Cyberharcèlement contre la journaliste Nadia Daam : cinq mois de sursis contre un étudiant en philosophie

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CONDAMNATION - Un étudiant en philosophie qui avait harcelé la journaliste Nadia Daam sur internet après une chronique qui lui avait déplu a été condamné mercredi 20 mars à cinq mois de prison avec sursis et 2500 euros pour préjudice moral.

La sanction est tombée. Pour avoir harcelé la journaliste Nadia Daam suite à une chronique à la radio, un étudiant rennais en philosophie a écopé d’une peine de cinq mois de prison avec sursis et 2500 euros pour préjudice moral. Une sanction plutôt "clémente" puisque le parquet avait requis six mois de prison avec sursis et 7500 euros d'amende. Jugé pour "menace de crime contre les personnes matérialisée par écrit, image ou autre objet", le jeune homme a été relaxé pour menace de mort mais déclaré coupable de menace de crime (viol) envers la fille de la victime.


Mercredi soir, un malaise s'est installé au tribunal correctionnel de Rennes quand le président a lu le long message posté sur le forum Blabla 18/25 du site jeuxvideo.com. Parmi les termes orduriers, grossiers et menaçants écrits en novembre 2017 par cet étudiant de 27 ans qui s'apprête à passer l'agrégation de philosophie, ceux-ci : "J'aimerais baiser son cadavre pendant que son mec regarde." Abject, le texte comportait également des menaces de viol envers la fille de la journaliste.

Défense peu convaincante

L'origine de ces propos ? Une chronique de la journaliste Nadia Daam sur Europe 1 qui qualifiait le sulfureux forum de "poubelle à déchets non recyclables d'internet". En effet, une virulente campagne menée sur le forum avait été lancée à l'encontre de deux militants féministes, Clara Gonzales et Elliot Lepers, obligeant ces derniers à désactiver la ligne téléphonique "anti-relou" qu'ils avaient créée pour décourager les auteurs de harcèlement.

Il s'agissait d'une mise en scène, d'une construction fantasmatiqueLe prévenu

Cette chronique "a déclenché une forte émotion. Je me suis senti attaqué et sujet à une haine de classe que j'ai trouvée inadmissible sur le coup", a expliqué le prévenu avec aplomb, teint pâle et blouson en cuir, qui a reconnu être l'auteur du texte. "Il s'agissait d'une mise en scène, d'une construction fantasmatique, parfaitement artificielle, et j'incarnais ce déchet non recyclable en le poussant à l'extrême", a-t-il ajouté à la barre, citant Rabelais.


Interrogé par le président Marc de Cathelineau sur d'éventuels regrets, le prévenu, au casier vierge, a estimé qu'il aurait dû donner "une forme plus euphémisée, plus construite et rationnelle que ce j'ai pu écrire là".

Une femme touchée

Très émue, la journaliste de 40 ans, qui travaille désormais uniquement sur Arte, a rappelé à la barre le calvaire subi après ce "raid numérique" qui l'a contrainte à déménager ou encore à changer sa fille de collège. "Il parle de fantasme et de virtuel, ce n'est pas vrai, il connaissait mon existence, celle de ma fille. Ce n'est pas de la fiction et ce n'est pas une démarche littéraire ! Je suis sidérée par cette ligne de défense", a-t-elle dit.


Questionnée par le ministère public sur les conséquences sur sa vie professionnelle, la journaliste a expliqué avoir été contrainte d'abandonner peu à peu ses chroniques qui pouvaient avoir un ton humoristique.


Le procureur Jean-Pierre Ollivaux a confié son inquiétude à l'encontre du prévenu qui souhaite devenir enseignant, demandant comme peine complémentaire une interdiction pendant dix ans d'un contact habituel avec des mineurs, ce qui n'a pas été retenu par le juge.

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