VIDÉO - Avocats espionnés par le parquet : "On ne va pas en rester là", assure Me Hervé Témime

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Justice

REACTION - Des ténors du barreau vilipendent les investigations d'ampleur du parquet national financier pour identifier une "taupe" dans l'affaire dites des "écoutes". Interrogé ce vendredi sur LCI, Maître Hervé Témime demande "à ce que ce parquet fasse son auto-critique".

La parquet national financier a-t-il espionné des ténors du barreau pour identifier une taupe ? C'est ce que questionne Le Point, qui a révélé le contenu et l'étendue des investigations menées dans le cadre d'une enquête préliminaire, parallèle à l'information judiciaire sur l'affaire des "écoutes". 

Selon l'hebdomadaire, afin de retrouver la taupe éventuelle au sein de la magistrature qui aurait fait fuiter l'existence d'écoutes visant Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog, les enquêteurs de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff) ont un temps épluché les factures téléphoniques détaillées ("fadettes") de nombreux ténors du barreaux et de leurs collaborateurs. Parmi eux, Mes Eric Dupond-Moretti, Jean Veil, Jacqueline Laffont, Pierre Haïk, Marie-Alix Canu-Bernard ou encore Hervé Témime, invité ce vendredi sur LCI

"En tant qu'avocat de Thierry Herzog, j'ai eu connaissance de cette enquête préliminaire en janvier 2020, dissimulée pendant des années à la défense de Nicolas Sarkozy et de Thierry Herzog et je suis tombé de l'armoire" avoue l'avocat. "J'ai été surpris par la débauche de moyens délirants pour essayer de trouver la taupe, par les moyens mis en place à l'égard d'avocat témoignant du mépris absolu du secret professionnel ; ce qui est une lourde erreur commise par certains magistrats du parquet national financier". Des conditions qui, selon lui, fragilisent beaucoup l'accusation sur le fond, "maintenu artificiellement en vie". Les avocats espionnés ont pour point commun d'avoir été, de près ou de loin, en contact avec Me Herzog le 25 février 2014, jour où lui et Nicolas Sarkozy auraient, selon les enquêteurs, compris que la fameuse ligne téléphonique "Paul Bismuth" était écoutée. 

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"Il faudrait une enquête administrative"

Au lendemain de ces révélations, le très médiatique Me Eric Dupond-Moretti a annoncé sur LCI son intention de porter plainte. Le bâtonnier Cousi a décidé d'engager une action au nom de l'Ordre des avocats de Paris, affirmant avoir demandé au célèbre pénaliste Henri Leclerc "de bien vouloir réfléchir, au sens procédural, à quelle action engager". 

Quid du cabinet Témime ? "Le bâtonnier a demandé à Maître Henri Leclerc d'envisager des actions à entreprendre civiles et pénales, je comprends parfaitement la démarche de Maître Dupond-Moretti et pour ma part je suis l'avocat de Thierry Herzog, indépendamment du fait que mes fadettes étaient examinées, et je me rendrai à l'avis de Hervé Leclerc en qui j'ai toute confiance." 

"Il va y avoir une suite", assure-t-il, "mais elle va être donnée dans le cadre de la défense de Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog" : "Ma personne s'efface car je défends Thierry Herzog et ce sont ces droits qui ont été bafoués. On ne va pas en rester là mais ce qui m'importe le plus, c'est de défendre Thierry Herzog accusé de faits injustement. Ce qui m'a personnellement le plus intéressé et touché, c'est la réaction de très nombreux magistrats qui sont venus vers moi pour s'indigner, stupéfaits de ce qui a pu se passer. Le fonctionnement dénoncé là n'est pas celui de la justice française ni même de tous les parquets de France."

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Avocate de Nicolas Sarkozy : "Nous allons écrire à la garde des sceaux pour saisir l'inspection générale de la justice"

Egalement interrogée sur LCI, l'avocate de Nicolas Sarkozy, Maître Jacqueline Laffont, va saisir la garde des sceaux Nicole Belloubet : "Nous allons lui écrire et lui demander de saisir l'inspection générale de la Justice afin d'enquêter sur l'enquête et ses dysfonctionnements. De nombreuses interrogations restent en suspens, des faits graves ont été révélés, des fadettes d'avocats (soit l'exploitation de leur téléphone) ont été examinées" ajoutant que "d'autres dysfonctionnements n'ont pas été révélées à ce jour." 

De là à penser que ce parquet national financier était le bras armé d'une justice politique ? "Personnellement je ne le pense pas" contredit Maître Temime, "un organisme aussi puissant qui n'a été créé dans n'importe quelle condition doit être capable de faire son auto-critique car il y a dans certaines enquêtes un sentiment de toute-puissance et d'impunité. On n'est pas face à un parquet qui serait le bras armé d'une justice politique, mais face à un parquet qui doit faire son auto-critique.

Il demande ainsi que toute la vérité soit faite et dite : "Il faudrait probablement une enquête administrative. Si Nicolas Sarkozy n'avait pas été mêlé de près ou de loin à cette affaire, on n'aurait jamais vu un tel fonctionnement. Ou alors il y aurait des questions psychologiques à se poser sur ceux ayant agi ainsi".   

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