Coronavirus : 37 morts au sein de l'Ehpad de Mougins, enquête ouverte pour homicides involontaires

Coronavirus : 37 morts au sein de l'Ehpad de Mougins, enquête ouverte pour homicides involontaires
Justice

INVESTIGATIONS - Sur les 109 résidents de la Riviera, établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes situé à Mougins (Alpes-Maritimes), 37 sont décédés des suites d'une suspicion de Covid-19. Après avoir reçu plusieurs plaintes, le parquet de Grasse a ouvert une enquête préliminaire des chefs d'homicides involontaires et d'omission de porter secours à personnes en péril.

Dès la fin mars, plusieurs personnes avaient alerté sur la situation de cet établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes du sud de la France. Au fil des semaines, le nombre de mort à la Riviera, Ehpad appartenant au groupe Korian et situé à Mougins, à quelques kilomètres de Cannes dans les Alpes-Maritimes, n'a cessé d'augmenter. 

Sur les 109 résidents qui y étaient accueillis, "37 sont décédés des suites d'une suspicion au covid-19", a fait savoir le parquet de Grasse dans un communiqué lundi soir. "A la réception d'une plainte le 2 avril 2020, le parquet a alors ouvert une enquête des chefs d'homicides involontaires et d'omission de porter secours à personnes en péril". 

D'autres plaintes au fil des jours... et des décès

Très vite, d'autres familles de victimes se sont manifestées. "Quatre plaintes ont été déposées entre le 2 et le 10 avril auprès des services de gendarmerie. Est parvenue au parquet de Grasse le 14 avril une plainte de la mairie de Mougins. Enfin le 15 avril 2020, est également parvenue par courrier une plainte collective concernant quatre familles", détaille Fabienne Atzori, procureur de la République de Grasse. 

Odette Noyer était l'une des pensionnaires décédées à La Riviera. Elle venait de fêter ce printemps ses 94 ans. Son petit-fils Arnaud, partie prenante de la plainte déposée le 10 avril dernier pour "homicide involontaire, non-assistance à personne en danger et mise en danger d'autrui" avait exprimé sa colère il y a une dizaine de jours dans les médias dont l'AFP. "Le 24 mars, c'était son anniversaire. On n'a pas pu aller la voir. Mais ce qui me rend fou, c'est qu'elle soit morte dans son coin, comme un animal. Ils vont le payer très cher (...) Ma grand-mère était un modèle de sociabilité, on l'a laissée crever dans son coin dans des conditions aberrantes".

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Ancien ingénieur chez IBM, Jacques Petitgirard est mort, lui, le 29 mars à 87 ans. Catherine Guilleux, sa fille, a appris son décès par un texto des pompes funèbres : "On me demandait ma carte d'identité et l'autorisation de crémation. Mes yeux se sont écarquillés, je l'ai lu trois fois, je n'ai eu aucun coup de fil. C'est sans doute un concours de circonstances mais l'Ehpad n'avait pas appelé pour dire qu'il était souffrant".

Dans sa plainte déposée le 10 avril, Me Fabien Arakelian, qui représente plusieurs familles de défunts, avait listé les "lourds préjudices moraux" des plaignants. "Ils ont pris connaissance des décès tragiques de leur parents (...) dans des conditions aberrantes et dramatiques, sans pouvoir être à leurs côtés au moment de leur fin de vie douloureuse, et parfois même sans pouvoir leur rendre un dernier hommage".

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Pour tenter de trouver des réponses aux nombreuses questions que se posent les plaignants, trois services d'enquête sont mobilisés pour faire toute la lumière sur les événements qui se sont déroulés derrière les murs de cet établissement. 

Ainsi, la Brigade de recherches de Cannes, la Section de recherches de Marseille et l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) ont été chargés des investigations. "L'enquête se poursuit notamment à l'effet d'identifier les violations éventuelles aux obligations de sécurité et de prudence et d'établir la relation avec les décès constatés", conclut la magistrate Fabienne Atzori dans son communiqué.

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