Coronavirus : comment les prisons se préparent à l'arrivée du virus ?

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Coronavirus : la pandémie qui inquiète la planète

MESURES SANITAIRES - Lieu de confinement par excellence, les prisons pourraient ne pas être épargnées par le coronavirus, alors que l'épidémie gagne chaque jour du terrain. Les autorités ont déjà pris des mesures pour limiter la propagation du virus.

Alors que l'épidémie gagne chaque jour un peu plus de terrain et que les cas se multiplient partout en France, les personnels de l'administration pénitentiaire s'interrogent. Dans une lettre adressée à leur ministre de tutelle, Nicole Belloubet, le syndicat Ufap-Unsa Justice demande des consignes claires et veut savoir ce qui est prévu pour les personnels qui seraient touchés par le Covid-19. 

Des syndicats pénitentiaires demandent des mesures sanitaires

Dans cette missive, les personnels demandent notamment que des "dispositions soient prises afin que chaque personnel et chaque structure soient destinataires de modes opératoires précis et disposent de matériel adapté et de locaux spécialement désignés pour parer à toute urgence sanitaires". Ils posent également la question de la gestion administrative du personnel qui serait amené à être placé en quarantaine et/ou contaminé et la prise en charge des parents et enfants dans cette éventualité. 

Un autre syndicat, FO-Pénitentiaire, a lui aussi, fait part de ses craintes face au coronavirus et s'interroge sur la capacité de réaction de l'administration pénitentiaire pour endiguer la progression du virus. Dans une lettre ouverte, le syndicat pointait la situation de certains personnels amenés à faire des missions à l'étranger. "La semaine dernière, une escorte de 3 agents ont effectué une extradition en Italie, à Milan, région d'un foyer actif (...) Malgré ce voyage, ils n'ont eu aucun suivi de la part de notre administration et continuent leur mission sans prise en charge particulière", lit-on dans une lettre adressée à Stéphane Bredin, directeur de l'administration pénitentiaire. 

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Prévoir l'isolement des cas positifs de coronavirus

Sur le terrain, qu'en est-il après l'envoi de ces lettres ? Plusieurs notes ont été adressées aux responsables dont une suite au passage au stade 2, en début de semaine. "Désormais, les choses sont plus cadrées en cas de détention, pour la population pénale et en ce qui concerne la détection sur les personnes", explique Wilfried Fonck, secrétaire national du syndicat Ufap-Unsa Justice. 

Même son de cloche du côté de FO-Pénitentiaire. "L'administration prend le sujet très au sérieux", souffle Erwan Saoudi, délégué FO-Pénitentiaire, au sortir d'une réunion sur le sujet. Alors que l'arrivée du virus semble inéluctable, il faut prévoir et anticiper. "On part dans l'idée qu'il y aura une propagation du virus. On travaillera sur des seuils, dix malades, vingt malades, et on s'adaptera", explique-t-il. L'adaptation ont d'ores et déjà commencé. "Dans ce milieu clos, cela peut aller très vite avec la promiscuité, l'enfermement. Cela favorise la dispersion du virus", nous dit ce dernier. 

A Fresnes, en région parisienne, "une partie du quartier 'arrivants' a été libérée pour anticiper une éventuelle quatorzaine. Une mesure d'anticipation à saluer", insiste le syndicat. "Il y a au moins un chef d'établissement qui prend une cette initiative pour organiser sa détention de façon différente. Il ne faut pas attendre que la difficulté arrive pour agir, dans ce cas-là", dit-il, soulagé. Erwan Saoudi abonde en ce sens : "Dans chaque structure, on va isoler les cas positifs lorsqu'ils seront avérés. On est en train de trouver les cellules en dehors du reste de la détention pour les mettre à l'écart, en cellule individuelle. Mais on ne pourra pas le faire pour la moitié de la population carcérale, on va manquer de place", prévient-il. 

Accès au numéro vert depuis la prison, fourniture de savon et javel dans les cellules ...

Si pour l'heure, les suspicions de cas ont toutes été levées concernant la population pénale, la crainte demeure, notamment en ce qui concerne les nouveaux arrivants, points d'entrée possibles du virus dans ces structures closes : "pour eux, il n'y a pas de test, c'est en fonction du parcours de l'individu, d'où il vient et la région dans laquelle on se trouve", explique Wilfried Fonck. De la même manière, pour les parloirs, il n'y a pas de disposition particulière. "On sera vigilant et on compte sur le civisme des visiteurs, qu'ils ne viennent pas s'ils sont malades ou contaminés", indique Wilfried Fonck. 

"Les prisons ne sont plus aussi fermées qu'avant", analyse Erwan Saoudi. "Il y a les points d'accès au droit, le personnel médical, scolaire, les activités religieuses... L'idée c’est qu'au fur et à mesure de la contagion, on puisse arrêter ces flux entrants, si on est en cas d'épidémie très forte, voire la suspension, des parloirs familles", dit-il. Par mesure de protection, les agents pénitentiaires seront équipés de matériel : les stocks sont en train d'être faits ou déjà en place, nous dit-on. 

En revanche, la commande de gel hydroalcoolique a été bloquée : l'entreprise destinataire de sa commande n'a pu être en mesure de l'honorer. Un autre prestataire est donc envisagé d'autant que celui-ci doit être installé dans les coursives pour permettre aux agents et aux détenus de pouvoir se désinfecter les mains. Le port du masque FPP2 sera lui, obligatoire en présence d'un cas confirmé. 

A l'intérieur des établissements, une campagne d'affichage a déjà commencé, afin de permettre aux détenus d'être eux aussi, informés "sur les gestes barrières". "Nous avons demandé qu'un accès au numéro vert soit possible, pour les détenus", nous dit Erwan Saoudi. L'objectif ? Rassurer et répondre aux questions des détenus sur le sujet. De plus, chaque cellule pourra avoir accès à du savon, du désinfectant et de l'eau de javel diluée. "On nous a dit de ne pas regarder à la dépense. Ceux qui ne pourront cantiner, y auront accès gratuitement", explique ce professionnel. 

La crainte du manque de moyens pour protéger les agents

Pour certains professionnels pénitentiaires, "la plus grosse crainte est que l’administration ne mette pas les moyens suffisants pour protéger les personnels", et que certains agents contaminent leurs propres familles. "On gère les hépatites, la tuberculose ou d'autres maladies comme la gale, les puces et autres parasites. On vit au quotidien avec ce type de maladies. Là, cela prend une autre coloration, c'est un sujet connu, médiatique. Nos personnels sont déjà exposés et il faut que les chefs d'établissements s'approprient les mesures et qu'on soit aidés logistiquement pour anticiper. Notre crainte, c'est réellement le manque d'anticipation et de transparence", affirme Wilfried Fonck. 

Mais se pose aussi la question des transferts à l'étranger en cas d'extradition. "Ces transferts continuent mais sans disposer de ce matériel", détaille le secrétaire national du syndicat Ufap-Unsa. En cas de mise en quatorzaine de certains agents, la question de leur remplacement pose là encore un problème. "On aura recours à un rappel d'agents et aux heures supplémentaires. Cela ne fera qu'accentuer le phénomène que l'on a déjà en place", explique Wilfried Fonck. Pour FO, certains établissements pourraient fonctionner "en mode dégradé", a minima, comme cela a été le cas lors de la précédente grève des transports. 

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