"C'est n'importe quoi" : la libération annoncée de 5000 détenus inquiète le personnel pénitentiaire

"C'est n'importe quoi" : la libération annoncée de 5000 détenus inquiète le personnel pénitentiaire

JUSTICE - La garde des Sceaux Nicole Belloubet a annoncé lundi aux organisations syndicales du ministère de la Justice qu'elle visait la libération de 5000 détenus, afin de désengorger les prisons face à la propagation du coronavirus. Une mesure qui fait polémique.

"De qui se moque-t-on ? Franchement, comme si c'était le moment !", "Libérer des milliers de détenus aujourd'hui, c'est n'importe quoi !". C'est peu dire que l'annonce faite par Nicole Belloubet lundi dernier aux syndicats du personnel pénitentiaire a suscité la grogne. Dans le cadre de la loi sur l'état d'urgence sanitaire, le ministère de la Justice a en effet présenté aux organisations représentatives des ordonnances de simplification permettant ces libérations. Une réunion à laquelle participaient notamment magistrats, greffiers, surveillants et éducateurs.

"Des ordonnances vont être prises permettant la libération anticipée des détenus en fin de peine. Ce qui permettra la libération d'environ 5000 détenus", a fait savoir mardi soir FO-Pénitentiaire, syndicat majoritaire chez le personnels exerçant en prison, rendant ainsi l'information publique. 

Toute l'info sur

Coronavirus : la pandémie qui bouleverse la planète

Les dernières informationsLes pays les plus touchés par le Covid-19

Lire aussi

"Pourquoi ne pas libérer tout le monde"

Les prisons françaises, qui souffrent de surpopulation chronique, comptent plus de 70.000 détenus pour quelque 61.000 places opérationnelles. "Le ministère de la Justice a ciblé les détenus dont les reliquats de peine sont inférieurs à deux mois. Les courtes peines", nous indique un représentant FO-Pénitentiaire ce mercredi. "Cela se fera ensuite selon l'appréciation des juges", poursuit-il, précisant cependant que l'aménagement de peine ne sera pas systématique. 

Sur quels critères les détenus seront-ils libérables ? "On ne sais pas dans le détail. Mais heureusement, on nous précise que détenus incarcérés pour des faits de terrorisme, de violences conjugales, de violences graves ou visés par des procédures criminelles sont exclus... Il ne manquerait plus que ça", ajoute-t-on chez FO Pénitentiaire. 

"Pourquoi ne pas libérer tout le monde en raison du coronavirus ?", se demandent, sarcastiques, plusieurs membres de différents syndicats pénitentiaires. "L'important pour nous, ça n'est pas de libérer des gens qui ont été condamnés et qui purgent leur peine. C'est d'équiper les agents pour les protéger", poursuit-on chez FO. "On nous avait promis des masques en quantité, 500 litres de gel hydro-alcoolique. Nous n'avons pas le gel. 100.000 masques ont été livrés lundi dans les prisons, mais on ne nous les a pas donnés. Ils attendent le pic...", ironise un représentant syndical.

La pose de bracelets électroniques suspendue

Le ministère de la Justice veut également simplifier les  libérations sous contrainte, qui permettent actuellement à certains détenus ayant purgé les deux tiers d'une peine de détention de moins de cinq ans d'achever le dernier tiers hors de prison. La pose des bracelets électroniques étant suspendue en raison de la pandémie, cette simplification ne pourrait se faire uniquement sous la forme de libérations conditionnelles. 

Ces derniers jours, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), le Défenseur des droits, des organisations syndicales ainsi que de nombreux magistrats et avocats ont appelé à libérer "massivement" et en "urgence" des détenus afin d'éviter une crise sanitaire et sécuritaire en prison. 

Lire aussi

Vendredi, Nicole Belloubet avait ouvert la voie à la libération anticipée de détenus malades et d'autres en fin de peine. La ministre a également donné instruction de ne pas mettre à exécution les courtes peines d'emprisonnement pour ne pas faire entrer de nouvelles personnes en prison. 

Depuis l'annonce mardi de la suspension des parloirs en raison de l'épidémie, une trentaine d'établissements pénitentiaires - sur 188 - ont été touchés par des incidents, parfois violents.  Selon nos informations, il y avait mardi sept cas avérés de Covid-19 parmi les personnes placées entre les mains de justice et 315 confinements. Quant au personnel pénitentiaire, il y avait, toujours mardi, 24 cas avérés et 595 personnes en quatorzaine et 52 autres dont la mise à l'isolement est désormais terminée.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Election US : Trump appelle ses partisans à "inverser" le résultat, Biden lui répond

"Un chagrin presque insupportable" : Meghan Markle évoque sa fausse couche dans une poignante tribune

CARTE - Confinement : regardez jusqu’où vous pourrez sortir autour de chez vous dès le 28 novembre

EN DIRECT - Mort de Maradona : une veillée funèbre au palais présidentiel argentin

"Papy et mamie dans la cuisine" à Noël : torrent d'indignation après le conseil du Pr Salomon

Lire et commenter