Le procès du Mediator, suspendu en raison du coronavirus, a repris ce mardi

Le procès du Mediator, suspendu en raison du coronavirus, a repris ce mardi
Justice

JUSTICE - Le procès Mediator, dont l'audience avait été renvoyée en raison du Covid-19, a repris mardi 2 juin. Onze personnes morales et douze personnes physiques sont jugées notamment pour tromperie aggravée et homicides et blessures involontaires.

Interrompu en raison de la crise du coronavirus, le procès-fleuve du scandale sanitaire du Mediator, un médicament des laboratoires Servier tenu pour responsable de centaines de morts, a repris mardi 2 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. Ouvert le 23 septembre, le procès avait été suspendu le 16 mars, à moins de sept semaines de son terme. L'audience a repris à 10h avec l'examen d'au moins une demande de renvoi en lien avec le contexte épidémique. 

Onze personnes morales et douze personnes physiques - âgées toutes de plus de 65 ans - comparaissent devant le tribunal. Quelque 2.600 victimes, avec ou sans séquelles corporelles, s'étaient constituées parties civiles avant l'ouverture des débats. 

Aménagements spécifiques

La salle d'audience a été réaménagée avec un siège sur deux inutilisable pour faire respecter les règles de distanciation sociale et limiter le nombre de personnes présentes. Le port du masque n'est pas obligatoire mais  recommandé. Des mesures jugées insuffisantes par l'association d'aide aux victimes des accidents de médicaments (AAAVAM), partie civile, qui sollicite un nouveau report de ce procès "à risque".

"Je suis effrayé à l'idée que nous puissions être réunis", craint de son côté Alain Fraitag, avocat de l'AAAVAM. "Nous serons une centaine dans la salle. Je n'ai pas l'impression que l'audience puisse se tenir dans une ambiance normale pour une justice sereine". Un point qui divise les parties civiles. "Aucun renvoi ne sera toléré", a soutenu de son côté Charles Joseph-Oudin, avocat de quelque 250 parties civiles. "Les victimes attendent depuis des années, il faut que ça se termine", a-t-il déclaré à l'AFP. 

Un médicament utilisé par 5 millions de personnes

Le procès se tient dix ans après la révélation de ce scandale sanitaire par la pneumologue de Brest Irène Frachon. Une question centrale a animé les débats : comment ce médicament, présenté comme un antidiabétique mais largement détourné comme coupe-faim, a-t-il pu être prescrit pendant 33 ans malgré les alertes répétées sur sa dangerosité ? Utilisé par cinq millions de personnes, le Mediator est à l'origine de graves lésions des valves cardiaques (valvulopathies) et d'hypertension artérielle pulmonaire (HTAP),  pathologie rare et mortelle. 

Les laboratoires Servier sont accusés d'avoir sciemment dissimulé les propriétés anorexigènes et les dangereux effets secondaires du Mediator, qui sera remboursé au taux plein de 65%, malgré une efficacité discutable sur le diabète, jusqu'à son retrait du marché en novembre 2009.  Le groupe pharmaceutique, qui est notamment poursuivi pour "tromperie aggravée", "escroquerie" et "homicides et blessures involontaires", s'en est inlassablement défendu, mettant en avant "l'absence de signal de risque identifié avant 2009". 

Vingt journées d'audience sont encore prévues. Le tribunal doit entendre l'ancienne sénatrice Marie-Thérèse Hermange, accusée d'avoir modifié un rapport sur le Mediator après une "visite clandestine" au Sénat d'un conseiller du groupe Servier et ex-directeur général de l'Inserm, Claude Griscelli. 

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