Cédric R., fausse victime du Bataclan, condamné à 6 mois ferme : "Je m’étais trop enfoncé dans mes mensonges"

JUSTICE - Cédric R. 29 ans, était jugé ce vendredi par le tribunal correctionnel de Versailles pour tentative d’escroquerie auprès du Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI). Le tribunal l’a condamné à deux ans de prison dont 6 mois ferme et à une mise à l’épreuve pendant deux ans.

Pendant près de deux heures, il a répondu aux questions du tribunal. Des réponses murmurées, à  peine audibles, qui contrastent avec cette voix portée au cours des nombreux entretiens filmés ou non accordés aux journalistes au cours des mois qui ont suivi les attaques perpétrées dans la capitale française à l’automne 2015. Ce vendredi, Cédric R. ambulancier, secouriste et ancien pompier volontaire était jugé par le tribunal correctionnel de Versailles pour tentative d’escroquerie auprès du Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI). Il a été condamné à deux ans de prison dont 18 mois avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans.  Le tribunal a ordonné le maintien en détention.


Dès le 27 octobre 2017, Cédric R. qui devait faire l’objet d’une comparution immédiate avant qu’un renvoi ne soit demandé, avait reconnu s’être fait passer pour une victime de l’attaque commise le 13 novembre 2015 au Bataclan admettant avoir "franchi une limite impardonnable". 

On a toute une collection de vos déclarations qui sont assez hallucinantesChristophe Morgan, le président du tribunal

Cheveux courts, rasé de près, manteau sur le dos pendant toute l’audience, Cédric R. est revenu sur cet "engrenage" dans lequel il a été pris. Le 13 novembre 2015, il apprend sur les ondes et via les réseaux sociaux ce qu’il se passe du côté du boulevard Voltaire, dans le 11e arrondissement de Paris. Lui qui est alors dans les Yvelines, fonce sur place. En 30 minutes - contre les 50 nécessaires pour ce trajet, il arrive à destination. "Je voulais vraiment être là-bas pour porter assistance. Malgré la présentation de ma carte d’ambulancier, on ne m’a pas laissé passer", a-t-il expliqué ce vendredi au tribunal. 

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Bataclan : deux ans après

Il reste alors un bon moment sur les lieux du drame, auprès de rescapés, puis revient le lendemain et les jours d’après. Il discute avec des victimes, une notamment à qui il dit que lui aussi "il y était". Puis Cédric R. répond aux questions des journalistes, s’invente son scénario qu’il récite à de nombreux médias : celui d’un homme à la terrasse d’un café qui s’est retrouvé au milieu de tirs de kalachnikovs et qui, miraculeusement, n’a pas été blessé. Celui d’un homme "hanté" par l’image de cette femme enceinte qui a pris des balles à sa place et qui est décédée. Celui d’un homme qui s’en veut "de ne pas avoir appelé les flics tout de suite". "On a toute une collection de vos déclarations qui sont assez hallucinantes", a relevé le président  du tribunal, Christophe Morgan, à l’audience. 

"Crise d’angoisse" et "stress-post-traumatique"

Puis Cédric R. a participé à des "apéro-thérapies", à des réunions entre victimes, est allé aux Unités Médico-judiciaires à l’Hôtel Dieu, a fait une soirée chez lui en présence de rescapés, a été au concert des Eagles of Death Metals, organisé en février 2016 à l’Olympia, en hommage aux victimes... 


Le président du tribunal a rappelé que dans leurs rapports, les médecins qui l’ont examiné avaient noté "une perte de poids de 4 kilos", "un stress post-traumatique", "une détresse psychologique", des "crises d’angoisse répétées", des "insomnies" et lui ont prescrit une ITT de 30 jours ou plus ainsi qu’un arrêt maladie. 


Puis Cédric R. a été démasqué, après plusieurs incohérences et erreurs devenues preuves. La téléphonie a permis d’établir que le 13 novembre, lors des premiers tirs de kalachnikovs, Cédric R. n’était pas dans le 11e mais dans les Yvelines, à une trentaine de kilomètres de là. Par ailleurs, Cédric R. n’a jamais porté plainte, comme l’ont fait toutes les victimes… "Mais vous avez appelé à 18 reprises le Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI) et envoyé de nombreux courriers et mails pour être indemnisé", a insisté la procureure Corinne Moreau, qui avait requis deux ans de prison ferme à l’encontre du prévenu. Pour elle, c'est certain, le but était d'obtenir de l'argent en se faisant passer pour la 1645e victime parmi celles blessées ou choquées après les attentats commis à Paris et Saint-Denis. 

Je m’étais trop enfoncé dans mes mensonges, je ne pouvais pas m’en sortirCédric R.

Quand le président demande à Cédric R. pourquoi il a constitué un dossier auprès du Fonds de Garantie plutôt que de porter plainte à la police, ce dernier répond : "Pour moi, c’était le fonds de garantie qui officialisait le statut de victime". 


"Je m’étais trop enfoncé dans mes mensonges, je ne pouvais pas m’en sortir", a soutenu Cédric R. Le prévenu a juré que "jamais l’argent n’avait été son but". Il a expliqué qu’à cette époque il n’était "pas bien", qu’il était "au fond du gouffre", après une rupture amoureuse notamment et sans travail alors que ses trois frères ainés brillaient dans leur carrière d’ingénieurs expatriés. Auprès des "vraies victimes", il a indiqué avoir trouvé le "soutien", le "réconfort" et "la reconnaissance" qu’il cherchait. 

"Je me suis repenti pendant ce mois de détention, j’ai réfléchi en adulte, je regrette ce que j’ai fait, je suis vraiment désolé", a encore dit Cédric R. avant que le tribunal ne se retire délibérer précisant qu’il ne voulait qu’une chose "retourner vivre auprès de ses parents et se remettre à travailler, comme ambulancier", vocation trouvée après les attentats du 11 septembre 2001, qui l’avaient "marqué". 


Il devra patienter encore un peu. Ce vendredi soir, Cédric R. a regagné sa cellule à la maison d'arrêt de Bois d'Arcy après que le tribunal l'a condamné à 6 mois de prison ferme. 

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Les attentats du 13 novembre, deux ans après

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