Disparition d'Estelle Mouzin : pourquoi les enquêteurs ont-ils fouillé le château des Fourniret ?

Disparition d'Estelle Mouzin : pourquoi les enquêteurs ont-ils fouillé le château des Fourniret ?
Justice

POLICE – Au lendemain des recherches dans la maison de la sœur de Michel Fourniret à Ville-sur-Lumes (Ardennes), les enquêteurs ont entamé ce mardi matin de nouvelles fouilles non loin, au Château de Sautou, où avait vécu deux ans le "couple diabolique", et où ils espèrent retrouver le corps d'Estelle Mouzin.

Une longue allée au milieu de grands sapins qui mène au Château de Sautou, dans les Ardennes. C'est dans cette immense propriété à la façade ocre, au toit en ardoises grises, que les gendarmes ont repris ce mardi matin les opérations de fouilles pour tenter de retrouver le corps d'Estelle Mouzin.  

Lundi 22 juin, les enquêteurs avaient fouillé la maison de la sœur du tueur en série, à Ville-sur-Lumes, près de Charleville-Mézières. Michel Fourniret y avait vécu quelques temps peu après la disparition de la petite fille à Guermantes le 9 janvier 2003.  Aucune découverte majeure n'ayant été faite dans cette maison, les enquêteurs ont comme prévu pris le chemin du château qui pourrait cacher de nouveaux secrets macabres. 

Une propriété isolée qui a déjà révélé de macabres secrets

Aux alentours de 8h, des gendarmes de l'institut de recherche criminelle de la gendarmerie sont arrivés, avec un camion de la brigade fluviale, aux abords de ce domaine situé sur la commune de Donchery. Sur place également, Sabine Kheris, la juge d'instruction parisienne. 

C'est dans cette propriété isolée de quinze hectares qu'avaient été retrouvés en 2004 les corps d'une jeune fille de 12 ans et d'une jeune femme de 22 ans, sur l'indication du tueur en série. C'est en effet Michel Fourniret lui-même qui avait guidé les enquêteurs, il y a 16 ans maintenant, jusqu'aux cadavres de deux de ses victimes. 

Disparue à la gare de Charleville-Mézières le 18 mars 1989, Jeanne-Marie Desramault, 22 ans a été retrouvée en juillet 2004 dans une fosse de trois mètres de profondeur, creusée par Michel Fourniret à l'aide d'une tractopelle dans les terres du château de Sautou. Le tueur en série, qui avait rencontré la jeune femme étudiante en BTS dans un train entre Paris et Charleville-Mézières, l'avait attirée chez lui après avoir sympathisé, avec l'aide de sa femme Monique Olivier. Il avait tenté de la violer avant de la tuer en l'étranglant.

Disparue à Saint-Servais près de Namur en Belgique la même année,  Élisabeth Brichet, 12 ans, a connu le même destin  à quelques mois d'intervalle. Le 20 décembre 1989, la pré-adolescente n'était pas rentrée d'une visite chez une de ses amies. Tombée entre les mains de Michel Fourniret, elle avait d'abord été conduite à Floing, près de Sedan, au domicile du couple. Là, elle y avait été attachée puis enivrée avant que Michel Fourniret tente, en vain, d'abuser d'elle.

L'enfant sera ensuite amenée au château de Sautou par le couple où, là encore, Fourniret tentera de la violer. Après avoir tenté d'étouffer Élisabeth Brichet avec un sachet de plastique, il l'étranglera et  déposera son corps dans un congélateur avant de l'enterrer dans une fosse de 3 mètres, également à l'aide d'un tractopelle au château. Son cadavre sera retrouvé en juillet 2004 dans la propriété de Donchéry, après que Monique Olivier est passée aux aveux .  Les recherches pour retrouver les deux corps, à l'été 2004, avait duré des heures.

Une propriété acquise pour 1,2 million de francs

Le château de trois étages a appartenu au "couple diabolique" de 1989 et 1991. Il l'avait acquis pour 1,2 million de francs (183.000 euros), versés en liquide à un notaire sedanais. L'argent qui a servi a payé ce petit manoir du XIXe siècle

provenait d'une partie du butin du "gang des postiches". Fourniret avait en effet mis la main sur une partie du butin du "gang" grâce à son ancien compagnon de cellule à Fleury-Mérogis, Jean-Pierre Hellegouarche.

Les Fourniret revendront cette demeure et ses horribles secrets deux ans plus tard, en février 1991. Ils achèteront la maison de Sart-Custinne, en Belgique. 

Des aveux... pas formels

La justice n'exclut pas pour autant que l'ancien forestier français soit revenu sur ses terres pour dissimuler le corps de la petite Estelle Mouzin dont il a avoué le meurtre récemment

Le tueur en série, qui a souvent joué au chat et à la souris avec les enquêteurs, n'était toutefois pas passé formellement aux aveux. "Il est fort possible, même très probable, que j'aie été l'auteur de cette disparition mais je ne sais pas quoi vous dire", avait-il déclaré. "Dans l'impossibilité où je suis de vous dire 'oui, je suis responsable de sa disparition' (...) je vous exhorte à me considérer comme coupable", avait-il ajouté tout en assurant être "un joueur d'échecs", prenant plaisir à la confrontation avec sa juge. Le soir du 9 janvier 2003, Estelle Mouzin avait disparu alors qu'elle rentrait de l'école à Guermantes (Seine-et-Marne). Son corps n'a jamais été retrouvé. Michel Fourniret a plusieurs fois été soupçonné, la première fois en 2006, mais il avait été mis hors de cause l'année suivante.

Michel Fourniret a-t-il, en 2003, amené Estelle Mouzin dans la maison de Ville-sur-Lumes avant de la conduire au Château de Sautou ? "C'est une hypothèse plausible certes, avait répondu Fourniret en mars dernier. Mais d'instinct, je me serais gardé d'emmener cette personne au Sautou. Il est possible que j'y aie enfoui quelqu'un là-bas, mais ma mémoire ne fait pas tilt."

Les investigations le diront... ou non.

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