Cyberharceleurs : (enfin) la fin de l'impunité ?

Cyberharceleurs : (enfin) la fin de l'impunité ?

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JUSTICE - Nadia Daam d’abord, Nikita Bellucci ensuite. En cette semaine du 1er juillet, deux victimes de cyberharcèlement ont trouvé gain de cause auprès des tribunaux. En matière de harcèlement ciblé en ligne, en a-t-on pour autant terminé avec l’impunité ?

Trois condamnations en quatre jours, dont une peine de prison ferme. Cette semaine du 1er juillet, les faits de cyberharcèlement semblent avoir, plus qu’à l’accoutumée, occupé les tribunaux correctionnels. Habituellement cantonnés à des classements sans suite faute de percée derrière l’adresse IP, quelques dossiers sont dernièrement sortis du lot, laissant présager, pourquoi pas, la fin d’une longue impunité.


Mardi 3 juillet, d’abord, se tient à Paris l’affaire Nadia Daam, acte I. Les deux prévenus sont poursuivis respectivement pour menace de mort et menace de commettre un crime (en l’occurrence un viol) sur la journaliste et chroniqueuse. Du bout des lèvres, ils formulent quelques excuses. Le plus âgé des deux - 35 ans, assidu membre d’un forum dédié aux 18-25 ans sur jeuxvideo.com— ne semble guère y croire. "Tout cela a eu des conséquences sur la vie de Nadia Daam et surtout sur la mienne" répète-t-il à la barre, sous le regard consterné de son avocat. Résultat : six mois d’emprisonnement avec sursis et 2000 euros de dommages et intérêts chacun. 

Le 2e acte a lieu vendredi. A vrai dire, personne ne s’attendait à un retour de bâton aussi rapide, même si les habitués des réseaux sociaux ont très vite vu surgir, sur Twitter, cette capture d’écran d’un texte violent au possible, menaçant explicitement Nadia Daam de mort, initialement publié sur le fameux forum quelques heures après l’issue du premier procès. "Si nous n’arrivons pas à l’avoir, il faudra s’attaquer à sa famille", écrit entre autres un internaute. Hélas pour ce prévenu d’une vingtaine d’années, une plainte est déposée, son identité retrouvée et l’affaire amenée au pas de charge en comparution immédiate au TGI de Bobigny. Au procès, il se dit "pitoyable", indique qu’il souhaitait simplement "faire rire". Visiblement, le tribunal ne partage pas son humour et le condamne à six mois de prison avec sursis, 180 heures de travaux d’intérêt général et 5000 euros de dommages et intérêts. 


Au même moment, à Nanterre, se joue un spectacle similaire. Cette fois, le prévenu, poursuivi pour faits de harcèlement sexuel et menace de crime, s’en est pris à Nikita Bellucci, ancienne actrice porno. Pour les experts psychiatres qui l’examinent, ce trentenaire chétif montre « des troubles du comportement sur fond d’épilepsie », mais demeure pénalement responsable. Il explique les insultes et menaces insensées dont il est l’auteur par "une réponse à un tweet qui a dégénéré". Et, même poussé dans ce sens par son avocate, ne parvient pas à reconnaître la gravité de ses propos, "parce que c’était sur un internet". Devant son incapacité à l’introspection, le tribunal prononce une peine de 18 mois d’emprisonnement dont 15 mois en sursis : soit trois mois de prison ferme. Le prévenu est reparti menotté de l'audience. Direction la prison.  

"Un message fort est envoyé. Il faut que la peur change de camp"Eric Morain, l’avocat de Nadia Daam et Nikita Bellucci

La donne aurait-elle changé pour les victimes de cyberharcèlement ? Les menaces de mort, menaces de viol, injures répétées sur les réseaux sociaux - déjà sanctionnées par la loi - vont-elles désormais trouver un véritable écho dans les prétoires ? La chroniqueuse Nadia Daam et l’ancienne actrice Nikita Bellucci pourraient bien avoir endossé le rôle de pionnières. Pour le vérifier, il faudra attendre. Déterminer si, dans les semaines, les mois à venir, la rapidité d’intervention et les sanctions sont toujours au rendez-vous. En attendant, ce qui est certain, c’est que cette semaine à elle seule laisse entrevoir un espoir de changement. Eric Morain, l’avocat qui a plaidé du côté des victimes dans ces deux dossiers de cyberharcèlement, en défendant Nadia Daam et Nikita Bellucci, exprime ainsi auprès de LCI : "Un message fort est envoyé. Il faut que la peur change de camp. C’est une semaine à marquer d’une pierre blanche. En matière de cyberharcèlement, il y aura peut-être un avant et un après cette semaine."

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