Condamné pour non-dénonciation d'abus sexuels, le cardinal Barbarin annonce qu'il va remettre sa démission au pape

Justice

SILENCE COUPABLE - Trois heures après avoir été condamné par le tribunal de Lyon à une peine avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les agressions pédophiles d'un prêtre de son diocèse, le prélat a annoncé qu'il démissionnait. Ses avocats ont de leur côté fait part de leur intention de faire appel.

Entre le silence coupable et l'"erreur d'appréciation", la justice a tranché. Le cardinal Philippe Barbarin, qui incarne depuis trois ans en France la crise de l'Église face à la pédophilie, a été condamné ce jeudi par le tribunal de Lyon à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les abus sexuels d'un prêtre de son diocèse envers un mineur entre 2014 et 2015. Peu après cette annonce, ce dernier a annoncé qu'il allait remettre sa démission au pape. "Il me recevra dans quelques jours", a indiqué devant la presse l'archevêque de Lyon après avoir dit "prendre acte de la décision du tribunal". "Indépendamment de mon sort personnel, je tiens à redire toute ma compassion pour les victimes", a-t-il ajouté.

Dans la foulée de l'annonce de la condamnation, ses avocats avaient de leur côté annoncé qu'ils feraient appel. "La motivation du tribunal ne me convainc pas. Nous allons donc contester cette décision par toutes les voies de droit utiles", a indiqué Jean-Félix Luciani, en relevant qu'il "était difficile pour le tribunal de résister à une telle pression avec des documentaires, un film... Ça pose de vraies questions sur le respect de la Justice".

Pour rappel, le prélat, et les cinq autres accusés encouraient trois ans de prison et 45.000 euros d'amende. S'agissant de ces derniers, le tribunal a considéré que les faits étaient, selon les cas, soit pas constitués soit prescrits et n'a donc pas prononcé de condamnation à leur encontre.

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Pour Yves Sauvayre, l'un des avocats des parties civiles, "le souffle donné dans cette audience a eu des conséquences". "La responsabilité et la culpabilité du cardinal ont été consacrés par ce jugement. C'est un symbole extraordinaire. Une grande émotion historique", a-t-il relevé. L'un des plaignants, François Devaux, cofondateur de l'association de victimes La Parole libérée, a lui rapidement salué "une grande victoire pour la protection de l'enfance".  Et d'ajouter : "cette victoire envoie un signal très fort à beaucoup de victimes et leur permet de comprendre qu'elles sont entendues, écoutées et reconnues", a ajouté le cofondateur de l'association de victimes La Parole libérée, estimant qu'il s'agissait de "l'aboutissement d'un long parcours pour qu'émerge une prise de conscience".

L'audience, qui s'était tenue début janvier avait marqué les esprits. A l'issue des débats, la procureure Charlotte Trabut n'avait pas requis de peine à l'encontre de l'archevêque, ni des cinq anciens membres du diocèse poursuivis avec lui, tout en assurant de son impartialité. Une position délicate à tenir après les témoignages, crus et poignants, livrés à la barre par d'anciens scouts à l'origine de l'affaire. Mais un avis conforme à celui  déjà rendu par le parquet, qui avait classé sans suite une première enquête en 2016. 

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Soutenus par l'association de victimes "La Parole libérée", neuf hommes avaient d'abord accusé le père Bernard Preynat d'avoir abusé d'eux - des faits pour lesquels ce dernier n'a pas encore été jugé pour ces faits antérieurs à 1991 - avant de porter plainte contre ceux qui n'ont rien dit des agissements du prêtre. Faute de poursuites, ils ont lancé en 2017 une procédure de citation directe devant le tribunal, qui leur garantissait un procès pour la première fois depuis la révélation de l'affaire fin 2015. Les six mis en cause étaient poursuivis pour "non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans". Le cardinal Barbarin et Régine Maire, ancienne bénévole du diocèse de Lyon, étaient aussi poursuivis pour "omission de porter secours": on leur reprochait d'avoir laissé Preynat au contact d'enfants, dans l'exercice de ses fonctions, jusqu'en septembre 2015.

"Je n'ai jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles", avait assuré en janvier au tribunal le prélat de 68 ans, expliquant n'avoir appris les agressions reprochées au père Preynat qu'en 2014, quand une victime se confia à lui. Pour Me Jean Boudot cependant, le cardinal était au courant depuis 2010 au moins, date à laquelle il s'était entretenu avec le prêtre sur les "rumeurs" qui couraient à son sujet.

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