Disparition d'Estelle Mouzin : comment l'enquête a abouti, dix-sept ans après, à Michel Fourniret

Affaire Estelle Mouzin : Monique Olivier passe aux aveux

DISPARITION - Lors de son audition cette semaine, Monique Olivier a accusé son ex-mari, Michel Fourniret, d'avoir sequestré, violé et tué Estelle Mouzin dans une maison familiale des Ardennes. Énième rebondissement dans une enquête au long cours qui a connu un tournant décisif en mars 2020. Voici comment les enquêteurs ont pu établir un lien entre la fillette et le tueur en série.

La disparition en janvier 2003 d'Estelle Mouzin, une fillette de 9 ans, est l'une des plus grandes intrigues criminelles de ces vingt dernières années. Depuis, de nombreuses pistes ont été explorées, jusqu'à celle du tueur en série Michel Fourniret connu pour ses rapts de jeunes filles à travers la France et la Belgique. La piste de l'"ogre des Ardennes" avait été évoquée dès juin 2003, seulement six mois après la disparition d'Estelle. Mais il a fallu attendre mars 2020 pour que Michel Fourniret et son ex-femme Monique Olivier reconnaissent finalement leur implication. Des aveux qui ont conduit à des fouilles sans succès, en juin, à Ville-sur-Lumes, pour tenter de retrouver le corps de la fillette, jusqu'à l'audition de Monique Olivier, cette semaine, accusant son ex-époux d'avoir séquestré, violé et tué Estelle Mouzin dans les Ardennes. Retour sur les dates clé de cette incroyable affaire. 

9 janvier 2003, la disparition

L'affaire commence le jeudi 9 janvier 2003 à Guermantes, une commune résidentielle de Seine-et-Marne, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Paris. Comme à son habitude, la jeune fille âgée de 9 ans quitte l'école primaire pour rejoindre à pied la maison de sa mère. Il fait déjà nuit à cette époque de l'année et la météo est exécrable. De retour de son travail, sa mère s'étonne de l'absence d'Estelle et pense qu'elle regarde la télévision chez une copine. Mais non. Estelle a été vue pour la dernière fois par une passante vers 18h15 devant la boulangerie, à 750 m de son domicile. La mère signale la disparition d'Estelle au commissariat le soir même et prévient immédiatement le père de la jeune fille, dont elle est séparée. 

14 janvier 2003, perquisition de 350 habitations

La disparition d'Estelle Mouzin prend une ampleur médiatique considérable et son avis de recherche est placardé partout. La thèse de la fugue est rapidement écartée et le lendemain, le parquet de Meaux ouvre une information judiciaire pour enlèvement et séquestration. Des plongeurs sondent différents plans d'eau de la région. Le 14 janvier, la justice ordonne la perquisition de plus de 300 maisons de Guermantes et tous les emplois du temps des habitants sont passés au crible. Malheureusement, sans résultat. Au mois de mars, des militaires sont déployés pour passer les forêts environnantes au peigne fin. Malgré les moyens déployés, la petite Estelle reste introuvable. 

26 juin 2003, arrestation de Fourniret

En juin 2003, Michel Fourniret se trouve en Belgique. Alors qu'il tente d'enlever une jeune fille de 13 ans, cette dernière réussit à s'échapper de sa camionnette, fuite qui mène à l'arrestation du prédateur. En collaboration avec la police française, les enquêteurs belges remontent le parcours macabre du pédocriminel et la disparition d'Estelle Mouzin, quelques mois plus tôt, attire alors leur attention. Mais l'implication de Fourniret est écartée en raison d'un alibi. L'étude des fadettes démontre que le 9 janvier 2003, Michel Fourniret avait téléphoné à son fils depuis son poste fixe de Sart-Custinne, pour lui souhaiter son anniversaire à 20h08. 

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18 juin 2007, la lettre de Fourniret

Cinq après son arrestation en Belgique et désormais emprisonné en France, Michel Fourniret adresse une lettre manuscrite au président de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Reims le 18 juin 2007. Il y demande à être entendu dans le cadre de l’affaire Mouzin. S'il ne reconnaît pas sa culpabilité dans la disparition d'Estelle, il demande aussi à rencontrer ses parents. Sans surprise, cette requête est rejetée par la justice qui pense à une tentative de manipulation sadique de "l'ogre des Ardennes". 

31 janvier 2008, des os retrouvés

Mois après mois, année après année, l'enquête sur la disparition d'Estelle piétine. Aucune des pistes poursuivies ne donne de résultat. Toutes les investigations restent vaines. Mais en 2008, les enquêteurs croient en une nouvelle hypothèse : sur la base d'un témoignage d'un des employés d'un restaurant chinois de Brie-Comte-Robert (situé à 25 km de Guermantes), des ouvriers auraient découvert en juillet 2007 le squelette d'une jeune fille lors de travaux. Ces derniers auraient alors coulé une dalle en béton par dessus. Le 31 janvier, le sol du restaurant est cassé au marteau-piqueur et des ossements sont effectivement découverts. Toutefois, il s'agira d'os de chien et de mouton, signant là un nouvel échec.

Janvier 2010, la justice relance l'affaire

Les enquêteurs refusent de rester sur ces échecs successifs et, grâce à la pression des parents, décident de relancer l'enquête en 2010 en publiant un nouvel appel à témoin avec un portrait vieilli de la jeune fille. Elle serait alors âgée de 16 ans. L'année d'avant, en 2015, la justice a notamment pensé à la piste d'un réseau pédocriminel après que des policiers ont cru reconnaître le visage d'Estelle sur un site internet pédophile estonien. L'enquête montrera qu'il ne s'agit pas d'elle.

Octobre 2014, résultats ADN non concluants

Les avocats de la famille Mouzin ont toujours refusé d'enterrer la piste Fourniret. En 2010, déjà, ils avaient demandé à la justice d'expertiser trois scellés provenant du dossier Fourniret contenant des morceaux de lacets et de gants récupérés par les policiers belges après l'arrestation du criminel. La petite fille possédait des bottes blanches à lacets et des gants noirs au moment de sa disparition. Malheureusement, en octobre 2014, un laboratoire rend son expertise définitive sur les nombreuses traces ADN - cheveux, poils, etc. - retrouvés dans la fourgonnette avec laquelle Fourniret commettait ses rapts. Douche froide : aucun élément d'ADN d'Estelle Mouzin n'est relevé. 

9 janvier 2018, plainte pour faute lourde

Las du piétinement de l'enquête, le père d'Estelle annonce, le 9 janvier 2018, son intention d'attaquer l'État pour faute lourde dans le dossier non-résolu de la disparition de sa fille, 15 ans auparavant. Parmi les manquements relevés, les avocats de la famille Mouzin ne croient pas à l'alibi de l'appel, fourni Michel Fourniret. Il n'entretenait aucun lien avec son fils et il aurait pu utiliser un déviateur d’appels téléphoniques pour faire croire à sa présence en Belgique le 9 janvier 2003. En mars 2018, la justice décide de se pencher sur la possible implication de Fourniret et des fouilles sont effectuées dans les Yvelines au domicile de Monique Olivier, ex-femme et complice du pédocriminel. Malheureusement, sans résultat. 

14 mars 2019, "un sujet à creuser"

Bien qu'il ait toujours nié son implication dans la disparition d'Estelle, Michel Fourniret semble s'amuser de l'intérêt que les enquêteurs lui portent dans cette histoire. Interrogé par une juge d'instruction parisienne Sabine Khéris le 14 mars 2019, il explique que l'affaire Mouzin est "un sujet à creuser". Un sous-entendu macabre quand on sait que le criminel a enterré plusieurs de ses petites victimes. En juillet 2019, le dossier Mouzin est transféré à Paris, ce qui permettra d'accélérer l'enquête. Le 21 novembre 2019, Monique Olivier ne soutient plus l'alibi de son ex-mari à propos de l'appel téléphonique depuis la Belgique. Devant le faisceau d'indices accablant, Michel Fourniret est mis en examen pour enlèvement et séquestration suivis de mort. 

6 mars 2020, l'aveu du couple

La piste Fourniret se confirme le 6 mars 2020, lorsque ce dernier reconnaît les faits devant la juge d'instruction Sabine Khéris. Quelques jours auparavant, Monique Olivier a expliqué qu'elle était à l'origine du coup de téléphone à leur enfant et que son mari avait déjà effectué des repérages avec son véhicule avant d'enlever la petite Estelle Mouzin. Des indications qui ont conduit la justice à des fouilles, en juin 2020, dans les demeures familiales de Ville-sur-Lumes et de Donchery. Le corps de la petite fille reste toutefois introuvable à ce jour. 

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