Carlos Ghosn : trois questions autour de la vidéo de la soirée fastueuse organisée à Versailles

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Carlos Ghosn : l’ex-patron de Renault rattrapé par les affaires

AFFAIRE GHOSN - Plusieurs médias ont publié ce jeudi les images d'une fête somptueuse officiellement organisée par Carlos Ghosn, au Château de Versailles, pour les quinze ans de l’alliance Renault-Nissan. La date correspond aussi à l’anniversaire de l’ex-patron de la société.

Ce jeudi 9 mai, L'Obs et L'Express ont diffusé les images d’une fête en grande pompe organisée par Carlos Ghosn, au Château de Versailles. Cet événement jette un peu plus le trouble sur les habitudes supposées du grand patron déchu. 

Et pour cause : ce raout qui a officiellement permis le 9 mars 2014 de  célébrer les quinze ans de l’alliance Renault-Nissan correspond aussi à celui de l’ex-patron du groupe automobile, mis en cause au Japon sur des soupçons d'abus de biens sociaux.

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D'où provient la vidéo?

La date de la captation de cette séquence longue de plus de huit minutes ne fait aucun doute :  le générique est implacable, elle a été tournée le 9 mars 2014, dans l’ancienne résidence du Roi Soleil. Les images étaient jusque-là réservées à un cercle très privé. Alors que la vidéo était en ligne sur YouTube, elle n'était accessible qu'à ceux ayant reçu le lien correspondant. Sauf que dans le cadre d’une enquête sur l’utilisation des fonds de l'Alliance Renault-Nissan, des auditeurs ont mis la main sur l’URL de cette séquence. Et la date pose question. Comme le relève L’Obs, le jour choisi pour organiser cet événement en (très) grandes pompes appuie l’hypothèse avancée par le cabinet Mazars, qui a pour mission de scruter les comptes de la filiale Renault-Nissan BV. Ils ont en effet estimé que cette soirée "était un événement privé".

Qu'est-ce-qu'on y voit?

Plus de 150 personnes déambulent dans les couloirs où se tiennent les festivités, se prennent en photo dans les galeries, contemplent les œuvres inestimables qui ornent les murs du Château. Pour assister à cet événement, une tenue irréprochable était exigée... tout comme une "discrétion totale". Comme l’écrit le carton d'invitation consulté par Les Echos, ils sont là en honneur de l'Alliance Renault-Nissan. 

Jeff Bezos, le patron d’Amazon, que l’on voit pris en photo dans ce haut lieu de la monarchie française, a répondu à l'invitation. C’est aussi le cas du comédien français François Cluzet, qui apparaît avant un long travelling sur des lustres. Mais aussi la femme de l’ancien premier ministre britannique, Cherie Blair, et des dizaines de grandes personnalités libanaises, tous proches du dirigeant de l’entreprise automobile, que celui-ci accueille par de généreuses accolades.

Minute par minute, on découvre un luxueux décor dans lequel Louis XVI et sa cour auraient sans souci pu festoyer. Luths, cierges, pyramides de macarons agrémentent le spectacle. A cette mise en scène s’ajoutent des figurants en tenus d’époque. Mouche sur teint pâle et perruque d'époque, ils jouent de la musique d'époque, dansent, ou simplement se prêtent au jeu des photographies. En somme, ils feraient presque passer cette séquence pour un extrait de film historique du genre "Marie-Antoinette" de la réalisatrice Sofia Coppola, dont les Ghosn sont fans. Un bond dans le temps que seuls les voitures et les téléphones portables viennent bousculer. Contrairement au losange de l’entreprise automobile, que l'on aperçoit nulle part au long des 8 minutes. 

Les convives de cette soirée, digne des plus belles réceptions du Roi Soleil, peuvent profiter d'un banquet concocté par Alain Ducasse, chef cuisinier aux multiples étoiles. Un dîner servi dans la Galerie des Batailles avant que les invités ne rejoignent ensuite celle des Glaces. Là, derrière les fenêtres, ils ont pu apprécier un feu d’artifice XXL tiré depuis les jardins du palais. 

Pourquoi fait-elle polémique?

Le caractère tout en opulence de cette soirée laisse à deviner le coût de la note : elle est salée. Plus exactement 634.000 euros selon L'Obs. Une addition dont Carlos Ghosn n’a pas eu à s'acquitter puisque c’est la filiale néerlandaise Renault-Nissan BV qui s’en est chargée puisqu'il s'agit officiellement de célébrer l'union des deux firmes. Mais alors que le magnat de l'automobile accumule les mises en examen, soupçonné notamment d’enrichissement personnel au détriment du constructeur automobile ou encore pour abus de confiance aggravé, ce nouvel élément ne plaide pas en sa faveur. Comme expliqué plus haut, cette fête qui devait marquer l'anniversaire du mariage "heureux" entre la firme française et nippone a été donnée... 18  jours avant la date "officielle" des quinze ans de la société (scellée le 27 mars 1999). En revanche, elle correspond tout à fait au soixantième anniversaire du milliardaire. Une coïncidence qui tombe mal. Car c’est pour un autre événement qui a eu lieu dans le même lieu, deux ans plus tard - son mariage, le 8 octobre 2016 au Grand Trianon -, que Renault soupçonne l’ex-chef d’entreprise d’avoir commis un abus de bien social en profitant d'un contrat de mécénat signé en juin 2016 avec le Château de Versailles. De quoi pousser un proche du dossier à confier aux Echos que ce schéma est "assez typique" de ce que les auditeurs ont " découvert ces derniers mois". 

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