"Désolé pour ma 'violence'"... Des SMS mettent à mal la défense de Tariq Ramadan

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Justice

VIOL - Le théologien suisse, incarcéré suite à des accusations de viol qu'il conteste, a vu sa demande de remise en liberté rejetée pour la troisième fois ce mercredi. Sa version des faits est sévèrement mise en doute par des SMS versés au dossier.

Tariq Ramadan devra encore attendre pour espérer sortir de prison. Ce mercredi, les juges instruisant l'affaire dans laquelle il est accusé de deux viols ont rejeté sa demande de mise en liberté. Une décision qui doit être encore confirmée par un juge des libertés, mais les SMS récemment versés au dossier par les magistrats laissent peu d'espoir à l'intellectuel musulman d'obtenir sa libération, indique l'AFP. 

Les trois juges d'instruction ont reçu, ce mardi, les résultats d'une expertise informatique ordonnée en avril dernier. Elle concernait les téléphones et le matériel informatiques de Tariq Ramadan et des deux plaignantes. Selon l'AFP, ces 399 SMS échangés avec "Christelle", en l'espace de quatre mois, au cours de l'année 2009, contredisent sévèrement la version des faits qu'il défendait jusque-là : il niait toute relation sexuelle avec ces deux femmes. 

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Désolé pour ma 'violence'- Tariq Ramadan à "Christelle", dans un SMS

Le 18 septembre dernier, pendant huit heures, Ramadan et l'une des plaignantes, "Christelle" ont été confrontés. Ramadan avait évoqué un simple "jeu de séduction" et expliquait n'avoir bu qu'un verre avec cette "mythomane" au bar de l'hôtel. Mais les SMS exhumés du vieux téléphone de "Christelle" témoignent au contraire d'un premier rendez-vous planifié et explicite sur son objectif.

 Dans les messages, Tariq Ramadan y détaillait à l'avance ses fantasmes sexuels violents et dominateurs, qui concordent avec la description du viol faite par "Christelle" aux enquêteurs. "Désolé pour ma 'violence'", lui dit-il le lendemain dans un de ses 255 messages. "Tu n'as pas aimé... je suis désolé", écrit-il plus tard.

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Pour l'avocat de Tariq Ramadan, les messages ne prouvent pas le viol

En revanche, l'horodatage des 144 SMS envoyés par "Christelle", n'a pu être retrouvé. Charge aux enquêteurs de reconstituer le fil des conversations entre elle et Ramadan. Dans un de ces messages non-datés, "Christelle" écrit "tu m'as manqué dès que j'ai passé la porte" et dans un autre "si je passais un mauvais moment je serais partie". Dans d'autres SMS, il est question des menaces et de certains contacts que "Christelle" a pu nouer à cette période avec des adversaires de Tariq Ramadan. Pour l'avocat de "Christelle", Me Morain, ces SMS sont "un tournant majeur". 

"C'est le système Ramadan qui est mis au jour", a-t-il réagi. "La relation sexuelle était annoncée, il n'y a pas de surprise, mais on voit bien qu'elle a été pour partie non consentie", a-t-il estimé auprès de l'AFP, dénonçant les "calomnies" et les "insultes" contre sa cliente depuis un an. Une version contestée par Me Marsigny, l'avocat du théologien : "La vraie question est de savoir s'il y a eu viol et ces messages de la partie civile disent clairement non", a-t-il commenté.

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Fin janvier, Tariq Ramadan avait refusé de répondre aux questions sur sa sexualité en garde à vue. En juin, il avait reconnu pour la première fois devant les juges, des relations extraconjugales consenties et des "rapports fougueux, de domination" avec d'anciennes maîtresses. Il avait alors admis des relations avec une troisième femme ayant porté plainte, en mars. Il n'est pas mis en examen à ce jour dans ce volet, l'interrogatoire ayant été reporté dans l'attente d'investigations en cours.

Pour autant, il a été mis en examen le 2 février dernier, pour "viol" et "viol sur personne vulnérable", en France. En Suisse, il est également visé par une instruction pour viol, ouverte mi-septembre à Genève après une plainte d'une femme déposée en avril. Tariq Ramadan est détenu à l'hôpital pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne), en raison de sa sclérose en plaques, dont le traitement a été jugé compatible avec sa détention.

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