présidentielle 2017, dont la campagne avait été atomisée par cette affaire, s'emporte: "Cette enquête à charge restera dans les annales comme l'exemple d'un dysfonctionnement judiciaire".

"Vous avez eu les fuites" judiciaires pendant l'enquête, "nous avons la stratégie !", lance au parquet Me Antonin Lévy, très agacé. 

Me Monin de Flaugergues, autre avocat de l'ancien Premier ministre procède à la lecture des attestations en questions.

Il commence par le président de l’association "Sablé action", association des commerçants locaux, indique avoir "eu des interactions" avec elle. Un autre atteste de sa présence au cours de réunions de L'Eventail, association qui s'occupe d'un festival [de musique] baroque". 

Un autre dit qu'elle était "très impliquée dans la vie locale". Puis deux anciens agriculteurs de Sablé soutiennent qu'"elle gérait l'agenda", qu'elle était présente aux manifestations", qu' "elle organisait les choses en toute discrétion". Le patron de "Moules et Outillages" ou encore de Bricorama  déclarent eux aussi avoir eu affaire à elle, pour gérer des contentieux administratifs. 

"Je ne suis pas assez patient pour trier le courrier"

 Bruno Nataf écoute les lectures, mais s'interroge et questionne : "Quelle eut été la difficulté que les élus locaux, comme le maire de Sablé, sache que vous étiez assistante parlementaire ? Pourquoi le maire de Sablé ne le savait pas ?" Penelope Fillon l'assure, "il n'y a pas de difficulté, mais on a toujours fonctionné comme ça". Réponse en écho, plus agacée, de l'ancien favori à la présidentielle : "J'ai déjà répondu quinze fois. On n'a pas ressenti le besoin de le dire. [...] Il est beaucoup plus sûr d'avoir une réponse avec Penelope, qui passe son tombe à me rappeler ce que je n'ai pas fait, qu'avec moi."

A entendre le champion de la droite en 2017, Penelope Fillon était essentielle pour lui rappeler ses devoirs plus fastidieux d'élu : "Je ne vais pas continuer à m'autoflageller mais je ne suis pas assez patient pour trier le courrier. Penelope a fait ce travail et elle a suppléé a une trop grande impatience de ma part et sans doute une  volonté d’englober trop de responsabilités." Un travail pas forcément perceptible, donc. "Une organisation perfectible", conviendra François Fillon. Qui conclut ainsi, voulant souligner le caractère indispensable de son épouse : "Le choix qu’on a fait de plonger dans la vie politique, c’est un choix qu’on a fait ensemble et je n’y serais jamais allé sans son soutien. C'est un choix commun dont on a assumé et dont on assume toujours les conséquences."

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